Politique économique : la méthode Touvabienovitch

Derrière la reprise économique se trouvent des faillites. Il est impératif de faire de cette question un point central de la campagne à venir.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
This is Fine by Kyle Keller (Creative Commons CC BY 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Politique économique : la méthode Touvabienovitch

Publié le 13 octobre 2021
- A +

Par Pierre Robert.

Dans Bagatelles pour un massacre, un de ses pamphlets maudits, Céline relate sa visite dans un hôpital complètement délabré de la banlieue de Leningrad, guidé par le camarade Touvabienovitch ne cessant de vociférer d’une voix de stentor : « Ici confrère, tout va très bien ! … Tous les malades vont très bien ! Nous sommes tous ici, très bien ! ».

Cette manie de la dissimulation illustrée par les simulacres de Potemkine voulant cacher à Catherine II l’état sinistré des villages de son empire n’est pas propre à la Russie.

Elle sévit plus que jamais en France où, relayés par les médias, les organismes officiels abreuvent l’opinion de nouvelles encourageantes.

Tout va très bien !

À ce titre l’INSEE souligne que le taux de chômage baisse significativement. De 8,5 % de la population active avant la crise sanitaire, il passe à 8 % au deuxième trimestre 2021 et devrait fléchir à 7,6 % au troisième pour rejoindre ses plus bas niveaux d’avant crise selon la dernière note de conjoncture de l’Institut.

La Banque de France n’est pas en reste. Elle s’attend désormais à ce que du fait d’un rebond bien plus rapide que ce qu’elle avait d’abord prévu, ce qui en dit long sur la qualité de ses prévisions, le PIB augmente de 6,3 % cette année, puis de 3,7 % en 2022 et de 1,9 % en 2023.

Si l’on en croit les statistiques étatiques, on se rapproche à grands pas de la situation idéale qualifiée de « carré magique » par l’économiste keynésien Nicolas Kaldor avec une inflation encore faible, une situation de l’emploi encourageante et une croissance vigoureuse. À condition toutefois de faire l’hypothèse bien hasardeuse que la hausse des prix n’est qu’un épisode transitoire et de mettre sous le tapis les mauvais résultats du commerce extérieur comme le font la plupart des économistes de cour.

De leur point de vue mieux vaut mettre l’accent sur le pouvoir d’achat qui aurait progressé de 8 % durant les cinq dernières années, soit deux fois plus vite que lors des deux quinquennats précédents.

Attention, bombe à retardement économique !

Si on ne se laisse pas aveugler par cette poudre aux yeux macro-économique et que l’on observe avec lucidité le terrain micro-économique, il n’y a pourtant pas lieu de se réjouir. Les entreprises vivent de fait des réalités beaucoup plus sombres. En dépit de la manne dont elles ont bénéficié, leur vitalité a été gravement altérée par la crise sanitaire et par les décennies d’erreurs économiques cumulées par nos gouvernements constructivistes.

C’est ce que soulignent les économistes d’Euler Hermès. Leur dernière étude montre sans ambiguïté que la crise du Covid-19 et plus encore la manière dont elle a été amortie à coups de subventions en tous genres a créé une bombe à retardement en matière de défaut de paiement et de faillites.

Grâce à un soutien étatique d’envergure, les défaillances d’entreprises ont certes reculé en France de -38 % en 2020 et continueront de baisser en 2021 (-17 %). Mais cette période de calme avant la tempête va s’interrompre brutalement. En 2022 les faillites devraient bondir de 40 %, ce que les experts du leader mondial de l’assurance-crédit qualifient de « début de normalisation ».

Par la suite on peut donc s’attendre à la multiplication des cas d’insolvabilité comme le confirme Ana Boata, Directrice de la recherche économique de la filiale du groupe Allianz, estimant que ce rebond est annonciateur d’« une reprise durable de la recrudescence des défaillances d’entreprises en France ».

Les effets pervers du quoi qu’il en coûte

On sait en effet d’ores et déjà que la stratégie du « quoi qu’il en coûte » a permis la survie d’un grand nombre d’« entreprises zombies » promises à la disparition avant la crise sanitaire et qui n’ont survécu que grâce aux mesures exceptionnelles de soutien dont elles ont bénéficié sans grand discernement de la part des autorités. Elles devraient bientôt tomber comme des mouches. On sait aussi que dans un environnement économique, fiscal et réglementaire toujours difficile, bien des entreprises viables vont avoir les plus grandes difficultés à rembourser les PGE (prêts garantis par l’État) qui leur ont été consentis en faisant exploser leur endettement.

Il faut de plus se méfier de l’effet domino que provoquerait la faillite prévisible de quelques entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros. En ne payant pas leurs fournisseurs, elles leur feront courir un sérieux risque financier. En outre cela perturbera fortement l’approvisionnement de leurs clients, les obligeant à trouver d’urgence des alternatives coûteuses.

De nombreux acteurs sont donc aujourd’hui en situation de grande fragilité réelle ou potentielle. Même progressif le retrait des dispositifs qui ont maintenu les uns et les autres à flot est inévitable et ne peut qu’engendrer une forte recrudescence des défauts de paiement.

Au passage le parachute financier déployé par l’État pour retarder la chute des plus fragiles aura fait grimper la dette publique à près de 120 % du PIB. À la détérioration de la santé financière des entreprises, s’ajoutent donc les problématiques de soutenabilité de la dette publique dont le poids croissant repousse à des échéances toujours plus lointaines le rééquilibrage de nos finances publiques.

Vers la stagflation économique ?

Autre danger pour les entreprises, mais sans doute par pour l’État dont cela pourrait alléger le fardeau, on assiste manifestement à un retour en force de l’inflation, prévisible depuis longtemps, mais toujours nié. L’hypothèse d’un réamorçage de la boucle prix-salaires devient de plus en plus crédible si on considère la pénurie actuelle de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs essentiels de l’économie française.

Si on rapproche ce processus déjà bien enclenché de hausse des prix et la vague de faillites qui se profile avec ses effets de contention d’une offre déjà fortement perturbée par la multiplication de difficultés logistiques avec des pénuries de tous ordres, la stagflation devient une hypothèse de plus en plus crédible.

Ce que cache le paravent des statistiques officielles est donc peu réjouissant. Les bonnes performances actuelles ne sont qu’apparentes. Elles peuvent faire illusion jusqu’aux prochaines élections, mais il ne faut pas être dupe de ce tour de passe-passe.

Une opportunité de redressement

Dans un contexte aussi sombre, le seul espoir réside dans la dynamique de redressement de notre économie que peuvent initier les débats qui vont précéder les élections présidentielles. Ils vont être l’occasion de braquer le projecteur sur les mesures permettant de desserrer les contraintes d’offre pesant sur les entreprises et de remettre de l’ordre dans les finances publiques en inscrivant à l’agenda des thèmes comme la réforme des retraites, l’imposition du capital et la fiscalité des entreprises. Il n’est toutefois pas non plus exclu qu’on cède à nouveau aux sirènes du retour de l’ISF et d’une augmentation massive des salaires qui à coup sûr provoqueraient une tornade inflationniste.

Pour écarter ce noir scénario, il est impératif de faire de la question des faillites et de la fragilité de notre tissu productif un point central de la campagne à venir. On tient peut-être là un moyen de mettre un terme à ce que l’auteur du Voyage au Bout de la Nuit aurait pu qualifier d’« immense insistance dans le navrant ».

Pierre Robert est l’auteur de Fâché comme un Français avec l’économie.

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Article qui me semble bien décrire les écueils économiques qui approchent. Cependant un écueil majeur n’est pas mentionné c’est la « charge » de la prise en charge décrétée et assumée par notre état en péril budgétaire de l’ « urgence climatique ».
    Je pense pour ma part que nous n’avons pas les moyens de le faire.
    Ce qui est urgent c’est de cesser la dérive des comptes de l’état.
    La planète peut attendre car son salut ne dépend pas de notre petit pays en train de sombrer…

    • @Balthazar
      Si chaque pays fait comme ca, personne ne fera rien et dans 30ans on va se retrouver avec un changement climatique qui va couter bien plus cher

      PS:
      1) Dans 30 ans je serai probablement mort, je peux donc faire comme la pompadour « apres nous le deluge » mais reconnaissez que c est pas une attitude adulte
      2) le budget « climatique » c est peanuts par rapport aux depenses sociales. donc si on veut se redresser il importe de tailler la dedans. Par contre c est vrai que c est suicidaire electoralement vu que le premier poste c est le paiement des pensions de retraite et le second les soins medicaux (a eux 2 c est 50 % des depenses de l etat). Mais on s en sortira pas sans une mise à la diete severe des retraités

      • Le changement climatique a bon dos pour faire passer toutes les lubies des politiques. En fait, les conséquences du RCA seront limités et globalement positives. Par contre toutes les décisions pour lutter contre le RCA se révèlent toxiques. L’urgences est d’assainir les comptes de l’état.

        • Le changement climatique profite aux énergéticiens car pour chaque MW installé d’EnR, il faut le doubler par un MW de conventionnel (fossiles, nucléaire) pour pallier l’intermittence des EnR. Bonne affaire pour les pétroliers et gaziers, cf. le changement récent de marque de Total.

      • à l’heure actuelle, en france, le financement de la tranzitionénergétik c’est déjà 60 milliards d’euros par an, en hausse constante chaque année, pour des résultats nuls ou en tout cas non observables à l’oeil nu ou avec une loupe. il convient au contraire de stopper immédiatement ce gaspillage.

        • le budget de l etat+secu c est presque 1000 milliards. vous illustrez bien mon propos. 60 milliards c est 6 %. les pensions de retraites c est 30 % donc 5 fois plus. l assurance maladie 5 fois plus.

          • D’un autre côté, les allocations familiales, c’est aussi environ 60 milliards.
            Donc, moi ça me fait toujours un peu rigoler, les gens qui ont un bon niveau de vie, un boulot le c.l bien assis dans un fauteuil et qui proposent de reculer l’âge de départ à la retraite, pour équilibrer un régime de retraite où il manquerait bientôt 10-15 milliards par an quand ils défendent par ailleurs l’universalité des allocs !!

          • Les subventions à la transition énergétique seraient plus faciles à baisser (supprimer) que le coût des retraites. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Les retraités sont des votants et des consommateurs. C’est plus délicat à traiter, et surtout (énormément) plus long. La méthode la plus acceptable étant de fait celle appliquée jusqu’à présent : Supprimer les régimes spéciaux pour les nouveaux embauchés, décaler petit à petit l’age de la pleine retraite, réduire les indexations (voir Agirc – Arrco en ce moment). Introduction des PER et similaire depuis plusieurs années (PERP, Prefon, Madelin), mais là aussi c’est très long, et les supports « sûrs » ne rapportent rien. Seule la réduction du nombre des fonctionnaires au statut n’a pas été engagée.

      • En mettant les retraités à la diète, les boomers s’apercevront, mais trop tard, qu’ils n’étaient pas si inutiles que ça aux finances du pays. Ce qui marche avec les retraités, ce sont les initiatives qu’ils avaient prises vers la capitalisation, en investissant et en acquérant leurs logements. Malgré les mesures publiques pour les décourager. Malgré les mesures publiques contre un système sanitaire sensé. Il ne faut pas espérer que la réduction forcée des moyens mis pour ces améliorations sociales conduise à quelque amélioration que ce soit.
        La solution serait de favoriser la croissance et la création de richesses, et par la liberté l’efficacité dans l’emploi de ces richesses. Sur ce point, les mesures climatiques sont d’une contre-productivité rare. Elles peuvent sembler ne coûter que peu, mais c’est un manque à gagner dément, pour des motifs idéologiques qui n’ont rien à voir avec une lutte sensée contre la pollution. Créer des bouchons automobiles, par exemple, rend le travail moins efficace et pollue beaucoup plus que rendre la circulation commode…

      • Le RCA a effectivement bon dos…
        Il est assez cocasse de voir que certains s’alarment déjà d’avoir un hiver rigoureux avec un bel anticyclone qui plomberait encore plus les EnR et nous ferait risquer un blackout électrique.
        Pour rappel: le froid est plus redoutable que le chaud: on vit plus facilement en Espagne que dans les pays scandinaves.

      • Remarquez que si seulement les autres pays font comme ça, personne ne fera rien et dans 30ans on va se retrouver avec un changement climatique qui va couter bien plus cher.
        Et donc on aura dépensé pour lutter contre le changement climatique, et on en paiera en plus le prix. Mais à mon avis ça va plutôt être
        -Les pays vont dépenser plein d’argent contre le réchauffement climatique, même si en fait ces sommes seront attribuées contre le bon sens.
        -Ces pays diront qu’ils ont fait leur part, et que les autres doivent aussi le faire, sous la menace bien évidemment.
        -Quand des catastrophes arriveront (à cause du changement climatique c’est sûr), des pays demanderont des compensations (en monnaie sonnante et trébuchante, pas en gaz)

  • Tout va bien dormez tranquille.
    Comme pour chaque élection présidentielle, les entreprises ne vont licencier qu’après l’élection. Ainsi, en fin de mandat, le petit peuple a oublié ce qui s’est passé 5 ans au paravent.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
8
Sauvegarder cet article

La France Potemkine

Le niveau des élèves français est réellement stupéfiant : bien qu'apparemment un peu en dessous de celui de certains Ukrainiens, le baccalauréat est maintenant décroché par plus de 90 % d'entre eux, sous les applaudissements de la foule et notamment des enseignants, de plus en plus ravis de faire le plus beau métier du monde.

Ou presque.

Il apparaît en effet que certains de ces professeurs - des ronchons, sans doute - se plaignent de voir autoritairement relevées les notes qu'ils attribuent aux copies qu'ils ont eu à déchiffrer ... Poursuivre la lecture

Par Anthony P. Mueller.

Un excès de dépenses publiques et une politique monétaire laxiste entraînent une hausse des prix associée à une baisse des taux de croissance économique. Tous les chemins keynésiens mènent à la stagflation. C'est le résultat d'une mauvaise gestion économique.

La croyance selon laquelle les banquiers centraux pouvaient garantir la soi-disant stabilité des prix et que la politique budgétaire pouvait empêcher les ralentissements économiques s'est révélée fausse à maintes reprises. La crise actuelle est une p... Poursuivre la lecture

Dans sa politique du « quoi qu’il en coûte », les prêts garantis par l’État sont une des grandes réussites mises en avant par le gouvernement.

Précisons que ces prêts reposent sur de l’argent dont personne ne dispose : ni les contribuables les plus pressurés au monde, ni l’État qui empile les déficits depuis quarante-huit ans. Cet argent surgi du néant est pris au futur. Il est dépensé pour compenser la perte de l’activité économique délibérément mise à l’arrêt par la politique du confinement.

C’est à ce dispositif que nous devr... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles