Faillites : le coût de la fin du « quoi qu’il en coûte » reste très difficile à évaluer

Il est difficile de prévoir le nombre de défaillances qui surviendront après la levée des mesures d’aides. Quoi qu’il en soit, il ne fait guère de doute que ces défaillances vont être coûteuses.

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Faillites : le coût de la fin du « quoi qu’il en coûte » reste très difficile à évaluer

Publié le 2 septembre 2021
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Par Eric Séverin et David Veganzones.
Un article de The Conversation

Face à la crise économique liée aux mesures sanitaires, le gouvernement a mis en place différents dispositifs d’aides, dont l’objectif est de permettre aux entreprises (viables ou non) de faire face à leurs échéances. Un an demi après leur instauration, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé la levée de ces aides. « Le quoi qu’il en coûte, c’est fini », a-t-il déclaré à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef, le 25 août.

La fin des aides de l’État laisse donc craindre une recrudescence des faillites qui avaient été jusqu’alors limitées. En effet, selon le rapport Altares 2021, celles-ci ont augmenté de 14,2 %, mais ce chiffre reste en recul de 48 % par rapport à la période 2017-2019.

Certes, il est difficile de prévoir le nombre de défaillances qui surviendront après la levée des mesures d’aides. Pour l’année 2021, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) s’attend à un chiffre de 60 000 à 100 000 alors qu’Altares prévoit entre 33 000 et 35 000 défaillances.

Quoi qu’il en soit, il ne fait guère de doute que ces défaillances vont être coûteuses. Mais quels sont ces coûts ? Et sommes-nous réellement capables de les mesurer ?

Les coûts sont à la fois directs et indirects. En ce qui concerne les coûts directs, ils sont constitués par les frais des mandataires de justice. D’autres éléments sont à incorporer à ces coûts tels que ceux perçus par le commissaire à l’exécution du plan. Quel est l’ordre de grandeur de ces coûts ? Plusieurs études apportent des éléments de réponse.

Cinq types de coûts indirects

Premièrement, leur étendue est variable selon les pays et représente entre 1 et 10 % de la valeur de la firme. Deuxièmement, ils sont inversement proportionnels à la taille de l’entreprise (plus lourds pour les PME comparativement aux grandes entreprises). Troisièmement, ils ne sont pas supportés de façon identique par tous les acteurs en fonction de la règle de priorité et de la législation en vigueur.

En revanche, contrairement aux coûts directs, les coûts indirects restent d’une extrême complexité, non pas à définir mais à mesurer. On peut circonscrire cinq types de coûts indirects.

Le premier est celui de la perte du chiffre d’affaires faisant suite à la perte de clients. Devant l’incertitude d’être approvisionné et de ne pas bénéficier d’un service après vente, un client se détournera d’une entreprise en redressement judiciaire, augmentant conséquemment ses difficultés.

Le deuxième se porte de l’autre côté du spectre avec les fournisseurs. Percevant la difficulté d’un client, les fournisseurs infèrent la possibilité de perdre leurs créances en raison de l’ordre de priorité des créanciers dans le redressement judiciaire. Par conséquent, ils vont exiger des délais de paiement plus rapides.

Le troisième tient dans l’attitude du personnel. En effet, dans un redressement judiciaire, on assiste très souvent à des licenciements qui traduisent un double coût : celui d’une perte de compétence et de formation financée par l’entreprise et celui de la démotivation des salariés restants qui sont dans la crainte de perdre leurs emplois si la situation venait à empirer encore. Le coût pour la firme est d’autant plus important que les meilleurs de ses salariés partent car ces derniers sont les plus employables et recherchés par les compétiteurs.

Le quatrième coût est appelé par les Américains fire sale (vente précipitée). Pour résoudre leurs problèmes de cash, les firmes vont chercher à désinvestir de façon sous optimale en vendant leurs actifs à vil prix.

Le cinquième coût est lié à l’asymétrie d’information et au risque. En effet, les dirigeants, qui ont un meilleur accès à l’information que les actionnaires, peuvent soit retarder la faillite pour préserver leurs avantages, soit extraire des avantages importants avant leur mise à l’écart. Un exemple célèbre met en évidence que plus de 50 % de la valeur de la compagnie aérienne Eastern Airline a été détruite pendant le redressement judiciaire en raison du comportement opportuniste du dirigeant dans les années 1990.

Qu’y a-t-il derrière le « quoiqu’il en coûte » ?

Dans les années 1980, une étude avait tenté d’évaluer plus précisément ces coûts indirects en mesurant d’une part, le différentiel de la baisse du chiffre d’affaires des entreprises ayant fait faillite comparativement à la moyenne des ventes du secteur et d’autre part, l’écart entre le montant réel des ventes et les prévisions réalisées trois ans avant la faillite. Ces coûts pourraient ainsi représenter de 6,6 à 8,1 % de la valeur de la firme. La difficulté d’une telle approche reste toutefois l’accès aux données.

Une seconde méthode consiste à mesurer les coûts indirects en utilisant les données boursières au travers des coûts de réputation et des effets de contagion. On mesure les variations de cours boursier des clients et fournisseurs des sociétés ayant fait faillite. On capte ainsi la perte de valeur subie par les partenaires des entreprises ayant fait faillite (effet contagion). Les résultats font ressortir des pertes de l’ordre de 1 à 3 % de la valeur boursière des fournisseurs et des clients.

S’il reste difficile de prévoir le nombre exact des faillites en 2021, il n’en reste pas moins vrai qu’il serait très utile de pouvoir mesurer les coûts de ces faillites pour l’ensemble des acteurs. Cela aurait deux mérites. Le premier serait de savoir ce qu’il convient de mettre derrière le « quoiqu’il en coûte ». Le second serait de permettre des comparaisons avec nos partenaires pour savoir où nous situer au sein de cette crise mondiale.

Eric Séverin, Professeur des Universités Finance – Comptabilité, Université de Lille et David Veganzones, Assistant professor, management & finance, ESCE International Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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  • le nombre de faillites n’est pas un problème en soi..

    le problème c’est que le quoi qu’il en coûte est en fait quoiqu’il coûte au secteur privé…
    macron se la pète mais à lui à le quoiqu’il en coûte n’a pas coûté beaucoup..

    si au moins les enterprises privées avait été présentées comme des sacrifiés méritant le respect et une forme de dédommagement,

    mais non le patron de bar recevant des personnes consentantes était un salaud…

    ah …laisser la definition d’activité essentielles ( pour qui??????) à des politiques..

    Les mesures ne furent pas saintaires..si elles l’avaient été…les faillites auraient été un non problème..mais un accident de la vie..

    il ya aussi eu des faillites après le tsunami…

    • De manière moins évidente, ça concernera tout de même les employés du public et les retraités.

      La méthode Sarkozy Fillon après 2008 pour équilibrer les caisse consistait à créer plein de nouvelles petites taxes ou augmenter les existantes. C’est la que sont apparus les taxes ditent comportementales. Avec le prochain gouvernement elles seront environnementales.

      Au final ca va retomber sur tout le monde quand même. Mais il est évident que le privé va subir l’augmentation de la précarité.

  • Macron veut se faire réélire quoi qu’il en coûte. Ce n’est donc que le commencement…

  • Il me semble qu’une autre façon d’estimer le coût du « quoiqu’il en coûte » du socialiste Macron serait une approche par le nombre d’heures travaillées en moins du fait des mesures prises par son gouvernement. Le lien entre le nombre d’heures travaillées et la perte de PIB, autrement dit le coût final de ces mesures pour le pays, est très étroit.
    Selon l’étude menée par l’OCDE fin 2018 sur le sujet, la France était déjà la lanterne rouge en nombre d’heures travaillées par an et par habitant, sur 30 ou 40 pays développés, avec 630 heures (cf https://www.rtl.fr/actu/economie-consommation/les-francais-ne-travaillent-que-630-heures-par-an-un-record-selon-l-ocde-7795138516 ). Nul doute qu’avec les mesures prises depuis 18 mois par Macron-Jupiter et sa bande de clowns à roulettes, nous allons rattraper notre retard 🙂

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