Les affaires des politiciens : un cadeau pour les illibéraux

Nicolas Sarkozy arrives at the european Summit in brussels 2012 by Stefan de Vries(CC BY-ND 2.0)

Les affaires des politiciens de partis classiques contribuent à la montée de forces illibérales. Ce phénomène doit inciter à la plus grande prudence.

Par Alexandre Massaux.

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme pour l’affaire Bygmalion. Il est le seul concerné par cette décision de justice qui risque d’impacter le parti LR. La multiplication des affaires judiciaires et des condamnations des ténors des LR (comme François Fillon) ont eu un rôle certain dans l’affaiblissement du parti.

Il est normal que les politiques ne soient pas au-dessus de la loi. Toutefois, plusieurs exemples étrangers montrent que les conséquences des affaires ne conduisent pas toujours à davantage de libéralisme. De fait, celles-ci provoquent plutôt la montée de partis illibéraux, car elles alimentent le discours sur le mode « tous pourris. »

En cela, il convient d’être prudent sur l’instrumentalisation politique des affaires par les différentes forces politiques et médiatiques.

Quand les affaires contribuent à la prise du pouvoir de la droite radicale en Europe

Le parti Droit et Justice polonais, le mouvement ANO 2011 tchèque et la Ligue du Nord peuvent tous les trois dirent merci aux affaires des partis de la droite classiques qui ont contribué à leur montée politique et leur victoire électorale.

En Pologne, le parti libéral-conservateur Plateforme-Civique (PO Platforma Obywatelska) qui dirigeait le Parlement depuis 2007 et la présidence depuis 2010 a été touché par l’affaire du Waitergate en 2015.

Comme le rapporte Le Monde Diplomatique :

Des serveurs de restaurants chics de Varsovie avaient enregistré des hommes politiques du parti au pouvoir sur la Plate-forme civique (PO), alors qu’ils savouraient des repas de plusieurs centaines d’euros. Au milieu de propos souvent très vulgaires, on entend notamment sur ces bandes un ministre demander au directeur de la banque centrale de stimuler l’économie de manière à avantager son parti lors des élections.

Cette affaire largement médiatisée a contribué à la victoire du parti Droit et Justice (PiS : Prawo i Sprawiedliwość) et lui a permis de remporter les élections de 2015. Celui-ci est toujours au pouvoir. Le PO a quant à lui toujours des difficultés pour retrouver sa force d’avant 2015 et reste rejeté par une partie non négligeable de la population ; il a même été dépassé pendant plusieurs mois en 2021 par un parti centriste antisystème : Polska 2050 Hołownia.

En République tchèque, le parti démocratique civique (ODS : Občanská demokratická strana) qui dirigeait le pays depuis 2006 tombe en 2013 suite à une affaire de corruption. Ce parti qui dominait la vie politique depuis la chute du régime soviétique (à bien des égards ils sont les héritiers de Vaclav Havel) se retrouve avec 7 % des voix lors des élections législatives de 2013. De plus, la formation antisystème centriste ANO 2011 gagne en puissance et prendra le pouvoir en 2017. Elle est dirigée par le milliardaire Andrej Babiš toujours au pouvoir et bien placée pour remporter les élections d’octobre. L’ODS semble néanmoins remonter grâce à une coalition avec les chrétiens-démocrates (KDU-ČSL) et le centre droit Top 09.

En Italie, les affaires Berlusconi ont condamné son parti Forza Italia à ne plus dépasser les 10 % mais a néanmoins permis à ses alliés de la coalition « centre droit » de gagner en puissance avec la Lega/Ligue du Nord, passant de 4,5 % aux législatives de 2006 à 37 % en 2018. Et si la Ligue n’est plus créditée qu’autour de 20 % dans les sondages, les Frères d’Italie (Fratelli d’Italia) aussi membres de la coalition sont actuellement autour de 20 %.

Une mauvaise nouvelle pour le libéralisme ?

Si le bilan de Berlusconi est mitigé d’un point de vue libéral, ceux du PO polonais et de l’ODS tchèque sont positifs.

Malgré un certain nombre de défauts ces deux derniers partis ont contribué à développer leurs pays. Rappelons que Vaclav Klaus, un des anciens présidents tchèques et Premier ministre membre de l’ODS, a été membre de la Société du Mont Pélerin fondée par Hayek.

Les partis qui ont pris leur place sont souvent critiqués pour leur politique illibérale, même si en matière économique, elle tend parfois à suivre celle de leurs prédécesseurs : un réflexe lié à un fort attachement à l’économie de marché pour ces anciens pays communistes.

Néanmoins, si on transpose ce phénomène à la France on se rend compte que la chute des partis classiques a permis la montée du RN, et aussi de LREM qui s’est nourri du dégagisme anti-Fillon (et anti-PS de Hollande pour d’autres raisons). Le résultat est une scène politique profondément illibérale et plus polarisée que jamais.

Des torts partagés

Cette situation est le fruit de deux problèmes.

Le premier est lié à la conduite des politiciens qui flirtent, voire embrassent la corruption. Ce comportement provoque logiquement un rejet de la population, tout particulièrement en période de crise. De plus, des élus qui légifèrent se doivent de respecter les lois qu’ils mettent en œuvre. Une certaine exemplarité doit être de mise.

Le second problème est l’instrumentalisation sélectives de ces affaires. Que les adversaires politiques les utilisent reste du jeu politique, quand bien même il serait de caniveau. Mais l’instrumentalisation médiatique, voire judiciaire, est dangereuse, d’autant plus que les forces illibérales qui se nourrissent de ces scandales sont souvent peu amènes envers les médias et la justice.

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