Les affaires des politiciens : un cadeau pour les illibéraux

Les affaires des politiciens de partis classiques contribuent à la montée de forces illibérales. Ce phénomène doit inciter à la plus grande prudence.

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Nicolas Sarkozy arrives at the european Summit in brussels 2012 by Stefan de Vries(CC BY-ND 2.0)

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Les affaires des politiciens : un cadeau pour les illibéraux

Publié le 2 octobre 2021
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Par Alexandre Massaux.

L’ancien président de la République Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme pour l’affaire Bygmalion. Il est le seul concerné par cette décision de justice qui risque d’impacter le parti LR. La multiplication des affaires judiciaires et des condamnations des ténors des LR (comme François Fillon) ont eu un rôle certain dans l’affaiblissement du parti.

Il est normal que les politiques ne soient pas au-dessus de la loi. Toutefois, plusieurs exemples étrangers montrent que les conséquences des affaires ne conduisent pas toujours à davantage de libéralisme. De fait, celles-ci provoquent plutôt la montée de partis illibéraux, car elles alimentent le discours sur le mode « tous pourris. »

En cela, il convient d’être prudent sur l’instrumentalisation politique des affaires par les différentes forces politiques et médiatiques.

Quand les affaires contribuent à la prise du pouvoir de la droite radicale en Europe

Le parti Droit et Justice polonais, le mouvement ANO 2011 tchèque et la Ligue du Nord peuvent tous les trois dirent merci aux affaires des partis de la droite classiques qui ont contribué à leur montée politique et leur victoire électorale.

En Pologne, le parti libéral-conservateur Plateforme-Civique (PO Platforma Obywatelska) qui dirigeait le Parlement depuis 2007 et la présidence depuis 2010 a été touché par l’affaire du Waitergate en 2015.

Comme le rapporte Le Monde Diplomatique :

Des serveurs de restaurants chics de Varsovie avaient enregistré des hommes politiques du parti au pouvoir sur la Plate-forme civique (PO), alors qu’ils savouraient des repas de plusieurs centaines d’euros. Au milieu de propos souvent très vulgaires, on entend notamment sur ces bandes un ministre demander au directeur de la banque centrale de stimuler l’économie de manière à avantager son parti lors des élections.

Cette affaire largement médiatisée a contribué à la victoire du parti Droit et Justice (PiS : Prawo i Sprawiedliwość) et lui a permis de remporter les élections de 2015. Celui-ci est toujours au pouvoir. Le PO a quant à lui toujours des difficultés pour retrouver sa force d’avant 2015 et reste rejeté par une partie non négligeable de la population ; il a même été dépassé pendant plusieurs mois en 2021 par un parti centriste antisystème : Polska 2050 Hołownia.

En République tchèque, le parti démocratique civique (ODS : Občanská demokratická strana) qui dirigeait le pays depuis 2006 tombe en 2013 suite à une affaire de corruption. Ce parti qui dominait la vie politique depuis la chute du régime soviétique (à bien des égards ils sont les héritiers de Vaclav Havel) se retrouve avec 7 % des voix lors des élections législatives de 2013. De plus, la formation antisystème centriste ANO 2011 gagne en puissance et prendra le pouvoir en 2017. Elle est dirigée par le milliardaire Andrej Babiš toujours au pouvoir et bien placée pour remporter les élections d’octobre. L’ODS semble néanmoins remonter grâce à une coalition avec les chrétiens-démocrates (KDU-ČSL) et le centre droit Top 09.

En Italie, les affaires Berlusconi ont condamné son parti Forza Italia à ne plus dépasser les 10 % mais a néanmoins permis à ses alliés de la coalition « centre droit » de gagner en puissance avec la Lega/Ligue du Nord, passant de 4,5 % aux législatives de 2006 à 37 % en 2018. Et si la Ligue n’est plus créditée qu’autour de 20 % dans les sondages, les Frères d’Italie (Fratelli d’Italia) aussi membres de la coalition sont actuellement autour de 20 %.

Une mauvaise nouvelle pour le libéralisme ?

Si le bilan de Berlusconi est mitigé d’un point de vue libéral, ceux du PO polonais et de l’ODS tchèque sont positifs.

Malgré un certain nombre de défauts ces deux derniers partis ont contribué à développer leurs pays. Rappelons que Vaclav Klaus, un des anciens présidents tchèques et Premier ministre membre de l’ODS, a été membre de la Société du Mont Pélerin fondée par Hayek.

Les partis qui ont pris leur place sont souvent critiqués pour leur politique illibérale, même si en matière économique, elle tend parfois à suivre celle de leurs prédécesseurs : un réflexe lié à un fort attachement à l’économie de marché pour ces anciens pays communistes.

Néanmoins, si on transpose ce phénomène à la France on se rend compte que la chute des partis classiques a permis la montée du RN, et aussi de LREM qui s’est nourri du dégagisme anti-Fillon (et anti-PS de Hollande pour d’autres raisons). Le résultat est une scène politique profondément illibérale et plus polarisée que jamais.

Des torts partagés

Cette situation est le fruit de deux problèmes.

Le premier est lié à la conduite des politiciens qui flirtent, voire embrassent la corruption. Ce comportement provoque logiquement un rejet de la population, tout particulièrement en période de crise. De plus, des élus qui légifèrent se doivent de respecter les lois qu’ils mettent en œuvre. Une certaine exemplarité doit être de mise.

Le second problème est l’instrumentalisation sélectives de ces affaires. Que les adversaires politiques les utilisent reste du jeu politique, quand bien même il serait de caniveau. Mais l’instrumentalisation médiatique, voire judiciaire, est dangereuse, d’autant plus que les forces illibérales qui se nourrissent de ces scandales sont souvent peu amènes envers les médias et la justice.

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  •  » tous pourris  » , peut être pas , mais combien peuvent se vanter d’avoir les mains propres dans le petit monde des  » faites ce que je dis , pas ce que je fais « ….that is the question….

  • « De plus, des élus qui légifèrent se doivent de respecter les lois qu’ils mettent en œuvre. Une certaine exemplarité doit être de mise. »

    Cela devrait être, pour le candidat à une élection, le préambule impératif qu’il va s’engager à respecter à la fois les lois existantes ainsi que celles qu’il entend soumettre à l’assemblée.
    « Une certaine exemplarité »! Non l’exemplarité doit être totale (dans le domaine de compétence associé au mandat sollicité bien sûr). S’il estime ne pas pouvoir tenir cette ligne alors il ne se présente pas. ( Et on se moque bien de ce qu’il fait de sa vie privée, ses frasques conjugales et autres petits arrangements avec la morale, dès l’instant où ça n’impacte pas la travail pour lequel il a reçu mandat. Je pense à Hollande et ses sorties nocturnes scootérisées vers la garçonnière de la rue du Cirque!)

  • J’ai envie de dire : et ?
    Vous semblez découvrir le fil à couper le beurre…
    Évidemment que les affaires de corruption détournent les électeurs des intéressés ; c’est le contraire qui serait inquiétant.
    La réponse est qu’il faut tout faire pour éviter non pas la révélation de ces affaires, mais leur existence. Il faut trouver, ou retrouver, des contre-pouvoirs efficaces, notamment une justice efficace – donc vraiment indépendante.
    La question des médias aussi : s’ils sont dans la main du pouvoir, notamment au travers des aides qui les maintiennent en vie, n’est-ce pas un problème majeur ? Les médias participent beaucoup à la « fabrication » des politiciens, faut-il le rappeler…
    Ne réagissez pas comme le monde politique et le monde médiatique, de grâce… le meilleur moyen d’éviter que les extrêmes arrivent au pouvoir est de leur couper l’herbe sous le pied en retrouvant une démocratie exemplaire, et pour commencer en militant pour cela.

  • Je ne partage pas le point de vue de l’auteur car il se place dans une perspective à court terme : les faits qu’il rapporte en Pologne, Italie et ailleurs mettent à mal les tenants du capitalisme et de la politique de connivence ; on assiste à l’émergence d’une concurrence et à un assainissement du marché. Bien sûr nous n’en sommes qu’au début du processus. Il faut le poursuivre par un assainissement des institutions : abolition des subventions aux médias et du statut de la fonction publique, séparation des pouvoirs avec élection des juges et des ministres. Tout ministère qui reçoit les suffrages de moins de 50% des inscrits est supprimé. Et mise en place de la votation à la suisse.

  • « Ce phénomène doit inciter à la plus grande prudence. »
    Non mais plutôt « A la plus grande sevérité. »

  • « De fait, celles-ci provoquent plutôt la montée de partis illibéraux, car elles alimentent le discours sur le mode « tous pourris. » »

    Le discours « tous pourris » bien compris est justement un discours libéral, il n’alimente les extrêmes que dans la mesure où leurs électeurs sont incohérents.

    Lorsqu’on pense que c’est le pouvoir qui corrompt et que tout politicien aura tendance à abuser de son pouvoir lorsque celui-ci est absolu, ou au moins très important, il faut faire preuve de la plus grande naïveté pour penser que donner sa chance un énième nouveau candidat suffira.

    • tout à fait , et pour qui est non aveuglé par des considérations idéologiques..essentiellement étatistes.. c’est clair…

      l’interventionnisme politique s’accompagne inévitablement d’une forme ou une autre de corruption …directe ou indirecte..
      l’indirecte étant … organiser la spoliation au profit d’un groupe pour se faire élire..
      si vous voulez éviter le corruption..

  • le paradoxe est l’attachement des français à la V eme..ce qui laisse à penser que l’accusation de tous pourri est sans interet, le citoyen accepte l’idée d’unpoliticien pourri si il lui est utile.
    les politiciens corrompus sont souvent réélus haut la main.

    le peuple n’est pas innocent. Plus exactement il n’est pas libéral.

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