Expatriation : et pourquoi pas la Pologne ?

Donald Tusk, premier ministre polonais

Pendant que la France coule, la Pologne s’affirme parmi les leaders européens.

Par Jean-Paul Oury.

Donald Tusk, premier ministre polonais
Donald Tusk, premier ministre polonais

 

Alors que Donald Tusk vient d’être nommé président de l’Europe, un journaliste du Monde titrait un peu avant son élection : « Donald Tusk, l’homme qui assure l’eau chaude dans les robinets polonais ». Il s’agit d’un méchant clin d’œil à l’horrible campagne du « plombier polonais » menée par Philippe de Villiers lors des européennes, le vicomte qui considère Poutine comme le plus grand chef d’État actuel et vient de lui vendre un parc d’attraction. Pour ceux qui l’auraient oublié, cette campagne, limite xénophobe, avait pour objectif de rétablir des barrières et empêcher les hordes de « plombiers polonais » de venir travailler en France.

À l’époque, je me rappelle avoir dit à un de mes camarades qui me charriait : « méfie-toi, un jour ce seront les plombiers français qui iront travailler en Pologne ». Je m’appuyais pour cela sur mon expérience personnelle du pays et l’observation du dynamisme de l’économie polonaise comparées à l’état délétère de l’économie française, grevée par une situation politique aberrante. L’actualité politique d’aujourd’hui me donne entièrement raison et vérifie ma prédiction. Au point de me faire songer à venir m’installer en Pologne.

Regardons les faits

Tout d’abord la Pologne est le seul pays européen à connaître une croissance exceptionnelle avec 3% de son PIB cette année, soit une croissance supérieure à ce qui avait été prévu par la loi de finance. Rappelons que le pays a réussi à préserver sa croissance y compris pendant la crise mondiale. Notons également que la croissance du PIB devrait accélérer à 3,8% en 2015 puis, 4,3% en 2016 et 2017.

Pendant ce temps, l’économie française est à l’arrêt depuis deux ans : le pays a dépassé les 3 millions de chômeurs, la dette a atteint les 2000 milliards et le déficit public n’en finit plus de filer.
Maintenant, si on se penche sur le secteur de la création d’emplois : quand la Seita ferme une usine en France, c’est pour la rouvrir en Pologne. Pendant que la ministre démissionnaire Aurélie Filippetti met des bâtons dans les roues à Amazon pour vendre des livres en France, le géant américain crée 10.000 emplois en Pologne. Quant à Cap Gemini, une des stars du CAC 40 français, elle choisit d’ouvrir ses nouveaux locaux et de créer des emplois en Pologne également.

Regardons maintenant concrètement les avantages personnels que je pourrais en tirer. Pour cela je vais m’appuyer sur l’étude menée par le journal belge L’Écho et le très sérieux cabinet d’études Deloitte. L’étude en question permet de voir « combien vous conservez une fois que vous avez payé vos charges »

Prenons le cas le plus proche de ma situation : un entrepreneur indépendant gagnant 125 000 euros. Si je travaillais en Pologne, il m’en resterait 70,8% et je pourrais dépenser 82,62%. À ce titre la Pologne arrive en tête des pays européens devant la Suisse. Mais le fait est surtout que le pays où j’habite, la France, se place en avant-dernière position. En France il me reste 42,55% et je ne peux dépenser que 35,29% ! Eh oui, vous ne rêvez-pas !

Un bon socialiste français me répondra « oui mais en France on a la sécu », en Pologne tu devras cotiser pour ta santé. Justement ! Parlons-en de cette miraculeuse « sécu ». Aussi généreuse avec ceux qui ne cotisent pas qu’elle est pingre avec ceux qu’elle ponctionne lourdement. C’est le fameux modèle de « redistribution à la française ». On prend à Paul pour redistribuer à Jacques et l’État se sert copieusement au passage. Et pour quel service ?

Je me rappellerai toujours quand ce dentiste polonais m’a présenté un devis pour une couronne en matériaux bio-compatible. Je n’en croyais pas mes yeux : 200 euros ! En France, pour le même travail, j’en aurais eu pour 1500 euros et avec un amalgame en nickel (un allergène reconnu). Combien ai-je été remboursé par les caisses de l’État pour ma dernière couronne ? 50 euros ! Pas étonnant après que notre cher président Hollande se moque des « sans-dents » (le surnom qu’il donne aux pauvres, comme on l’a appris dans le dernier ouvrage de son ex-compagne Valérie Trierweiler).

Quid des retraites ? On nous annonce que certaines caisses seront en faillite dès 2017… Je ne profiterai donc jamais des cotisations obligatoires qu’on me force à payer !

Qu’en est-il maintenant de l’éducation ? C’est un point important pour moi, car ma fille va déjà à l’école en Pologne. Si on prend le classement PISA qui est la référence mondiale pour benchmarker les systèmes éducatifs, alors on constate qu’en 2014 la Pologne est à 12 places au-dessus de la France. Qu’il s’agisse de mathématiques, de lecture, ou de sciences, les élèves polonais sont mieux formés que les Français. Pour le coup, on se dit que la Pologne risque de former davantage d’ingénieurs que de plombiers. Quant à la France, si elle arrive à former des plombiers, ce sera pour elle un véritable succès, car notre pays a toujours méprisé profondément les professions manuelles !

Déroute politique française

Je voudrais terminer ce petit exercice de benchmarking entre les deux pays par une petite analyse politique. À titre personnel, je ne crois pas aux hommes providentiels, mais je pense au contraire que le jeu démocratique consiste à mettre au pouvoir les politiques qui feront le moindre mal possible au pays. Il faut dire que, depuis quelques années, les Français ne sont pas très doués à ce jeu.

Sarkozy a endetté le pays de plus de 500 milliards, Hollande a battu le record d’impopularité, et son socialisme a réussi à faire de notre pays le cancre de l’Europe. Résultat, le nombre d’expatriés ne cesse de croître et pas seulement pour des raisons fiscales. Ce qui nous permet de revenir à notre hypothèse de départ : bientôt, ce seront les Français qui viendront travailler comme plombiers en Pologne.

Au final, les Polonais peuvent se dire heureux d’avoir su choisir des politiques qui n’ont pas fait trop de mal à la société civile. Pour illustrer cette idée, je me rappelle une interview de Donald Tusk, répondant à un journaliste qui lui demandait : « pourquoi l’État polonais n’aide pas davantage les banques ? » que c’est « une question à poser aux Polonais, car eux savent combien ils sont prêts à donner de leur poche à l’État pour que celui-ci finance à son tour les banques ». En France aucun politique actuellement élu, de gauche à droite en passant par le centre et les extrêmes, ne serait capable de donner une telle réponse. Pour tous, l’État doit tout assurer, tout contrôler et mettre sa main sur le marché.

Le résultat est que  le président Hollande s’enfonce dans ses affaires personnelles pendant que la France coule, la Pologne s’affirme parmi les leaders européens et le premier Ministre Tusk vient d’être élu à la tête du Conseil européen.

En grand européen, je peux dire que désormais mon président n’est plus Hollande, mais Donald Tusk… Une première étape… Avant de songer concrètement à venir m’installer en Pologne.


Sur le web.

Lire aussi sur Contrepoints : Réformes libérales : l’exemple polonais