Hidalgo : le baroud d’honneur socialiste

anne hidalgo by Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier , CC-BY

Après sa gestion critiquable de Paris, Anne Hidalgo cherche à gouverner la France. Un baroud d’honneur des socialistes français.

Par Jonathan Flickert.

Comme partout en Europe, l’Espagne a connu ses propres noblesses. En Castille en particulier, elles se sont constituées en revendiquant l’héritage de la Reconquista. Divisée en plusieurs niveaux, le moins prestigieux était accessible sur simple témoignage aisément falsifiable.

Au XVIe siècle, l’élargissement des conditions d’accès à toute personne mariée avec plusieurs enfants achèvera le peu de prestige de cette caste. En espagnol, cette petite noblesse porte le nom désormais célèbre d’hidalgo, contraction de « hijo de algo », « fils de quelqu’un ».

Difficile de ne pas faire de rapprochement avec l’actuelle maire de Paris, qui a annoncé sa candidature à la présidence de la République le 12 septembre dernier. De l’autre côté des Pyrénées, on observe de près les débuts de la campagne de la native de San Fernando, en Andalousie, où l’édile revient chaque année.

Si sa candidature a été applaudie par plusieurs membres du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, tel n’a pas été le cas dans l’Hexagone.

En effet, après sa gestion critiquable de Paris, Anne Hidalgo semble se préparer à faire de même avec la France.

Une France plus juste ?

L’épopée macronienne a donné des ailes même aux moins attendus.

Si les regards sont focalisés depuis plusieurs mois maintenant sur la candidature d’un Éric Zemmour ambitionnant d’incarner un trumpisme français et parvenu à doubler ses intentions de vote depuis juin, le nombre de candidats à moins de 7 mois d’élection-reine ne cesse d’augmenter.

Au Parti socialiste, après les 6 % de Benoît Hamon en 2017 et des résultats plus que moyens depuis, on peine à cacher l’état d’un parti vidé de ses forces vives par le macronisme.

Une candidate prétend toutefois ressusciter le Parti socialiste, à savoir Anne Hidalgo, souhaitant « construire une France plus juste et plus forte », oubliant que pour y parvenir, la priorité serait de la sortir de l’idéologie antédiluvienne dans laquelle elle semble vouloir la maintenir.

Cela n’empêche pas la maire de Paris d’avoir annoncé sa candidature dimanche dernier à Rouen, ville-phare de l’industrie portuaire, comme pour illustrer une volonté de « déparisianiser » l’image de la candidate, mais pas trop, Rouen se situant à moins de 150 km de la capitale.

Opération déparisianisation

Ce 12 septembre, après avoir rencontré des dockers puis des enseignants, Anne Hidalgo a rejoint les studios du 20 h de France 2. Un sprint médiatique destiné à compenser un manque de notoriété à l’extérieur du périphérique parisien.

Pour cause, ses soutiens se préparent à écumer l’Hexagone pour « aller au charbon », selon les mots de la maire de Rennes Nathalie Appéré, soutien de la candidate.

Seulement, « n’est pas Chirac qui veut », comme le titrait samedi le journal L’Alsace. Là où l’ancien président de la République décédé il y a bientôt deux ans avait utilisé la capitale comme tremplin présidentiel, difficile d’envisager une carrière similaire pour l’édile socialiste.

Pour s’en convaincre, il suffit d’interroger les principaux experts du sujet. Les habitants de la capitale qui pratiquent l’Hidalgo depuis maintenant plus de 7 ans, évoquent évidemment une ville plus verte, mais aussi plus sale.

En quelques décennies, Paris est passé de la Ville lumière à la Ville verte : verte comme des velibs, verte comme la Seine dans laquelle Jacques Chirac avait promis de se baigner il y a 30 ans ou les barrières de chantiers qui jalonnent la ville depuis 10 ans de plus, mais surtout verte comme les poubelles éventrées sur les trottoirs.

Et si Anne Hidalgo ne va évidemment par parisianiser la France, ses premières propositions sont loin d’être rassurantes.

Une proposition à 50 milliards d’euros

Et la première d’entre elles annonce la couleur, puisque la candidate propose ni plus ni moins que de doubler le traitement des enseignants. Pour rappel, le traitement brut moyen – et j’insiste sur le « moyen » – d’un enseignant titulaire varie entre 2100 et 2900 euros bruts selon Libération. Doubler leur salaire revient donc à les payer entre 4000 et 6000 euros par mois et à faire peser sur les finances publiques un surcoût de 50 milliards d’euros par an sans tenir compte de l’inflation, laquelle aurait tendance naturellement à augmenter la note. De quoi rappeler l’état des finances publiques parisiennes dont la dette a atteint l’an dernier un niveau record.

Difficile de comprendre l’intérêt d’une telle mesure si on ne fait pas un peu de psychologie électorale.

Faire le buzz

Une étude du Cevipof sortie cette année nous indique qu’Anne Hidalgo recueillerait 15 % du vote des enseignants, soit le double de ses intentions de vote dans l’ensemble de la population.

Difficile donc de voir dans la proposition-choc formulée dimanche autre chose qu’une mesure catégorielle destinée à masquer l’incapacité des partis traditionnels à élargir leur base électorale en dehors de leur cœur de cible. La droite n’est pas en reste, son électorat se limitant désormais aux retraités. De quoi rappeler la dérive d’une démocratie limitée à un terrain de lutte d’intérêts catégoriels.

Mais plus encore, l’effet de cette mesure sur l’opinion n’est pas sans rappeler les fameux 75 % d’imposition sur les revenus supérieurs à un million d’euros proposés en 2012 par François Hollande. Une mesure qui avait fait dire au tout jeune Emmanuel Macron que cette mesure s’apparentait à « Cuba sans le soleil » avant qu’elle ne soit retoquée par le Conseil constitutionnel.

Parler de doubler le salaire des enseignants, c’est marquer l’opinion par quelque chose de caricatural et de simple pour illustrer son positionnement tout en évitant la complexité d’une véritable réforme de l’éducation.

Éviter la faillite

Anne Hidalgo le sait : elle ne saurait mobiliser ailleurs que dans l’électorat dit bobo déjà dispersé entre les communistes, les insoumis et les écologistes. Trois formations d’ores et déjà en piste pour l’élection présidentielle.

Plus qu’une candidature à l’Élysée, la candidature Hidalgo est une candidature de sauvetage d’un Parti socialiste au bord de la faillite. En 2017, l’ex-parti présidentiel était passé à moins de 500 000 voix de ne pas être remboursé de ses frais de campagne, alors qu’il tutoyait les 30 % au scrutin précédent.

Avec ses 7 % d’intentions de vote, soit moins d’un point de plus que Benoît Hamon en 2017, on peine à voir la pertinence de la manœuvre.

Après sa gestion critiquable de Paris, Anne Hidalgo a donc pour curieuse mission d’éviter le même sort à son parti en s’acharnant à faire de même avec le pays. Un de ces étranges numéros d’équilibristes auxquels les socialistes nous ont habitués.

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