Semaine pénible pour Benoît Hamon et le Parti socialiste

La septimana horribilis qui vient de s’écouler n’est jamais que le symptôme logique d’un quinquennat horribilis tout en grand écart entre promesses et réalisations, lequel résulte directement de ce qu’on pourrait appeler la malédiction du socialisme.

Par Nathalie MP.

Septimana vraiment horribilis pour le Parti socialiste. Dimanche 19, Cambadélis, celui qui retombe toujours sur ses pattes, se fait siffler au meeting de Hamon à Bercy. Lundi 20, c’est Hamon qui sort perdant de chez perdant du premier grand débat de la présidentielle. Mardi 21, Barbara Pompili se rit ouvertement des consignes édictées la veille par le Premier ministre et officialise son ralliement à Macron. 

Toujours mardi, Bruno Le Roux nous donne l’occasion de nous rappeler qu’il était ministre de l’Intérieur car il doit justement démissionner de son poste pour une nouvelle affaire d’emplois présumés fictifs à l’Assemblée nationale. Puis mercredi 22, un sondage post-débat présidentiel fait passer Mélenchon devant Hamon qui se retrouve en 5ème position. Et jeudi 23, le ministre de la Défense, pilier du PS depuis 1974 et ami du Président depuis 1979, annonce qu’il a décidé de soutenir Emmanuel Macron.

En pleine folie

La Socialie nage en pleine folie. Non seulement ça ne va pas mieux1, à tel point que les socialistes, en fait de bilan à défendre, ont du mal à trouver plus que le mariage pour tous et l’intervention au Mali, mais ça va mal, ça va même très mal.

• Reprenons au début. Lundi 20 mars 2017, son candidat officiel Benoît Hamon ne parvient pas à s’imposer lors du premier grand débat présidentiel. Challengé sur sa gauche par Mélenchon et sur sa droite par Emmanuel Macron, il avait tenté la veille de faire revivre la « magie » hollandaise de 2012 au Bourget en stigmatisant la finance et ses visages2 lors de son grand meeting de Bercy. Pas exactement dans la paraphrase du Président, mais jouant clairement sur les mêmes éléments de langage, ceux qui parlent aux socialistes de la première gauche, ceux qui, jusqu’à présent, avaient toujours réussi à réconcilier la famille, il lance :

« Je veux d’abord le dire solennellement : le parti de l’argent a trop de candidats dans cette élection. Ce parti de l’argent a plusieurs noms, plusieurs visages, il a même plusieurs partis. »

Même lorsqu’on est un candidat en difficulté, il est assez facile de se faire applaudir par 20 000 partisans (en réalité, plutôt 10 à 15 000), surtout quand on a le budget et la logistique du PS avec soi.

Face à 10 millions de téléspectateurs

Mais quand on se retrouve face à 10 millions de téléspectateurs représentant toutes les catégories possibles de la société, quand on manque considérablement de charisme, qu’on vend des lendemains qui se caractérisent par leur propension à mettre les pays qui les appliquent en faillite et qu’on fait une fixette sur la reconnaissance du burn-out au travail alors que les Français sont avant tout préoccupés par le chômage puis par la sécurité, c’est beaucoup plus difficile.

Et de fait, selon un sondage Opinionway pour Le Point effectué dans la foulée du débat, seuls 10 % des téléspectateurs interrogés ont trouvé Hamon convaincant, contre 15 % pour Mélenchon, 19 % pour Fillon et Le Pen et 24 % pour Macron.

Cette impression qui range sans ménagement le candidat officiel du PS du côté des perdants a été confirmée ensuite par un sondage sur les intentions de vote : modulo les marges d’erreur qui sont de l’ordre de +/- 1,5 %, Mélenchon prend l’avantage avec 12 % des voix contre 11 % à Hamon (Le Pen et Macron 25,5 %, Fillon 18 % et Dupont-Aignan 5,5 %).

Discret Bruno Le roux

Pour faire bonne mesure, les médias, qu’on croyait entièrement occupés à vérifier le trousseau complet de François Fillon et les emplois de son épouse, ont découvert que Bruno Le Roux avait employé ses deux filles à l’Assemblée nationale alors qu’elles n’avaient que 15 et 16 ans respectivement au début.

Probablement très occupé à rédiger leurs 24 CDD et à inscrire sur son propre CV des compétences et des formations qu’il n’a jamais eues, il occupait son poste de ministre de l’Intérieur avec une discrétion telle que c’est à peine si on a remarqué son départ.

Seule petite satisfaction pour Camba cette semaine, il a trouvé moyen, selon sa bonne habitude d’apparatchik socialiste rompu à la dialectique, de transformer le plomb Le Roux en opportunité électorale dorée en prenant appui sur la prompte démission du ministre pour exiger le départ de François Fillon de la course présidentielle.

La poutre… et la poutre

Il est toujours amusant de voir à quel point (et en l’occurrence ça vaut pour les deux camps) la poutre des uns est toujours prétexte à stigmatiser la poutre (qui n’est parfois que poussière) des autres, plutôt qu’à reconnaître ses manquements et à s’engager résolument dans une autre pratique politique.

Mais surtout, on voit mal en quoi l’abandon de Fillon pourrait arranger les affaires de Hamon. Si l’électorat fillonniste devait se porter autre part, ce serait sur un éventuel remplaçant, sur Macron ou sur Le Pen.

Dans tous les cas, Hamon ne pourrait espérer dépasser la place n° 3. Le but de la manœuvre serait beaucoup plus compréhensible si le PS tenait à faire gagner Macron pour « battre la droite et l’extrême-droite. »

Défection de Le Drian

La défection de Jean-Yves Le Drian ajoute encore plus à la confusion. C’était sur le feu depuis un moment et Ouest-France l’a annoncé officiellement hier : Le Drian soutient Macron. Il se murmure qu’il pourrait même être son ministre de la Défense. On sait en tout cas qu’il a participé à l’élaboration de son programme en ce domaine.

Coup dur pour le PS, car on ne parle pas d’un vague secrétaire d’État en mal de poste, on ne parle pas d’un écologiste anecdotique inséré à titre décoratif dans le gouvernement. On parle d’un grand favori de la Hollandie.

On parle d’un ami de Hollande depuis que celui-ci a rejoint le PS en 1979. On parle du ministre de la Défense depuis 2012.

On parle de l’heureux et unique bénéficiaire d’un traitement de faveur sur le cumul des mandats pour son élection à la tête de la région Bretagne en décembre 2015 dernier. Si on s’arrête là, on en conclut que Macron est donc bien le candidat adoubé, poussé, promu et cajolé par François Hollande.

Le Drian avec Macron

Mais il s’avère que les relations Hollande Le Drian sont tendues depuis un moment. Ils ont eu des désaccords d’ordre régalien, Le Drian s’est prononcé pour une candidature Valls avant même qu’il soit question de primaires et il a peu apprécié les révélations sur les assassinats ciblés que le Président a cru bon d’évoquer dans le livre Un Président ne devrait pas dire ça. En rejoignant Macron, Le Drian ne rejoint pas Hollande, il le quitte.

• Les temps sont durs pour les socialistes, encore plus durs qu’à l’époque du « cauchemar » du 21 avril 2002. Ce jour-là, un candidat du Front national accédait pour la première fois au second tour de l’élection présidentielle, éliminant Lionel Jospin, Premier ministre PS sortant, qui se trouvait relégué en 3ème position. Les socialistes se sont jurés qu’ils se battraient jusqu’à la dernière extrémité pour qu’on ne voit « plus jamais ça ».

Anti-racisme forcené

Depuis lors, battre l’extrême-droite à travers un anti-racisme forcené est devenu l’un des points névralgiques de leur politique. On ne compte plus les semaines d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme à l’école, on ne compte plus les campagnes de lutte contre ce racisme qui « commence par des mots et qui finit par des crachats, des coups, du sang ».

Apparemment, les effets n’ont pas été conformes aux souhaits, le FN est plus haut que jamais. Ou, plus exactement, il s’est avéré difficile de doser finement entre les belles intentions proclamées d’éradiquer le cancer de l’extrême-droite et la nécessité de faire monter le FN un petit peu quand même au détriment de la droite pour se retrouver contre lui au second tour et le battre.

Le FN au second tour

Aujourd’hui, personne ne se pose la question de savoir si le FN sera ou non au second tour car  la probabilité qu’il y soit est très élevée. Et personne ne se pose la question de savoir si le PS sera au second tour car la probabilité qu’il n’y soit pas est également très élevée.

Ou, pour être plus précis, on se pose la question de savoir si une certaine forme de socialisme non officiel et non revendiqué comme tel, mais quand même un petit peu, pourrait accéder au second tour en la personne d’Emmanuel Macron.

La défection de Jean-Yves Le Drian donne du poids à cette idée. Passé par l’UNEF, membre du PS depuis 1974, membre du gouvernement Cresson sous Mitterrand, il a participé à toutes les aventures socialistes depuis plus de 40 ans.

Ce qu’on ne sait plus, c’est si ce mouvement se fait avec ou contre François Hollande. Ce qu’on peut deviner en revanche, c’est que Hollande, comme Cambadélis, trouvera de toute façon un moyen de retomber sur ses pattes.

Quinquennat horribilis

La septimana horribilis qui vient de s’écouler n’est jamais que le symptôme logique d’un quinquennat horribilis tout en grand écart entre promesses et réalisations, lequel résulte directement de ce qu’on pourrait appeler la malédiction du socialisme.

Dans son acception marxiste d’origine, il ne fonctionne pas, voir URSS, Royaume-Uni des années 1970, Cuba, Vénézuela aujourd’hui. Mais l’idée d’oeuvrer de façon dirigiste pour un monde meilleur reste séduisante.

Certains socialistes plus « modernes » que les autres, comprenant aussi des politiciens de la droite et du centre, ont alors inventé la social-démocratie : on abandonne la planification totale, on garde la tutelle de l’Etat, mais on veille à laisser les entrepreneurs privés produire afin de les taxer et redistribuer selon un plan social conscient. Ça ne marche pas mieux (seule la liberté est féconde), mais la mort est plus lente, voir France.

La gauche de Poutou à Macron, dans un accès de folie schizophrène, se déchire et tente de se recomposer pour savoir si elle fera mourir la France rapidement ou à petit feu. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Sur le web

  1. En avril dernier, François Hollande nous annonçait : « ça va mieux ». Déclaration bien hâtive.

    Je ne reprends pas la litanie de ses échecs, mais on pourra pour se faire une idée en consultant les chiffres donnés dans l’article From beautiful France with love.

  2. Le 22 janvier 2012, lors de son grand meeting de lancement de campagne au Bourget, François Hollande avait déclaré (vidéo) : « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance ».