Macron n’est pas près de remplacer Merkel à la tête de l’UE

Angela Merkel BY EU2017 Estonian presidence (CC BY 2.0) — EU2017 Estonian presidence, CC-BY

Emmanuel Macron est mal parti pour avoir une aura aussi forte qu’Angela Merkel et l’Allemagne en Europe. Une situation qui risque de ne pas changer avec le successeur de Merkel.

Par Alexandre Massaux.

Avec les élections allemandes à la fin de ce mois de septembre, l’ère de la chancelière Merkel va prendre fin. De plus, à partir de janvier 2022 et pour six mois, la France arrive à la tête de l’Union européenne (UE), faisant du président Macron son principal dirigeant.

Néanmoins une récente étude du European Council on Foreign Relations (ECFR) montre qu’Emmanuel Macron est mal parti pour avoir une aura aussi forte qu’Angela Merkel et l’Allemagne en Europe. Une situation qui risque de ne pas changer avec le successeur de Merkel.

Merkel plus populaire que Macron… y compris en France

Dans cette étude, l’opinion publique de 12 pays de l’UE (Allemagne, Autriche, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Pologne, Portugal et Suède) a été sondée. À la question « pour qui voterez-vous pour la présidence de l’Europe entre Macron et Merkel ? », la totalité des pays place la seconde en tête.

Même en France, la chancelière allemande aurait un score de 32 % contre 20 % pour Macron. Ironiquement, le pays qui voterait le plus pour le président français avec 24 % (tout en votant à 44 % pour Merkel) est la Hongrie. Et il n’est pas sûr que seuls les opposants du Premier ministre hongrois Orban soient parmi les partisans de Macron.

Il faut rappeler que lors de sa lettre aux Européens en 2019, Macron avait été critiqué par la plupart des dirigeants européens et que l’un des rares soutiens aux initiatives de cette tribune était Viktor Orban.

Inversement, le pays le moins favorable à une présidence de l’UE pour Macron avec 6 % est les Pays-Bas. Une opposition néerlandaise liée aux questions budgétaires et à la position de membre (et porte-parole) des Frugal Four ?

On constatera que la cote de popularité de Merkel varie entre les pro-européens (48 %) et eurosceptiques (31 %). Ce qui est beaucoup moins le cas avec celle de Macron (entre 18 et 12 %). C’est un échec pour celui qui voulait incarner le sentiment pro-européen.

L’Allemagne reste le cœur des intérêts des pays européens

L’importance donnée au dirigeant de l’Allemagne n’est pas uniquement liée à la personnalité de Merkel. Elle a un sens plus profond. Le pays est vu, toujours selon cette étude, comme le garant des intérêts des pays européens.

Au niveau économique, plusieurs pays considèrent que l’Allemagne fait du bon travail en la matière : la Hongrie domine avec 50 %, suivie par l’Espagne (45 %), du Portugal (44 %), de la Bulgarie (44 %) et des Pays-Bas (43 %).

De la même manière, plusieurs pays voient aussi l’Allemagne comme jouant un rôle important dans la défense des valeurs démocratiques. Ironiquement, la Hongrie est le pays qui lui fait le plus confiance avec 49 %. Elle est suivie par les Pays-Bas (45 %), l’Espagne (43 %) et le Portugal (41 %).

Avec ces scores, il faut voir le succès de la diplomatie allemande qui a cherché à entretenir de bonnes relations avec ses voisins. La volonté de Berlin d’éviter l’escalade des tensions politiques a renforcé sa place dominante en Europe.

Société civile allemande contre État français

La principale force de l’Allemagne est sa société civile et son industrie. Le gouvernement allemand fait en sorte que l’activité économique de ses entreprises ne soit pas gênée leur permettant ainsi de se développer dans le reste de l’UE et au-delà. L’Ostpolitik vis-à-vis du groupe de Visegrad et de la Russie est motivée par des considérations économiques avant d’être politiques. Cette posture n’est pas sans poser des problèmes comme le montrent les polémiques entourant le gazoduc Nord Stream 2. Néanmoins, elle permet à Berlin de discuter avec tout le monde.

Inversement, la politique française domine le milieu économique amenant une approche plus centralisée que l’Allemagne. Une telle approche pouvant être source de réticences pour des pays souhaitant avant tout des échanges économiques.

En cela, peu importe qui prendra la succession de Merkel, la suprématie politique allemande risque de continuer. Si la France veut concurrencer son voisin, ses dirigeants devront réapprendre l’humilité et éviter de chercher à imposer leurs grands projets. La France aurait tout intérêt à jouer une carte de médiateur dans les affaires européennes.

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