Présidence de l’Union européenne : la botte secrète de Macron 

Emmanuel Macron 2017 BY Jacques Paquier (CC BY 2.0) — Jacques Paquier, CC-BY

Plus qu’un succès européen, le président Macron espère une réélection à la présidence de la République, qui le ferait entrer définitivement dans l’histoire de la Cinquième République.

Par Laurent Sailly.

Hasard du calendrier, la France prendra la présidence tournante de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2022, pour une durée de six mois. Un « timing parfait », estiment les partisans du chef de l’État, alors que le scrutin élyséen est prévu en avril de la même année. Une sorte de botte secrète, qui pourrait lui conférer un avantage face à ses potentiels concurrents. C’est en tout cas l’avis du secrétaire d’État chargé des affaires européennes, Clément Beaune.

À l’Élysée, on sait déjà que le discours qui sera prononcé par Emmanuel Macron devant le Parlement européen, dans cinq mois, pour décliner sa feuille de route, aura un retentissement particulier à quatre mois du premier tour.

Car, plus qu’un succès européen, le président Macron espère une réélection à la présidence de la République, qui le ferait entrer définitivement dans l’histoire de la Cinquième République.

Une stratégie pour l’instant discrète au niveau européen

Sur le fond, trois grands blocs se dégagent :

  • l’environnement : la taxe carbone aux frontières et la fiscalité verte en général ;
  • le régalien : la réforme du droit d’asile et comment remanier le règlement de Dublin qui fixe les règles en matière de migration ;
  • le numérique : la taxe sur les géants d’Internet.

Objectifs d’autant plus faciles à atteindre que certains, comme la réforme migratoire ou la taxe sur les Gafam, seront arrivés à maturité.

Mais la partie est loin d’être gagnée. En effet, la présidence de la Slovénie vient juste de commencer. Or celle-ci a les compétences pour pousser nombre de ces dossiers d’ici la fin de l’année. D’où une relative discrétion de Paris qui, en affichant trop tôt ses ambitions, pourrait se voir taxer d’anti-jeu.

Par ailleurs, en plein cœur de la présidence française de l’Union européenne se déroulera l’élection présidentielle. Compte tenu de la période de réserve qui précédera le scrutin, les Français n’auront que deux mois et demi pour boucler des dossiers.

Emmanuel Macron, à quitte ou double…

Emmanuel Macron pourra compter sur le soutien de nombreux dirigeants européens qui craignent une victoire des populistes à l’élection présidentielle en France. D’ailleurs, le tournant autoritariste de la France est là pour démontrer un soi-disant risque populiste du type hongrois. La politique vaccinale du gouvernement sert ainsi à cette démonstration.

La crise sanitaire a fortement éloigné les ministres des questions bruxelloises. Le président Macron doit mettre toute son énergie, dans les derniers mois de 2021, à les faire revenir dans la capitale européenne pour leur donner une meilleure compréhension des sujets qu’ils vont devoir piloter pour les Vingt-Sept. D’autant que 14 années séparent les deux présidences françaises et qu’aucun retour d’expérience n’est possible.

Emmanuel Macron joue ainsi à quitte ou double. Il est à craindre que ses excès de prudence et d’autoritarisme lui fassent tout perdre : l’échec à la présidence européenne et la défaite à l’élection présidentielle. Une fois encore, l’ego de nos dirigeants poussera la France un peu plus vers son néant.

Qui dans l’entourage du chef de l’État aura le courage de lui demander, pour le bien des citoyens français, de renoncer à sa politique liberticide et anti-démocratique ? Qui sera à même de lui faire entendre qu’il doit prendre des risques pour le bien de la France et de l’Union européenne ? S’il ne change pas d’orientation, Emmanuel Macron restera dans l’histoire de France et l’histoire de l’Union européenne comme le grand destructeur des libertés publiques !

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