Quoi qu’il en coûte : la note du Trésor qui n’explique rien

Le « quoi qu’il en coûte » de ces derniers mois a évidemment rendu la situation économique et sociale du pays plus préoccupante que jamais.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Quoi qu’il en coûte : la note du Trésor qui n’explique rien

Publié le 14 septembre 2021
- A +

Par Nathalie MP Meyer.

Nos éminences de Bercy commenceraient-elles à se préoccuper de l’inquiétude qui pourrait se développer dans l’opinion publique en raison de l’explosion de la dette publique française induite par la désormais fameuse politique du « quoi qu’il en coûte » covidien ?

On le dirait bien, car après la grande tournée de rentrée de Bruno Le Maire dans les médias pour nous convaincre que l’économie française se portait à merveille, en omettant notablement le fait que ce pseudo-résultat a été obtenu par une furieuse distribution d’argent gratuit, c’est au tour d’Agnès Bénassy-Quéré, chef économiste de la Direction générale du Trésor, de faire ce que les politiciens aiment bien appeler « de la pédagogie » sur la question de la dette publique.

Dans une note publiée le 2 septembre dernier sous le titre « D’où vient l’argent ? », elle a entrepris d’apporter une réponse rassurante à tous ceux qui se demandent par quel « miracle » notre État en déficit permanent et déjà très endetté, cet État qui disait même vouloir réduire ses dépenses, a pu déverser des milliards d’aide aux ménages et aux entreprises :

Nos entreprises n’avaient plus de clients, et pourtant nous étions toujours payés en fin de mois. Comment ce miracle est-il possible ? Où est le loup ?

Hé oui, où est le loup ?

Nulle part, d’après Mme Bénassy-Quéré. Et de nous expliquer ce que nous savions déjà, à savoir que l’État s’est endetté encore un peu plus.

Rappelons au passage que la dette publique française atteignait presque 100 % du PIB en décembre 2019 et qu’elle caracole maintenant à 118,2 % du PIB (chiffre INSEE à la fin du premier trimestre 2021) :

quoi qu'il en coûte

Retour à la note. En temps ordinaire, l’État se finance auprès des ménages (et des entreprises quand elles ont une trésorerie positive) via le système financier (dépôts bancaires, comptes sur livret, assurance-vie) qui convertit leur épargne en placements et également via les investisseurs étrangers.

En temps de covid, pas de problème pour couvrir l’accroissement soudain et colossal des besoins de financement de l’État, puisque les aides accordées pour maintenir le pouvoir d’achat des ménages (prise en charge du chômage partiel) se sont largement converties en un surcroît d’épargne du fait de l’impossibilité de consommer certains biens et services immobilisés par les confinements.

Parallèlement, continue Mme Bénassy-Quéré, la banque centrale européenne (BCE) a continué de racheter des blocs de prêts des banques, notamment leurs titres de dettes publiques – c’est la technique du quantitative easing – afin de leur donner des marges de manœuvre supplémentaires pour prêter aux entreprises privées et aux États « tout en faisant pression à la baisse sur les taux d’intérêt payés par tous les emprunteurs ».

Objectif : relancer l’économie.

Et de fait, pour ce qui est de prêter, les banques ont prêté aux entreprises. Alors, tout roule, comme nous l’affirme Bruno Le Maire ? Eh bien, pas tout à fait. Car les banques ont émis quantité de prêts garantis par l’État (les fameux PGE), c’est-à-dire des créances qu’elles étaient sûres de recouvrer d’une manière ou d’une autre.

Autrement dit, le contraire d’une incitation à faire leur travail d’analyse du risque, ce qui les a conduites à soutenir des entreprises qu’elles n’auraient jamais financées en temps ordinaire. Du reste, le nombre de faillites d’entreprises est actuellement très inférieur à ce qu’il était en période pré-covid. C’est parfaitement anormal.

Mais pas de quoi perturber Mme Bénassy-Quéré qui n’aborde nullement la question de la qualité des prêts accordés à l’économie. Il lui suffit de savoir dans une logique purement comptable que si la BCE crée effectivement des moyens de paiement, de la monnaie supplémentaire, en inscrivant ces blocs de prêts rachetés à son bilan, elle détient en face une créance de même montant sur les États.

Bref, Mme Bénassy-Quéré nous explique doctement qu’actif égale passif. Cela me fait irrésistiblement penser à l’histoire du touriste en montgolfière qui demande où il est à un promeneur qui passait par là. Le promeneur, obligeant et précis, lui répond : sous un ballon. Typiquement l’explication parfaitement exacte qui n’explique rien.

Si les Français se posent effectivement des questions sur l’issue des aides covid qui ont clairement consisté à distribuer de l’argent sans aucune création de richesse en contrepartie, c’est moins « D’où vient l’argent ? » que « Comment la France trouve-elle encore des gens assez fous pour lui prêter ? » et que « Comment tout cela va-t-il finir ? »

La fin du texte de Mme Bénassy-Quéré montre d’ailleurs qu’elle n’en sait rien elle-même, ou du moins qu’elle imagine implicitement que les stocks de dette et d’épargne vont se dégonfler gentiment d’eux-mêmes, sans casse pour personne :

La question centrale va être la façon dont ces stocks d’actifs et de dettes vont influencer les flux nouveaux de production et de dépense, et comment ils peuvent progressivement se dégonfler sans enrayer la reprise.

Pour répondre à la première question, « qui est assez fou pour prêter à la France », il est évident que la politique de taux bas de la BCE et des banques centrales en général dans le but de soutenir voire relancer l’économie a pour effet de stimuler l’interventionnisme des États et le poids de l’État-providence. Une politique d’inspiration toute keynésienne que l’économiste Jacques Rueff qualifiait d’illusion, de « monde de magicien », et dont la France profite à plein sans vergogne sous le parapluie protecteur des pays dits frugaux du nord de l’Europe. Des pays qui pourraient finir par se lasser. Encore que stimulée par la crise du covid, la tendance keynésienne soit de plus en plus en vogue au sein de l’Union européenne.

Quant à la seconde question, « Comment tout cela va-t-il finir ? », sa réponse dépend beaucoup de ce qu’il va advenir de ces blocs de prêts rachetés par la BCE et dont Mme Bénassy-Quéré nous dit qu’il constituent une créance de la BCE sur les États. Pour les rembourser, il va obligatoirement falloir augmenter les impôts à un moment où à un autre, avec tout ce que cela comporte d’influence négative sur l’investissement, donc sur la croissance du secteur marchand, donc sur l’emploi et le pouvoir d’achat, donc sur la collecte d’impôt.

En l’absence de remboursement – et c’est la situation dans laquelle nous sommes actuellement car les stocks de prêts ne font qu’augmenter – la BCE a créé de la monnaie sans aucune contrepartie dans l’économie réelle, ce qui signifie obligatoirement perte de valeur de la monnaie, inflation, ruine de l’épargnant, donc moindre capacité d’investissement dans l’économie, donc à nouveau crise, soutien public, et on recommence.

Dans tous les cas, l’issue nous sera gravement dommageable.

Mais non ! nous dit Bruno Le Maire, la croissance va venir éponger tout cela. Mais justement, quelle croissance ? Celle qu’on va continuer de s’offrir à crédit, celle qui se fonde sur les méthodes de magicien dénoncées par Rueff, celle de la fuite en avant dans la dette, celle des taux maintenus artificiellement bas et des prêts accordés sans réfléchir ? Ou alors une croissance réelle fondée sur un retour au libre jeu du marché ?

Fière de son État-providence, championne de la dépense publique et des impôts, la France n’a pas attendu la pandémie pour enchaîner les déficits publics année après année depuis 45 ans sans jamais faire la moindre réforme significative pour alléger le boulet étatique porté par le secteur marchand. Mais le « quoi qu’il en coûte » de ces derniers mois a évidemment rendu la situation économique et sociale du pays plus préoccupante que jamais.

Je suis très pessimiste. Il faudrait faire machine arrière, redescendre de quelques marches et réfléchir d’urgence à la façon de le faire le moins douloureusement possible, car plus on attend, plus la chute sera dure. Et pourtant, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer un « monde d’après » encore plus dépendant de l’interventionnisme étatique, donc de la dépense et de la dette publique. Ça promet.

Sur le web

Voir les commentaires (9)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (9)
  • pourrissement ou effondrement?

  • Grâce au Covid, la France se retrouve pieds et poings liés devant la BCE. Les eurocrates, qui n’ont jamais fait mystère de leur ambition d’asservir les indépendances nationales, y trouvent leur compte. Ils disposent désormais d’un moyen de rétorsion redoutable sur tout dirigeant français qui s’écarterait de leur ligne.

    • S’asseoir sur les traités est une spécialité du pays et les Français infestent une bonne partie des instances européennes dont la BCE. Le QE arrangeait surtout les pays mal gérés du Sud dont la France, les Allemands et les Anglais étaient réticents.

      Bref, les normes et lois idiotes qui ne dérangent pas le pouvoir ou émanent des politiques français seront imposées sans soucis aux sans-dents, les autres seront totalement ignorées comme par exemple les règles de bonne gestion ou la condamnation de « l’usage disproportionné de la force » contre les gilets jaunes.
      .
      L’effondrement du pays est parfaitement franco/français et c’est en bonne partie sous l’influence des Français aidés des pays du sud que l’UE devient une UERSS. Au temps de l’Allemagne et du nord tout-puissant l’UE était plutôt libérale.
      .
      Les politiques danois sont soumis aux mêmes règles et pourtant ils font tout autre chose avec leur pays.

  • Agnès Bénassy-Quéré est Chevalière de l’ordre national du Mérite et Chevalière de la Légion d’honneur‎.
    La France est une république bananière.

  • Pas de secret , il n’y a aucune volonté politique de sevré les aides , donc ca continuera encore et encore pendant des 10 années.
    Il ne s’agit pas d’attendre le messie mais juste d’écouter autour, les discutions de comptoir. Le collectivisme du biberon à l’université à fonctionner.
    Malgré quelque voix qui se sont élevés, tous le monde réclame des aides dans tous les corps de métier et à tous les niveaux , on ne veut pas être reconnu par son travail mais par son état par la collectivité , donc plus tu cries fort plus tu seras écouter.
    Les silencieux , ceux qui finance et qui font le chèque en blanc commence a baisser les bras. Jusqu’où irons nous qui aurait dit pendant une épidémie que l’état dans ca grande gentillesse aurait financer le travail des entreprises à l’arrêt.
    Qu’elle sera la prochaine étape , quelque piste sont a l’étude pour relancer l’économie :
    – Le salaire universelle
    – les 32h
    – Le taux maximale de salaire
    – Le pass écologique
    – Le pass sociale
    – Le tour de passe passe
    la liste est tellement longue du plaisir de nos dirigeants politique d’assouvir leur désir de diriger la population que ne sait plus a quel sauce les cerfs seront manger

  • ça se termine comment pour la cigale ?

    • Elle se lance dans une guerre contre les fourmis et espère que d’autres cigales vont l’aider parce qu’elle l’aura fait au nom du bien.

  • Un grand merci à Nathalie MP Meyer pour le lien vers le texte de Mme Bénassy-Quéré, magnifique leçon de pseudo économie keynésienne, qui en montre toute la duplicité. On remarquera au passage qu’Etat, banques et bénéficiaires d' »aides sociales » ne figurent pas dans son schéma de fonctionnement normal de l’économie, ce qui est pour le moins piquant.
    La monnaie distribuée par le gouvernement, quelle que soit sa provenance (« ménages » ou création bancaire initiée par la BCE), l’a été à des entreprises et monopoles d’État interdits de produire (activités considérées comme « non essentielles ») ou à des gens qui ne produisaient déjà rien avant (bénéficiaires d' »aides sociales », certains fonctionnaires). C’est un gigantesque transfert de richesse ou spoliation supplémentaire des producteurs (ceux qui ont été autorisés à poursuivre leur activité) vers des non producteurs ou contre producteurs temporaires ou permanents. En effet, les bénéficiaires de la mane gouvernementale n’ont rien pu en faire d’autre (à part la mettre de côté) que de se procurer des biens et services produits par les premiers (nourriture, carburants, énergie, transports, achats en ligne…), en échange de rien.

  • Où est le loup ? C’est le poisson qu’ils tentent de noyer avec leurs pirouettes, ces faux-monnayeurs ! Normal, ils sont juste à la sortie des rotatives.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Déjà en 1978, le prix Nobel d’économie Milton Friedman alertait sur les causes de l’inflation : due aux politiques monétaires des banques centrales, celle-ci est principalement liée aux excès de création monétaire et de dépenses publiques.

Concrètement, les banques centrales créent de la monnaie ex nihilo pour financer ou racheter la dette publique des États surendettés, ou encore accorder des crédits aux banques. L’injection d’une nouvelle masse monétaire dans l’économie induit, à terme, une baisse de la rareté de la monnaie, et donc ... Poursuivre la lecture

Il fallait s’y attendre. Chaque nouvel épisode de crise relance automatiquement la chasse aux « profiteurs » de crise. « Amazon se gave ! » lançait Roselyne Bachelot en novembre 2020, au cœur du débat sur les restrictions d’activité anti-covid. Vite, boycottons Amazon, taxons son chiffre d’affaires, ramenons de la sobriété et de la justice sociale dans ce monde de brutes ! Aujourd’hui même combat : haro sur le transporteur maritime CMA-CGM, haro sur le pétrolier TotalEnergies, haro sur tous les profits trop gigantesques pour être honnêtes.Poursuivre la lecture

La rentrée 2022 est véritablement cauchemardesque.

On rentre à peine de vacances, on ouvre les yeux en tremblant, et bim, l’inflation que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ou la présidente de la BCE Christine Lagarde nous décrivaient au début du printemps comme un petit désagrément technique temporaire uniquement attribuable à la reprise post-covid puis à la guerre russe en Ukraine n’a pas eu le bon goût de s’assécher au soleil de l’été.

Tout au contraire, elle est toujours là, plus vigoureuse que jamais – 8,9 % en zone e... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles