Pass sanitaire : Macron cherche sa réelection

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La décision du président de généraliser le pass sanitaire est un coup politique qui a toutes les chances de se révéler gagnant. À condition bien sûr que cela ne dure pas trop longtemps.

Par Nicolas Hague.

 

Lors de son allocution du 12 juillet dernier, le président de la République a annoncé une extension du pass sanitaire à des activités de la vie courante (restaurants, bar, musées, bibliothèques, clubs sportifs,…). Par ce revirement, Emmanuel Macron prend un risque politique le gouvernement ayant affirmé pendant des mois qu’il resterait limité aux évènements rassemblant plus de 1000 personnes.

Mais que cherche-t-il à y gagner ?

La réponse est simple et connue de tous : être réélu en 2022. Et pour cela, quoi de mieux qu’une victoire contre la covid-19 ?

Il est plus que temps : après 18 mois de crise, les Français sont exténués. De plus, sans présager de l’avenir, les différentes vagues du virus sont pour l’instant de moins en moins mortelles et il n’est pas exclu que la crise s’éteigne d’elle-même.

Il est donc urgent de faire un coup d’éclat pour s’attribuer le bénéfice de la sortie de crise. Celui-ci ne peut passer que par la vaccination puisque le gouvernement répète depuis le début qu’elle est la seule solution. Un revirement sur les traitements, la prévention, l’augmentation de la capacité hospitalière… est exclu, car les commentateurs auraient tôt fait de rétorquer : pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? L’autre avantage du vaccin est de faire table rase du passé : le gouvernement ne pouvait pas gérer la crise différemment (confinements, couvre-feux, fermetures de commerces…), car on ne disposait pas encore de vaccins.

Augmenter le taux de vaccination avec le pass sanitaire

La France doit donc devenir la championne de la vaccination grâce à Emmanuel Macron. Deux solutions s’offrent à lui : l’obligation vaccinale générale ou l’extension du pass sanitaire. La deuxième solution semble plus sûre juridiquement et permet au président de ne pas trahir sa promesse de liberté de choix. Mais ce n’est peut-être qu’une première étape. De toute façon le résultat attendu est similaire.

Et ce résultat ne s’est pas fait attendre : la France a rattrapé son retard sur les pays les plus vaccinés, mais surtout le fléchissement observé dans les autres pays (en général vers 70 % de première dose) ne se produit pas. Le pays va donc probablement devenir l’un des plus vaccinés d’Europe, voire du monde, et Emmanuel Macron pourra s’en attribuer le mérite.

La dernière étape est de démontrer que cette vaccination permet de lutter efficacement contre le virus. Pour la vague due au variant Delta, il semblerait que le pic de l’épidémie se soit déroulé le 15 août (pour le nombre de cas). On peut donc communiquer sur le succès de la vaccination et la victoire du président sur le variant Delta.

Réduire le nombre de cas avec le déremboursement des tests

Reste le problème d’une possible vague à l’automne. L’épidémie du variant Delta s’est surtout vue à travers le nombre de cas bien plus qu’à travers le nombre de décès qui est resté bien plus limité que pour les autres vagues. On peut penser qu’il en sera de même pour la prochaine vague. Or à partir du 15 octobre, les tests de dépistage ne seront plus remboursés que sur prescription médicale, le nombre de tests (et donc de cas) va fortement diminuer surtout que les vaccinés ne sont généralement pas testés. Les communicants pourront donc choisir un nouvel indice pour mesurer la gravité de l’épidémie et donc prouver l’efficacité de la vaccination poussée par Emmanuel Macron.

Reste à aborder la question des opposants au pass sanitaire. Quel que soit leur nombre réel, ils ne font en majorité pas partie des électeurs potentiels d’Emmanuel Macron et son cœur de cible continue de le soutenir fortement. « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » : un peu d’opposition ne peut que renforcer la stature du président et souligner son courage. À condition bien sûr que cela ne dure pas trop longtemps (la crise des Gilets jaunes avait fini par ternir l’image du président). Il sera alors temps de supprimer le pass sanitaire qui aura rempli son office.

Pour résumer, la décision du président de généraliser le pass sanitaire est un coup politique qui a toutes les chances de se révéler gagnant. Il devrait lui permettre de sortir grandi de la crise sanitaire et en position de force pour la prochaine présidentielle.

 

 

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