Agnès Buzyn ou la macronie menacée par l’épée de Damoclès judiciaire

Agnès Buzyn - screenshot de Crise sanitaire: les explications d'Agnès Buzyn devant la commission d'enquête - AFP — AFP ,

L’épée de Damoclès judiciaire qui pèse au-dessus de la tête de nos dirigeants peut expliquer en partie l’activisme liberticide débridé de la macronie d’aujourd’hui.

Par Frédéric Mas.

Sur les 14 500 plaintes reçues par la Cour de Justice de la République (CJR) portant sur la gestion de la crise covid, quelques-unes ont abouti, dont celles contre Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé.

Ce vendredi, Agnès Buzyn devrait savoir si elle est mise en examen dans le cadre d’une enquête menée depuis juillet 2020 sur la manière dont le gouvernement a géré l’épidémie de covid qui s’est abattue sur la France début mars 2020.

On reproche à l’ancien ministre à la fois son inaction et sa légèreté face à la pandémie, là où elle se pose en « lanceuse d’alerte » au sein d’un gouvernement qui n’aurait pas vu la catastrophe venir. Elle est convoquée par la CJR pour « abstention de combattre un sinistre ».

L’ancien ministre avait démissionné en 2020 pour prendre la tête de liste LREM d’Île-de-France aux municipales suite à l’abandon de Benjamin Griveaux. Après la défaite cinglante de la liste macroniste, elle s’était confiée au journal Le Monde sur la « mascarade » des municipales, qui selon elle n’aurait jamais dû se tenir : « Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Pourtant, le mois précédent sa défaite, la ministre Agnès Buzyn avait publiquement affirmé que le risque d’épidémie était « très faible », alors qu’elle était à l’époque informée des risques liées au covid qui s’est abattu sur la France.

Depuis juillet 2020, ce sont aussi Édouard Philippe et Olivier Véran qui font l’objet d’une enquête dans le cadre de la CJR.

Responsabilité politique ou judiciaire des élus ?

Jusqu’à présent, les erreurs politiques de l’ancien ministre n’avaient reçu aucune sanction, puisqu’après sa débandade politique en France, elle avait pu rejoindre tranquillement l’OMS à Genève.

Comme l’a rappelé Bernard Kron dans les colonnes de Contrepoints, quand Agnès Buzyn fut pressée de prendre des décisions face à la pandémie, elle s’en remit à la logique technocratique de ses prédécesseurs, refusant d’impliquer la médecine générale dans la « guerre sanitaire » et alimentant l’hospitalocentrisme français jusqu’à l’absurde.

C’est donc le volet judiciaire de son expérience gouvernementale qui l’a rattrapé, suscitant parfois le scepticisme des spécialistes du droit. Pour l’avocat Pierre Farge,

« … Sans plaider pour une totale irresponsabilité pénale de nos politiques, rappelons plutôt qu’ils ont fait ce qu’ils pouvaient, avec les informations incomplètes et souvent contradictoires dont ils disposaient. Ils ont pris des décisions à certains moments, avec des arguments fondés, assumant la part de risque, et expliquant l’impératif d’avancer. Le pire dans cette crise aurait été de ne prendre aucune décision. »

L’épée de Damoclès judiciaire

Ajoutons, sans chercher à excuser ou minimiser les erreurs des gouvernants, que l’épée de Damoclès judiciaire qui pèse au-dessus de la tête de nos dirigeants peut expliquer en partie l’activisme liberticide débridé de la macronie d’aujourd’hui. Si Agnès Buzyn risque la condamnation pour avoir minimisé la crise sanitaire, alors mieux vaut aujourd’hui la surestimer et multiplier les mesures d’exception au nom du principe de précaution afin d’éviter le risque pénal de ses ordonnateurs.

Hélas pour nos édiles, le surinvestissement politico-autoritaire pour répondre à la crise sanitaire (confinements, couvre-feux, pass sanitaire, état d’urgence) a aussi eu des effets catastrophiques en matière de santé publique. La grogne judiciaire des gouvernés ne devrait donc pas retomber de sitôt, et le risque qu’ils cherchent à mettre à la porte pourrait revenir par la fenêtre.

Article modifié le 11/09 à 08:19.

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