Présidentielles 2022 : votez libéral, votez blanc

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Le vote n’est qu’un chèque en blanc fait à des gus à l’ego surdimensionné, c’est l’action de terrain qui permet la solidarité et rend la vie plus douce.

Par Rafael Guenoun.

Voilà déjà quelques temps que je souhaitais faire un petit billet sur les élections à venir, fatigué que j’étais de parler de COVID. L’opportunité s’est offerte à moi à la lecture de l’article de Pascal Salin, récemment republié sur Contrepoints.

Dans ce dernier, il appelle à l’émergence d’un Parti Libéral, qui viendrait défendre le vrai libéralisme, et non pas le « Libéralisme pour rire », dont parle Emmanuel Todd dans cet échange intéressant (parfois hérissant aussi) avec Barbara Stiegler.

Problème : ce parti existe déjà.

Anciennement Parti Libertarien, récemment rebaptisé Parti Libéral afin de rassembler les tendances libérales en France, il s’agit principalement d’une petit chapelle d’hommes et de femmes bien intentionnés mais – au même titre que la plupart des petits partis – engagés dans une bataille à l’issue bien prévisible, tant les règles électorales françaises tendent à favoriser les partis installés. Le succès de La République d’Emmanuel Macron (parfois En Marche, souvent en ordre dispersé) vient plus d’un fin coup tactique et d’un opportunisme gagnant, à un moment (2017) où les Français souhaitaient du changement.

Par son absence de ligne et de principes clairs, le centre était non seulement détournable, mais assez malléable pour plaire à une grande partie de l’électorat. Une de ses forces étant la recherche de consensus, Emmanuel Macron a réussi à en faire son slogan du « En même temps », qui veut en réalité dire « tout et n’importe quoi » – je ne l’apprends à personne. Un jour, il peut être pro-européen ; l’autre parler de souveraineté nationale, avant de se porter en chantre de l’anti-séparatisme (sorte de laïcité biaisée à l’encontre des musulmans, principalement), puis d’appeler les évêques de France à participer à la vie de la communauté.

Aujourd’hui, il apparaît assez clairement que le centre ne soit plus en odeur de sainteté chez les Français, principalement parce qu’il est associé à Macron. L’UDI et le MoDem ne pèsent plus rien et doivent leur existence soit à leur proximité avec le pouvoir en place pour le second, soit par la contradiction qu’il peut apporter au gouvernement de manière ponctuelle pour le premier.

Reste donc la vieille droite, « Libérale pour rire », et les gauches, « libertaires pour rire », elles. En réalité, toutes deux sont un différent goût de la même glace, l’étatisme. Et, une fois de plus, l’élection sera faite par la minorité la plus forte, qui se déplacera aux urnes bon an, mal an, parce que c’est « leur devoir » de citoyen.

Est-ce pourtant bien notre devoir ? Vis-à-vis de qui ? De la classe politique ? Celle qui gagne car elle reçoit le vote d’une dizaine de pourcent des inscrits et qui a le culot de prétendre qu’elle est donc légitime pour imposer à tous les choix de cette toute petite minorité ? De qui se moquent ces gens ?

La crise démocratique dont nous parlent ces bonimenteurs ne vient pas de l’électorat. Elle ne vient pas d’un refus des élites. Elle vient de la logique même des partis, qui amènent les politiques de tous bords à hystériser les débats, à porter l’attention de leurs bases électorales sur une forme de divertissement politique plutôt que sur des problèmes de fond.

George Washington – déjà ! – avertissait les Américains des dangers de la politique partisane en 1796, à la fin de son dernier mandat. La dernière sortie en date du Président Macron sur le « crop top » est parlante. Voilà un exemple de drague lourde (d’ailleurs, que fait la police anti harcèlement de rue ?!) de la base conservatrice, qui est ravie que le président partage son avis sur un accessoire de mode. Question : est-ce vraiment le job d’un président ? Je vous laisse le soin de deviner ce que j’en pense. En tous les cas, c’est encore un nouveau sujet de divertissement politique qui fait jaser. Tous les partis politiques s’y mettent, et moi-même je me retrouve à en parler tant je suis abasourdi par le fait qu’un T-shirt soit devenu un sujet politique.

Aussi, en prévision de cette élection à coup sûr forte en rebondissements, je vous invite à vous plonger dans l’excellent Plaidoyer pour le Volontarisme d’Auberon Herbert, qui date de plus d’un siècle mais aurait pu avoir été écrit hier. Le tout en espérant que, comme moi, vous en tiriez la leçon que le vote n’est qu’un chèque en blanc fait à des gus à l’ego surdimensionné, et que c’est l’action de terrain, l’entraide dans sa communauté (familiale, amicale, professionnelle, etc.) qui permet la solidarité et rend la vie plus douce, pas un décret gouvernemental ou une loi votée par une infime fraction de la nation au nom de tous.

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