2022 : l’élection où tout le monde court après tout le monde

Palais de l'Elysée by manhhai(CC BY-NC 2.0) — manhhai, CC-BY

Tout le monde court après tout le monde, tout le monde promet tout, mais personne ne s’interroge en profondeur sur les réformes qui transformeraient vraiment la France en un pays dynamique, prospère et paisible.

Par Nathalie MP Meyer.

Si ce n’était navrant sur le plan de la production des idées politiques, ce serait très amusant à observer. À un an de l’élection présidentielle de 2022, les principaux candidats, ceux qui semblent faire la course en tête pour l’instant, se sont tous mis à chasser ouvertement sur les terres de prédilection de leur(s) adversaire(s), quitte à revenir sur leurs positionnements antérieurs avec une incohérence et une mauvaise foi à couper au couteau.

Ma remarque ne concerne pas ce qui se passe à la gauche d’Emmanuel Macron. Non pas que l’incohérence et la mauvaise foi soient absentes des tractations qui s’y déroulent. De ce côté-là, on parle beaucoup d’union des forces de gauche, on est même parvenu à un petit accord dans les Hauts-de-France pour les élections régionales de juin et l’on fait mine de croire que l’opération pourrait se renouveler gentiment au niveau national dès l’an prochain.

Mais dans les faits, le líder maximo de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a préféré faire son 1er mai tout seul dans son coin plutôt que de s’associer à ces « faux-jetons » d’écolos et de socialistes qui l’avaient invité à défiler à Lille avec eux pour fêter l’union. Bref, tout le monde se tire dans les pattes et personne n’émerge – et si vous voulez mon avis, c’est très bien comme ça.

Rien ne dit que d’ici l’automne, une candidature surprise de type Édouard Philippe ou même Éric Zemmour, pour assez improbable qu’elle semble à ce stade, ne viendra pas tout chambouler dans le jeu de quilles présidentiel. Mais pour l’instant, comme le montre le graphique ci-dessus, extrait d’une enquête Harris Interactive pour le magazine Challenges publiée le 21 avril dernier, il nous reste donc le duo Macron Le Pen comme en 2017 auquel j’ajoute par pure bonté d’âme Xavier Bertrand, président actuel de la région des Hauts-de-France et candidat de droite archi-déclaré.

Et là, c’est un véritable festival de retournements de veste et de promesses de laver plus blanc, plus fort, plus génial que tous les concurrents.

Prenons Bertrand, justement.

Fin 2017, alors que Laurent Wauquiez venait d’être élu à la tête des Républicains (LR), il claquait avec fracas la porte de son parti devenu à ses yeux un décalque désolant de l’extrême droite.

Mais aujourd’hui, avide de se poser en premier opposant à Emmanuel Macron et dans l’obligation de ratisser plus large sur sa droite, le voilà qui réclame des peines « automatiques » de prison pour quiconque s’attaque à un policier, un pompier, un gendarme ou un maire. Selon lui, si cette disposition était en place, il n’aurait pas pu y avoir d’acquittements dans l’affaire des policiers gravement blessés par des cocktails molotov à Viry-Châtillon en 2016.

Il est certes louable, et même recommandable, de vouloir s’occuper sérieusement de la sécurité des biens et des personnes dont on a eu de multiples occasions récentes de constater combien elle était malmenée. Mais encore faudrait-il éviter de dire n’importe quoi par pure récupération politicienne de l’indignation populaire.

On voit mal en effet ce qui justifierait de prononcer des peines, planchers ou pas, automatiques ou pas, à l’encontre de personnes non reconnues coupables des faits dont elles sont accusées. La disposition imaginée par M. Bertrand n’aurait rien changé au verdict de Viry-Châtillon et il a d’ailleurs dû le reconnaître peu après avec plus ou moins de bonne grâce sur son compte Facebook.

Même topo du côté d’Emmanuel Macron.

Le Président sortant a bien compris qu’après un mandat présidentiel particulièrement chaotique dans lequel il a perdu toute virginité politique, il lui sera beaucoup plus difficile de triompher de Marine Le Pen qu’en 2017. Et ce d’autant plus que le front républicain contre l’extrême droite sur lequel les candidats de gauche ont toujours pu compter jusqu’à présent pour être élus commence à s’effriter sérieusement, Emmanuel Macron étant jugé beaucoup trop à droite par des électeurs d’extrême gauche de plus en plus nombreux.

C’est ainsi que parallèlement au « quoi qu’il en coûte » censé désarmer les réticences à son égard qui s’expriment sur sa gauche, Emmanuel Macron a accordé un grand entretien au Figaro sur le thème de la sécurité et du « droit à la vie paisible » des citoyens pour laquelle il affirme se battre sans relâche.

Qu’on en juge : alors qu’il fut une époque où il considérait que la légalisation du cannabis permettrait de résoudre les problèmes de violence et de délinquance dans les quartiers difficiles, plus question aujourd’hui de montrer la moindre faiblesse vis-à-vis du trafic de cannabis qui selon sa nouvelle conception du sujet forme « la matrice économique de la violence » dans notre pays. Il est donc plus que jamais question de poursuivre la guerre contre la drogue en fermant les « points de deal » les uns après les autres.

Petit problème cependant, ils se reconstituent aussi vite qu’ils ont été fermés, et de toute façon, la prohibition n’a jamais empêché la consommation de quoi que ce soit.

En ce domaine, la France se trouve être l’un des pays les plus répressifs en Europe tout en restant le premier consommateur de ce produit. Peut-être serait-il judicieux de se mettre à explorer d’autres pistes, à commencer par la légalisation du cannabis qui a donné de bons résultats dans d’autres pays, à condition de ne pas en faire un monopole d’État.

C’est ainsi également que le gouvernement s’est fendu récemment de sa propre loi antiterroriste, une de plus, qui a la dangereuse caractéristique d’organiser et amplifier la surveillance de masse qui fut déjà dénoncée comme fondamentalement liberticide et pas forcément très efficace contre le terrorisme des loups solitaires lors de la loi Renseignement portée par François Hollande en 2015.

Beaucoup d’affichage inutile dans tout cela, chaque ministre, chaque chef d’État étant nettement plus pressé de montrer qu’il « fait quelque chose » que de réfléchir à ce qu’il faudrait faire ou éventuellement défaire pour obtenir effectivement des résultats appréciables pour les citoyens.

Quant à Marine Le Pen, la voici maintenant business angel !

On connaît son discours sécuritaire musclé, il constitue même son fonds de commerce. Mais peut-être s’est-elle dit que si elle voulait grignoter ces quelque cinq à six points qui lui manquent pour battre Emmanuel Macron au second tour, il fallait qu’elle se lance elle aussi dans l’éloge de l’entrepreneuriat constitutif de la « startup nation » à la Macron. Une façon pour elle d’essayer de séduire ces électeurs LR qui résistent encore à son charme pour des raisons économiques. Jusqu’à présent, entre la retraite à 60 ans, le retour de l’ISF, sa nouvelle marotte du localisme et l’idée d’un grand emprunt national, elle avait peu de choses à envier à la gauche la plus classique.

La voici donc en train de vanter la création d’entreprise auprès des jeunes (de moins de 30 ans), la voici en train de leur promettre d’abonder leur capital de départ d’un montant étatique équivalent à leur mise de fonds initiale et la voici en train de les exonérer d’impôt sur les sociétés et sur le revenu pendant cinq ans. Sans masquer le fait que tout ceci aura un effet ponctuel assez miraculeux sur les chiffres du chômage… à défaut de créer les conditions d’une vraie croissance économique.

On ne va pas se plaindre des baisses d’impôt – encore que les entreprises bénéficiaires dès leurs premières années d’existence soient assez rares. Mais sans baisse concomitante des dépenses publiques, qui sont donc prévues pour augmenter, on risque de voir le grand emprunt national perpétuellement ouvert à la souscription des épargnants.

Mais surtout, ce genre de mesure où l’État s’immisce dans la création d’entreprises, aussi petites soient-elles, relève de la même illusion que celle, avancée récemment par Bruno Le Maire, qui consiste à effacer leurs dettes quand elles ont des difficultés.

À partir du moment où l’appréciation du marché n’est plus la seule façon de valoriser un projet, à partir du moment où l’entrepreneur est dessaisi d’une partie du risque, à partir du moment où ses prix peuvent être artificiellement bas grâce aux subsides de l’État, rien ne l’empêche de se lancer dans des opérations qui ne seraient jamais viables autrement. C’est ainsi que l’on crée des bulles, puis des krachs, et c’est ainsi que l’on vilipende ensuite un prétendu néolibéralisme honteusement dérégulé…

Conclusion déprimante, dans cette élection présidentielle qui s’annonce, tout le monde court après tout le monde, tout le monde promet tout, mais personne ne s’interroge en profondeur sur les réformes qui transformeraient vraiment la France en un pays dynamique, prospère et effectivement « paisible ». Ça promet.

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Un article publié initialement le 4 mai 2021.

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