Présidentielle 2022 : Xavier Bertrand plus gaulliste que les gaullistes de LR

Xavier bertrand-fondapol(CC BY-SA 2.0)

La position de Xavier Bertrand, candidat à la présidentielle mais refusant la primaire à droite, est très gaullienne. Mais est-elle pour autant adaptée à l’état de décomposition avancée de notre modèle social et politique ?

Par Frédéric Mas.

Interrogé au journal télévisé de TF1, Xavier Bertrand a répété qu’il serait candidat à l’élection présidentielle et pas à la primaire envisagée par certains ténors de la droite. Ce serait pourtant un excellent moyen de transformer une querelle de personnes en débat d’idées, avec à la clef la possibilité de réintroduire le libéralisme dans l’offre politique à droite.

Le traditionalisme gaulliste de Xavier Bertrand

Xavier Bertrand a insisté sur la « cohérence » de sa candidature, qu’il relie à « sa conception » de l’élection présidentielle comme « rencontre d’un homme/d’une femme et les Français ».

La position de Xavier Bertrand est en quelque sorte, très « traditionaliste ». C’est celle du gaullisme classique inspiré par les institutions mêmes de la Cinquième république depuis 1962, et défendue par toutes les formations politiques s’en réclamant depuis la mort du Général. En 1962, de Gaulle fait modifier par référendum la Constitution de 1958 pour désigner au suffrage universel direct le président de la République. C’est une petite révolution aux effets immenses.

La modification constitutionnelle a entraîné un rééquilibrage de légitimité démocratique entre Président et Parlement : le premier devient aux yeux des Français tout aussi important voire plus, que les élus des assemblées. L’esprit parlementaire de la démocratie libérale s’efface un peu plus pour laisser la place à un exécutif tout-puissant1.

Le quasi-plébiscite présidentiel ne désigne pas idéalement un homme de parti, mais une figure singulière, incarnation politique de la sagesse, par-delà les querelles de factions et d’écuries idéologiques.

En quelque sorte, la conception gaullienne de la présidentielle vient consacrer la passion française pour l’homme providentiel, cette figure mythique de « sauveur2 » qui hante le pays depuis la Révolution française et promet de réconcilier des Français constamment divisés par les guerres civiles et les guerres de classes.

Pécresse et Wauquiez modernistes

Ceux qui souhaitent une primaire à droite, comme Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse, sont quant à eux des « modernistes » : ce processus de sélection des candidats à droite n’existe pas dans l’esprit originel de la Cinquième République, et n’apparaît qu’au XXIe siècle.

En un sens, il est même à l’opposé de la conception « providentialiste » gaullien : la compétition porte plus sur des programmes et des idées, elle oblige les candidats à se différentier et à faire émerger des idées nouvelles pour se distinguer au sein du paysage idéologico-politique. Le futur Président n’est plus l’arbitre au-dessus des partis, mais un candidat en campagne qui est porté au pouvoir par un programme réformateur (au moins en théorie).

La position de Xavier Bertrand est donc en quelque sorte, sur le plan des principes, plus gaulliste que celle des gaullistes officiels rassemblés au sein des Républicains. À cette considération de principe, Xavier Bertrand ajoute une note pragmatique, c’est une « machine à perdre » : le résultat des primaires, à droite comme à gauche, n’a pas réussi à désigner de champions dignes de ce nom.

On se souvient des candidatures de Benoît Hamon et de François Fillon qui se sont finies en échecs retentissants. De plus, l’élection d’Emmanuel Macron s’est quant à elle très bien passée de ces stratagèmes médiatico-politiques.

Ce que peut apporter la primaire

Pourtant, malgré les réserves raisonnables qu’elle suscite, la primaire est une opportunité sans équivalent à droite pour bousculer l’immobilisme qui pétrifie la classe politique depuis des décennies.

La conception traditionaliste défendue par Xavier Bertrand délie le président de la République de toute obligation de principes quant à ses prétentions réformistes. Ce sont les idées personnelles du candidat qui sont portées à la tête de l’État, variables en fonction de l’opportunité, des sondages et des intérêts de l’individu élu. Les positions de monsieur Bertrand elles-mêmes sont particulièrement ondoyantes, tantôt à gauche, tantôt à droite, jamais vraiment libérales et étonnamment complaisantes avec les communistes.

On pense à Jacques Chirac, le Président sans idées fixes, qui reste 12 ans au pouvoir en naviguant à vue sans faire les réformes libérales indispensables pour endiguer le déclin du pays.

La primaire obligerait les candidats à présenter clairement leurs projets et leurs ambitions, et donc à les contraindre à des obligations de résultat vis-à-vis des électeurs. En faisant participer ces derniers au débat interne à la droite, elle oblige ses représentants à clarifier leurs positions comme à évaluer leur popularité.

Cela pourrait aussi être l’occasion pour qu’une sensibilité protectrice des libertés individuelles, du marché libre et engagée contre l’État obèse puisse donner de la voix pour contrebalancer les voix sécuritaires et protectionnistes qui aujourd’hui sature le débat public. Rendre visible la liberté dans le débat public, ce serait déjà ça.

  1. Nicolas Roussellier, La force de gouverner. Le pouvoir exécutif en France, XIXe-XXIe siècle, Gallimard, 2015.
  2. Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, Seuil, 1990.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.