Emmanuel Macron ou le mépris de la démocratie

Dans un entretien au magazine Elle, le Président réaffirme : « Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales ». Un mépris flagrant pour la démocratie.

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Emmanuel Macron BY Jacques Paquier(CC BY 2.0)

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Emmanuel Macron ou le mépris de la démocratie

Publié le 1 juillet 2021
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Par Laurent Sailly.

Dans un entretien au magazine Elle, le Président réaffirme :

Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales.

Alors que l’abstention (signe d’un malaise démocratique) est au plus bas et que LREM, le parti présidentiel, subit sa troisième défaite électorale, Emmanuel Macron signifie aux Français son mépris pour la démocratie.

Après s’être légèrement fait devancer par le Rassemblement national aux élections européennes, une sévère déroute des élections municipales, les régionales ont réduit ses candidats aux rôles de figurants face à la puissance des sortants.

Mais pour le chef de l’État, pas question de paraître affaibli malgré le verdict des urnes :

Si vous voulez un scoop, je ne vais pas changer de Premier ministre […] Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales.

En clair, Jean Castex va donc rester à Matignon « dans les prochains mois, ou semaines», soit a priori jusqu’à la fin du quinquennat et la campagne présidentielle de 2022.

Échec de la stratégie présidentielle, MAIS PAS du corpus macroniste

Locales, vous avez dit locales ? Les élections ont été nationalisées sous l’égide du président de la République en engageant ses ministres moins pour battre le RN que, par exemple, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France ou obliger au moins ce dernier à être sauvé par ceux qui le combattent. Mais l’échec est cinglant. Alors, Emmanuel Macron minimise la portée du scrutin en replaçant celui-ci dans ses limites régionales.

Quelle hypocrisie ! Quel cynisme !

Que le macronisme soit défait sur le théâtre territorial a in fine peu d’importance pour son initiateur, que les formations historiques, gauche socialiste et droite républicaine, relèvent un peu la tête ne constituent pas plus un événement.

L’essentiel est ailleurs, dans la vision du projet politique qu’Emmanuel Macron n’indexe pas exclusivement sur sa propre personnalité analyse le politologue Arnaud Benedetti.

Emmanuel Macron : le gouvernement du peuple, pour le peuple, SANS le peuple

Lors de cet entretient, le Président affirme :

L’abstention n’est pas une fatalité […] Ici, la première explication, c’est le Covid-19. Ces élections sont arrivées à un moment où ce n’était pas le rythme du pays

Il refuse de parler « de désaffection de la vie politique par les femmes » mais aussi des jeunes, qui se sont pourtant moins rendus aux urnes que les hommes.

Le chef de l’État ne tirera donc pas d’enseignements des élections régionales et départementales.

Rien de vraiment surprenant en cela. Le corpus macroniste se nourrit d’une forme de désintérêt pour les joutes démocratiques. Macron est le stade ultime de la dévitalisation voire de la sortie du politique, constate Benedetti :

Ne votent que les plus attachés à la perpétuation d’un ordre politico-social conforme à leurs systèmes de représentation et à leurs intérêts. Le rite électoral n’a plus d’autre intensité que celui d’un enregistrement par les plus engagés dans la conscience de la conservation de leurs valeurs.

Objectif 2022 : l’espoir enfin ?

Le Président voudrait laisser rapidement derrière lui la claque des régionales, mais l’inquiétude gagne ses grognards.

Car il y a bien un désastre démocratique de l’abstention le 20 juin, confirmé le 27 juin. Le peuple s’est mis aux abonnés absents mais il gronde. Certes, le chef de l’État est encore en mesure de se qualifier au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen, qui rencontre elle aussi des soucis d’implantation locale.

Pour autant, la dynamique a changé de camp. Et les Marcheurs n’ont, pour l’heure, pas tranché sur la meilleure façon d’éloigner le danger.

Emmanuel Macron se sent investi par l’Histoire, afin d’accomplir des choses grandioses.

Il faut cependant avoir confiance dans l’avenir car il prouve que les Français réagissent rationnellement à la crise de leur classe politique. Bien entendu, en démocratie, le peuple ne peut pas faire comme s’il n’avait pas choisi ses représentants. Mais nous traversons une crise de la démocratie, née de la tendance des diplômés de l’enseignement supérieur à penser qu’ils peuvent remodeler le pays à leur guise.

C’est cette imposture qui est en train d’éclater affirme Édouard Husson.

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  • sa prétention à s’imaginer qu’il est le meilleur n’a d’égale que son cynisme et son hypocrisie ;

  • Il n’y a plus de démocratie en France. Ce n’est pas une « crise de démocratie », la démocratie est morte et enterrée.

    « Bien entendu, en démocratie, le Peuple ne peut pas faire comme s’il n’avait pas choisi ses représentants »
    Il n’en a choisi aucun, pas même le président.
    Macron : 43,67% des inscrits.
    A.N : abstention de 57% des députés siègent avec moins de 20% des voix des inscrits ;
    Régionales : PAS un seul n’a obtenu plus de 25% des voix des inscrits.

    • Vous ne pouvez pas déligitimer nos élus sur le fait que moins de 50 % des électeurs ont voté pour eux. A ce compte, les autres sont encore moins légitimes. C’est le simple jeu des élections. On ne peut pas juger du niveau democratique d’un pays sur cet argument. A ce compte là, les dictatures africaines, avec leurs « présidents » élus à 98 % sont les plus démocratiques !

      • @Jérémy Lapurée : tout à fait. Hormis Chirac en 2002, aucun président n’a été élu par plus de 50% des INSCRITS. Ci-après l’historique :

        vainq expr % expr inscr % inscr
        1965 13 083 699 23 703 434 55,20% 28 902 704 45,27%
        1969 11 064 371 19 007 489 58,21% 29 500 334 37,51%
        1974 13 396 203 26 367 807 50,81% 30 602 953 43,77%
        1981 15 708 262 30 350 568 51,76% 36 398 762 43,16%
        1988 16 704 279 30 923 249 54,02% 38 168 869 43,76%
        1995 15 763 027 29 943 671 52,64% 39 976 944 39,43%
        2002 25 537 956 32 832 295 77,78% 41 191 169 62,00%
        2007 18 983 138 35 773 578 53,06% 44 472 733 42,68%
        2012 18 000 668 34 861 353 51,64% 46 066 307 39,08%
        2017 20 743 128 31 381 603 66,10% 47 568 693 43,61%

      • @Jérémy Lapurée
        Bonjour,
        « Vous ne pouvez pas déligitimer nos élus sur le fait que moins de 50 % des électeurs ont voté pour eux. A ce compte, les autres sont encore moins légitimes. C’est le simple jeu des élections. »
        Si ! et c’est même pour cela qu’ils ne sont pas légitimes. Si aucun ne réussit à obtenir au moins 51% des voix de l’ensemble des citoyens, ils ne sont pas aptes à siéger, ils ne sont donc pas élus.
        De plus, quand on entre dans les périodes électorales, on nous bassine avec « démocratie » à tout bout de champ. Quand on entend démocratie on entend majorité absolue des citoyens, pas des suffrages exprimés.

         » On ne peut pas juger du niveau démocratique d’un pays sur cet argument »
        Bah si ! Si des politiciens siègent à des postes de pouvoir plus ou moins nationaux avec moins de 51% des voix des inscrits, alors il n’y a pas de démocratie.

        « A ce compte là, les dictatures africaines, avec leurs « présidents » élus à 98 % sont les plus démocratiques ! »
        E. Macron élu avec 66% des suffrages exprimés est du même ressort. Les pays africains avec des 98% sont tous pourris par la corruption et surtout le manque de démocratie. C’est d’ailleurs pour cela que ces pays sont des « dictatures » comme vous l’avez écrit, donc antidémocratiques par essence. La démocratie est leur ennemie.

      • Ça c’est vous qui le dites qu’on est quand même légitime avec moins de 50% des électeurs inscrits qui votent pour vous. La vérité c’est qu’il n’y a aucune légitimité à ces élections où le « vainqueur » n’atteint pas 50% des inscrits et c’est bien pour cela que le vote blanc n’est que reconnu (woa la belle affaire) mais n’a aucune conséquence sur le résultat des élections. C’est plus par soucis d’efficacité ou peut-être voire surtout pour que les gens ne remettent pas en question la légitimité de tel dirigeant à, par exemple, enfermer les gens chez eux pendant plusieurs semaines n’est-ce pas?

  • EM, en effet, méprise la démocratie et ce n’est pas son premier déni. En voici, selon moi, quelques autres : la suppression de la taxe d’habitation (impôt le plus lisible et le plus justifié de tous qui appartenait à la démocratie locale), la loi des 80 km/h, terriblement liberticide, qui ne figurait nulle part dans son programme. Le plus flagrant est l’établissement de la convention citoyenne : des individus tirés au sort (?) puis triés selon leur opinions, élus par personne mais endoctrinés par des officines et qui nous pondent des lois absurdes et liberticides qui vont jusqu’à la modification de notre constitution, rien de moins. Le pire étant que, maintenant, ils seraient prêts à attaquer le PR en justice si il n’applique pas leur programme.

    • « 80 km/h, terriblement liberticide, qui ne figurait nulle part dans son programme »
      Pire, il s’était affiché contre quand il était candidat !

    • Macron le destructeur a réussi son coup : rétablir le suffrage censitaire en dégoûtant le peuple de voter : les classes moyennes sont bannies du corps électoral. La démocratie est morte avec Larem. Non seulement il se fiche des résultats mais il compte bien pérenniser l’abstention. Se souvenir qu’elle lui avait permis d’obtenir une majorité record aux législatives. Quand le peuple vote mal, il vaut mieux qu’il s’abstienne.

      • En général, depuis le quinquennat et l’alignement législatives/présidentielle, le président élu voit son parti conforté dans la foulée.
        Le corps électoral n’est pas si bête au point de changer d’avis en 1 mois…
        Rien à voir avec l’abstention.

        • « Rien à voir avec l’abstention. »
          un peu quand même ; quand les LR tentaient de vous convaincre en se disant macro-compatible !

        • Les législatives devraient avoir la fonction de mi-mandat en les déphasant d’une moitié de quinquennat présidentiel je pense que ça réglerait pas mal de soucis de démocratie dans ce pays.

  • Macron+Intervention des juges=mort de la démocratie et du « peiple souverain ».
    Retour aux fondamentaux de la Vème indispensable:
    Quinquennat+Conseil constitutionnel remis à sa fonction d’origine+pouvoir des juges limité à l’application des lois sans référence à la DDHC+ président présidant et 1er ministre gouvernant……

  • Si nous étions en démocratie avant l’arrivée de macron , macron officiallise non pas sa disparition mais que celle ci n’a jamais existé. Avant lui, ce n’était pas mieux mais on voulait l’ignorer, bisounours un jour bisounours toujours. Aujourd’hui on pourrait sans se tromper dire que nous sommes en dictature, un petain aux ordres de la commandanture europeenne

  • Encore un qui croit que la Terre tourne autour de lui… Des millliards d’habitants ignorent son existence; d’a

  • Tout va continuer comme avant, les impôts vont continuer leur croissance et elle a démarre ce matin avec le prix du gaz.

  • Et vous savez le plus plus drôle? C’est qu’il y a des chances qu’il soit réélu.

    En effet, face à l’armée de clones étatiques, le « faire barrage au front national » au 2nd tour et le fatalisme des électeurs (« à quoi ça sert de voter »), Macron a encore ses chances.

  • « Emmanuel Macron se sent investi par l’Histoire, afin d’accomplir des choses grandioses »

    Il n’aura finalement pas fait grand chose.
    Giscard avait légalisé l’avortement.
    Mitterrand avait aboli la peine de mort.
    Chirac 1 avait supprimé le service national.
    Sarkozy avait sauvé l’Europe de la crise financière et lancé le Grenelle de l’Environnement.
    Hollande avait institué le mariage pour tous.
    Qu’a fait Macron de significatif, qui restera dans les livres d’Histoire ?

    • Que restera t il de lui, mais sa solution contre le chômage, il suffit de traverser la rue…..

      • Au jeu des petites phrases, ils passeront tous, vous avez raison, à la postérité…
        Les sans-dents…
        Casse-toi, pauvre c.n…
        Bonchoir mademoiselle, bonchoir madame, bonchoir monsieur…
        Ça m’en touche une sans bouger l’autre…

    • « Giscard avait légalisé l’avortement.
      Mitterrand avait aboli la peine de mort.
      Chirac 1 avait supprimé le service national.
      Sarkozy avait sauvé l’Europe de la crise financière et lancé le Grenelle de l’Environnement.
      Hollande avait institué le mariage pour tous. »

      je ne vois pas ce qu’il y a de grandiose là-dedans, mais les symptômes de l’effondrement du pays.
      et d’ailleurs, Sarkozy n’a rien sauvé du tout, juste fait tourner la planche à billets.

  • Bon ben, il ne reste que 2 choses à faire pour peut-être le faire réagir :
    – Eliminer LREM au premier tour
    – Ne pas aller voter ou voter blanc/nul
    Si avec ça, il persiste pour dire que « c’est à cause du Covid », cela confirmera ce que l’on sait déjà sur sa déconnexion.
    Ou alors il remettra en cause le système d’élection, et là ça serait marrant de voir les réactions politiques sur une élection présidentielle avec 70% d’abstention en 2022 😉

  • LREM est le parti des « français median » (j’aime bien cette expression que j’ai trouvé dans un commentaire de mc2).

    En tant que parti centriste, il flatte les classes moyennes en s’appuyant sur des sondages et des statistiques. Ces classes moyennes se considèrent facilement comme une élite (ce qu’ils ne sont bien sur pas mêmes s’ils ne sont pas les plus c.).

    Mais on ne peut pas gouverner pour satisfaire les « français medians », quelque soit l’épaisseur de la tranche retenue. On doit gouverner pour satisfaire les « français moyens » : ceux qui n’appartiennent pas à un parti déterminé, n’ont pas d’idées fixes ou préconçues. Le « français moyen » est fictif. Il est le mélange d’un peu de chacun de nous. Gouverner pour le français moyen, c’est gouverner pour tous. Gouverner pour le français médian, c’est gouverner pour une caste.

    Et le français moyen n’est pas content car il a été particulièrement malmené par le français médian.

    • Quand une majorité des Français trouve sa satisfaction dans les avanies et les contraintes imposées aux autres, il vaudrait mieux ne pas gouverner pour les satisfaire…

      • @MichelO
        Bonjour,
        Justement, il ne s’agit même pas d’une majorité de français. Que ce soit aux Régionales/Départementales, aux Nationales, aux présidentielles, la majorité des citoyens français ne se satisfait pas des avanies et des contraintes et n’en souhaitent pas.

      • Merci (Je pensais avoir fait un commentaire « Hervé de Rinel »).

        J’est juste (mais peut-être que notre démocratie est malade). En tous cas on ne peut pas « durablement » gouverner une démocratie pour satisfaire une caste.

    • Ce n’est pas un parti centriste mais un socialiste modéré car il admet le marché! Et Macron est (était) encarté au PS d’où sa mentalité!

      • Je ne pense pas que Macron soit du genre à aligner sa mentalité sur celle d’un parti.

        Quelle que soit sa mentalité, c’est au parti de s’aligner. Il avait il me semble averti qu’il n’avait pas de programme mais des « visions » !

        Un peuple gaulois, un pays ruiné, un visionnaire.

        • Législativement et fiscalement ses actes ressemblent plutôt à l’idéologie PS chez qui il était encarté avant d’être ministre de Hollande « c’est-gratuit » .
          Le « en même temps » consiste en déclarations qui peuvent plaire à la « droite » alors que sa main écrit des lois écolo-socialo sous la table.
          Il critique les éoliennes et flingue dans la foulée les recours de 2000 associations contestataires.
          .
          On arrive à la situation navrante ou hilarante, ou une gauche d’en bas cocue du socialisme est persuadée d’avoir un ultra-kaboom-néo-libéral comme président.
          .
          Mais l’idéologie de Macron est surtout Macron, enfant « prodigue » choyé, son absence totale d’empathie lui donne les mêmes caractéristiques que des tueurs en série.

  • L’abstention est plutôt au plus haut, non ?

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