Emmanuel Macron ou le mépris de la démocratie

Emmanuel Macron BY Jacques Paquier(CC BY 2.0) — Jacques Paquier, CC-BY

Dans un entretien au magazine Elle, le Président réaffirme : « Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales ». Un mépris flagrant pour la démocratie.

Par Laurent Sailly.

Dans un entretien au magazine Elle, le Président réaffirme :

Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales.

Alors que l’abstention (signe d’un malaise démocratique) est au plus bas et que LREM, le parti présidentiel, subit sa troisième défaite électorale, Emmanuel Macron signifie aux Français son mépris pour la démocratie.

Après s’être légèrement fait devancer par le Rassemblement national aux élections européennes, une sévère déroute des élections municipales, les régionales ont réduit ses candidats aux rôles de figurants face à la puissance des sortants.

Mais pour le chef de l’État, pas question de paraître affaibli malgré le verdict des urnes :

Si vous voulez un scoop, je ne vais pas changer de Premier ministre […] Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales.

En clair, Jean Castex va donc rester à Matignon « dans les prochains mois, ou semaines», soit a priori jusqu’à la fin du quinquennat et la campagne présidentielle de 2022.

Échec de la stratégie présidentielle, MAIS PAS du corpus macroniste

Locales, vous avez dit locales ? Les élections ont été nationalisées sous l’égide du président de la République en engageant ses ministres moins pour battre le RN que, par exemple, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France ou obliger au moins ce dernier à être sauvé par ceux qui le combattent. Mais l’échec est cinglant. Alors, Emmanuel Macron minimise la portée du scrutin en replaçant celui-ci dans ses limites régionales.

Quelle hypocrisie ! Quel cynisme !

Que le macronisme soit défait sur le théâtre territorial a in fine peu d’importance pour son initiateur, que les formations historiques, gauche socialiste et droite républicaine, relèvent un peu la tête ne constituent pas plus un événement.

L’essentiel est ailleurs, dans la vision du projet politique qu’Emmanuel Macron n’indexe pas exclusivement sur sa propre personnalité analyse le politologue Arnaud Benedetti.

Emmanuel Macron : le gouvernement du peuple, pour le peuple, SANS le peuple

Lors de cet entretient, le Président affirme :

L’abstention n’est pas une fatalité […] Ici, la première explication, c’est le Covid-19. Ces élections sont arrivées à un moment où ce n’était pas le rythme du pays

Il refuse de parler « de désaffection de la vie politique par les femmes » mais aussi des jeunes, qui se sont pourtant moins rendus aux urnes que les hommes.

Le chef de l’État ne tirera donc pas d’enseignements des élections régionales et départementales.

Rien de vraiment surprenant en cela. Le corpus macroniste se nourrit d’une forme de désintérêt pour les joutes démocratiques. Macron est le stade ultime de la dévitalisation voire de la sortie du politique, constate Benedetti :

Ne votent que les plus attachés à la perpétuation d’un ordre politico-social conforme à leurs systèmes de représentation et à leurs intérêts. Le rite électoral n’a plus d’autre intensité que celui d’un enregistrement par les plus engagés dans la conscience de la conservation de leurs valeurs.

Objectif 2022 : l’espoir enfin ?

Le Président voudrait laisser rapidement derrière lui la claque des régionales, mais l’inquiétude gagne ses grognards.

Car il y a bien un désastre démocratique de l’abstention le 20 juin, confirmé le 27 juin. Le peuple s’est mis aux abonnés absents mais il gronde. Certes, le chef de l’État est encore en mesure de se qualifier au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen, qui rencontre elle aussi des soucis d’implantation locale.

Pour autant, la dynamique a changé de camp. Et les Marcheurs n’ont, pour l’heure, pas tranché sur la meilleure façon d’éloigner le danger.

Emmanuel Macron se sent investi par l’Histoire, afin d’accomplir des choses grandioses.

Il faut cependant avoir confiance dans l’avenir car il prouve que les Français réagissent rationnellement à la crise de leur classe politique. Bien entendu, en démocratie, le peuple ne peut pas faire comme s’il n’avait pas choisi ses représentants. Mais nous traversons une crise de la démocratie, née de la tendance des diplômés de l’enseignement supérieur à penser qu’ils peuvent remodeler le pays à leur guise.

C’est cette imposture qui est en train d’éclater affirme Édouard Husson.

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