Européennes : une victoire sans KO du Rassemblement national

Marine Le Pen au Parlement Européen en juillet 2014 (Crédits : Claude TRUONG-NGOC, licence CC-BY-SA 3.0), via Wikimedia.

Le Rassemblement national sort vainqueur des élections européennes, devant la formation présidentielle. Une victoire sans KO, dans un duel attendu. Les Républicains et La France Insoumise sont dans les cordes.

Par Ludovic Delory.

Les sondages avaient raison, sauf sur un point : la participation supérieure à 50 %. La plus haute depuis 1994. Pour le reste, la course à deux que se sont livrés le Rassemblement national et La République en Marche a bel et bien tourné à l’avantage du premier.

Selon les chiffres définitifs, le RN de Marine Le Pen, emmené par le néophyte Jordan Bardella, est crédité de 23,31 % des suffrages. Un score légèrement inférieur à celui du FN de 2014.

Derrière, Nathalie Loiseau et sa liste Renaissance pro-Macron décrochent 22,41 % des voix. Ce qui n’a pas empêché sa tête de liste d’évoquer « la solidité de la majorité présidentielle ».

Et, de fait, la victoire du RN ne s’est pas jouée sur un véritable KO, même si le score de la liste soutenue par Emmanuel Macron est inférieur au résultat obtenu par Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle de 2017.

Surprise : la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV) emmenée par Yannick Jadot déjoue les pronostics, avec 13,47 % des suffrages, ce qui la place en troisième position.

La droite et la gauche au tapis

Catastrophe pour les deux partis traditionnels. 8,48 % pour les Républicains : c’est le pire résultat de l’histoire de la droite. Aux Européennes de 2014, l’UMP dépassait les 20 %.

À gauche, une débâcle aussi. Le pari perdu de Jean-Luc Mélenchon : 6,31 % pour La France Insoumise. Quant à ce qui reste du PS, là aussi, le score d’éligibilité est à peine franchi, avec 6,19 % pour la liste Parti Socialiste-Place Publique de Raphaël Glucksmann.

Toutes les autres listes (dont celles issues de Gilets jaunes, qui ont atteint moins de 1 % en score cumulé) repartent bredouilles. Dans un communiqué, Benoît Hamon et son mouvement (un peu plus de 3 % des voix) « constate(nt) l’échec de la gauche à apparaître lors de ce scrutin comme un débouché naturel à la demande de justice sociale, de transition écologique et de souveraineté démocratique des Français (sic). »

Vers la fin du bipartisme au Parlement européen

Les résultats, au niveau européen, ne sont pas encore officiels, mais divers enseignements peuvent être tirés. Tout d’abord, le PPE (chrétiens-démocrates) et le S&D (sociaux-démocrates) ne parviendront plus à obtenir une majorité à Bruxelles. Bien qu’ils restent les deux plus grands groupes, avec environ respectivement 180 et 150 sièges, c’en est fini du bipartisme.

(Source : https://resultats-elections.eu/)

Les grands profiteurs de ce scrutin sont à chercher du côté des nationalistes, des populistes, mais aussi chez les Verts et, surtout, chez les libéraux pro-européens.

La ALDE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe) arrive en troisième position avec une centaine de sièges, ce qui fait dire à son président Guy Verhofstadt (qu’)« aucune majorité solide ne sera possible sans notre groupe ». C’est au sein de la ALDE que siègeront les députés français emmenés par Nathalie Loiseau.

Quant aux Verts, ils peuvent aussi revendiquer un rôle grâce à un gain escompté d’une vingtaine de sièges (de 51 à 70, toujours selon les projections).

Les populistes en embuscade

Sans vraie surprise, la Ligue de Matteo Salvini et le Parti du Brexit de Nigel Farage trustent à eux seuls les plus gros scores au sein des formations nationales. Dans le premier cas, cela permettrait au groupe ENL (Europe des Nations et des Libertés) de passer de 36 à une soixantaine de sièges. Dans le second cas, le groupe populiste EFDD en gagnerait une douzaine (de 44 à 56).

Selon des estimations à confirmer, la Ligue de Matteo Salvini pourrait devenir le parti national ayant le plus de membres au Parlement européen, à moins que cela ne soit le Parti du Brexit du Britannique Nigel Farage. Les résultats définitifs le diront.

L’ENL, où siègent actuellement des députés RN et de la Ligue, passerait de 36 membres à une soixantaine dans le nouveau Parlement, selon des projections. Le groupe populiste EFDD (Europe of Freedom and Direct Democracy) gagnerait lui une douzaine de sièges (pour atteindre 56 membres).

Notons enfin le maintien du parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban, en dépit de son combat anti-UE et de sa suspension du groupe PPE.

Le Parlement européen a tremblé, mais n’a pas vacillé. Les progressions des nationalistes, des europhobes et des populistes n’ont pas suffi à déstabiliser le camp des pro-européens, qui devraient obtenir une majorité suffisante parmi les 751 députés.

Les tractations débutent dès aujourd’hui avec, en point de mire, la composition d’une coalition stable et, surtout, la désignation du nouveau président de la Commission. La personne qui succèdera au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker devra obtenir l’aval non seulement des 28 chefs d’État et de gouvernement, mais aussi d’au moins 376 eurodéputés. Au lendemain du vote des citoyens, la course aux postes et aux mandats a commencé.

Retrouvez le dossier « élections européennes » de Contrepoints.