La Chine abuse du langage de la liberté

Xi Jinping in British Parliament on Wikimedia Commons — VOA News, Public domain

Le système autoritaire de la Chine a toujours été en désaccord avec l’ordre international libéral-démocratique des droits de l’Homme, de la dignité individuelle et de l’État de droit.

Par Ethan Yang.
Un article de l’AIER

Si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les ou, dans le cas de la Chine, commencez à utiliser les arguments de votre adversaire d’une manière dont aucune personne raisonnable ne pourrait penser qu’ils étaient destinés à être utilisés.

Le système autoritaire de la Chine a toujours été en désaccord avec l’ordre international libéral-démocratique des droits de l’Homme, de la dignité individuelle et de l’État de droit.

Par le passé, la Chine utilisait ses phrases marxistes révolutionnaires et contestait ouvertement le régime de démocratie et des droits de l’Occident. Après des décennies de faibles progrès et d’appels à la réforme sur le plan intérieur, la Chine a été contrainte d’accepter, au moins sur le plan rhétorique, que les idées de démocratie,  des droits de l’Homme et de l’État étaient de bonnes choses.

L’un de ses efforts les plus récents a été de redéfinir la signification de valeurs et d’expressions populaires pour leur donner un sens complètement différent. Elle a donc élargi les définitions d’expressions agréables à entendre, telles que la « liberté d’expression » et la « bonne gouvernance », pour qu’elles correspondent aux ambitions politiques du Parti communiste chinois, et non à la signification littérale de ces mots.

Cela a attiré l’attention d’une équipe d’experts de la Chine en Europe qui se sont réunis pour lancer le Decoding China Dictionary, qui explique ce que les Chinois veulent réellement dire lorsqu’ils utilisent des expressions comme, par exemple,  « paix ». Le PCC aime affirmer qu’il valorise la paix, mais la « paix » dans ce contexte, est élargie au point d’inclure un grand État sécuritaire et d’imposer des territoires aux pays voisins.

Ce comportement n’est pas différent de celui d’autres régimes et idéologies autoritaires. Même aux États-Unis, nous voyons utilisées des expressions telles que l’équité, l’égalité et l’intérêt public, pour désigner ce que veulent réellement ceux qui ont des ambitions de pouvoir.

En fin de compte, la spécificité du langage est la clé d’un gouvernement sobre et responsable, tandis que le fait de modeler le sens des mots en fonction de contextes spécifiques est la recette d’un pouvoir gouvernemental incontrôlé.

La nécessité de normes universelles

En ce qui concerne les droits de l’Homme, la Chine pourrait certainement passer pour un étudiant américain de gauche typique. La Chine soutient l’idée de droits individuels universels comme étant une construction occidentale et que chacun devrait en respecter l’interprétation par chaque pays.

Lorsque les Nations unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’Homme, l’objectif était de déclarer que tous les individus du monde avaient droit à la dignité. Cette déclaration est très similaire à la Déclaration d’indépendance américaine, qui énonçait une série de points évidents concernant l’Humanité, l’un d’entre eux étant que les individus sont propriétaires de leur propre corps.

La Chine affirme qu’elle accepte l’idée des droits de l’Homme, mais son bilan en la matière est l’un des pires au monde.

Elle justifie cette divergence en redéfinissant les droits de l’Homme comme une question de coopération entre les États et non d’individus gouvernés par l’État.

Selon le Decoding China Dictionary :

En 2017, le concept de communauté d’avenir partagé a été inséré dans une résolution adoptée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU intitulée « La contribution du développement à la jouissance de tous les droits de l’Homme. » En juin 2020, le conseil a adopté une résolution parrainée par la Chine intitulée « Promouvoir une coopération mutuellement bénéfique dans le domaine des droits de l’Homme », préconisant un système international des droits de l’Homme fondé sur la coopération entre les États, plutôt que sur la responsabilité et les droits des individus.

La Chine a également publié un livre blanc sur les droits de l’Homme à la suite du massacre de la place Tienanmen. Le document fait toutes sortes de déclarations sur la protection des droits de ses citoyens, mais dans une phrase d’une bassesse presque comique, il conclut dans sa section concernant les droits des minorités :

Depuis la fondation de la République populaire, il y a plus de 40 ans, le gouvernement chinois a obtenu des résultats positifs dans ses efforts pour réduire l’écart, promouvoir le développement social et améliorer la situation dans les zones de minorités arriérées.

Passons outre le fait que ce livre blanc qualifie les communautés minoritaires d’arriérées. Il ne fait aucune mention d’un quelconque respect de la dignité individuelle et vante plutôt des objectifs de développement.

Le Decoding China Dictionary note que les Chinois ont utilisé la condition préalable du développement économique pour discréditer la nécessité des droits de l’Homme, comme si l’un et l’autre n’étaient pas liés.

Il précise que lors de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme de 1993, les Chinois ont déclaré :

L’argument selon lequel les droits de l’Homme sont la condition préalable au développement est sans fondement. Lorsque la pauvreté et le manque de nourriture et de vêtements adéquats sont monnaie courante et que les besoins fondamentaux des personnes ne sont pas garantis, la priorité doit être donnée au développement économique. Dans le cas contraire, les droits de l’Homme sont totalement hors de question.

Les Chinois ont la même approche de l’idée de démocratie, qui a toujours fait partie du lexique du PCC mais avec une signification complètement différente de ce qu’elle est censée véhiculer.

À l’heure actuelle, le fait que les citoyens chinois puissent voter, mais uniquement pour des candidats pré-approuvés, est devenu un argument de poids. La Chine justifie plus sérieusement sa forme de « démocratie » en la qualifiant de démocratie consultative, qui, selon elle, est beaucoup plus civile que la démocratie conflictuelle des États-Unis, avec une pluralité de points de vue opposés.

Toujours selon le Decoding China Dictionary :

Sous l’étiquette de la coopération avec huit partis du bloc démocratique et de la collecte de commentaires, y compris en ligne, le PCC sollicite effectivement les opinions de diverses parties prenantes, tant qu’elles ne contestent pas ouvertement les priorités politiques du PCC.

L’abus de langage le plus flagrant est peut-être l’utilisation par les Chinois de l’expression « État de droit ». L’État de droit est un concept important associé à l’idée d’un gouvernement limité, car la loi s’applique à tous, même aux personnes au pouvoir. Personne n’est au-dessus de la loi ; les hommes politiques doivent suivre une constitution et vivre selon les règles qu’ils établissent avec tous les autres.

En Chine, l’expression « État de droit » est utilisée de manière interchangeable avec l’expression « gouvernement par la loi« , ce qui signifie littéralement qu’ils utilisent les lois pour diriger les individus. CGTN, un média d’État chinois, s’étend sur une récente conférence de Xi Jinping sur l’État de droit en écrivant :

Il s’agit, d’une part, de défendre sans relâche la direction du Parti et l’intégration totale des organisations de l’État et du Parti, en ancrant plus profondément qu’auparavant la direction du Parti sur le pouvoir politique et l’idéologie. D’autre part, cela souligne la nécessité de poursuivre la mise en place d’un système solide de règles et de règlements introductifs au Parti, qui comble les lacunes entre les règles du Parti et les lois nationales, afin que les décisions et les politiques du Parti soient appliquées plus efficacement.

Bien que les Chinois aient récemment lancé cette expression, elle signifie simplement une plus grande adhésion à la volonté du PCC.

Le Decoding China Dictionary écrit :

Si les trente premières années de la réforme juridique et de l’ouverture ont vu la dépolitisation du système judiciaire chinois, la dernière décennie a vu sa repolitisation ou sa partification.

Tout cela fait ressortir la nécessité de redoubler d’efforts en ce qui concerne les normes de signification universelles. Les Chinois l’ont probablement compris et leurs efforts pourraient n’être qu’un stratagème cynique pour saper la confiance mondiale dans les valeurs universelles.

Les mots doivent avoir un sens, et nous ne devons pas nous laisser influencer par le faible argument selon lequel il existe différentes façons d’interpréter des idées telles que les droits individuels.

L’abus de langage par la Chine : principaux points à retenir

L’appropriation par la Chine du vocabulaire de la démocratie libérale montre sa dernière tentative de défendre ses pratiques autoritaires ainsi que sa concession que des idées telles que les droits de l’Homme sont universellement populaires.

Ils joueront toujours les victimes des préjugés occidentaux, mais au bout du compte, soit vous croyez aux droits individuels, soit vous n’y croyez pas. Il n’y a pas d’interprétations alternatives.

Tout comme c’est le cas avec les tyrans domestiques aux États-Unis, les tentatives d’imprégner de nouvelles significations et de compréhensions fluides des institutions de la liberté montrent un mépris pour les concepts originaux ainsi qu’une incapacité à admettre leurs véritables intentions.

De tels efforts doivent être rejetés en bloc et dénoncés comme des actes flagrants de tromperie et de mauvaise foi. Sur le plan national comme à l’étranger, nous devrions raviver notre confiance sans réserve envers les interprétations classiques de ce que signifie le respect des droits de l’Homme, de l’État de droit et d’une société libre, car ces idées devraient transcender les cultures et les contextes.

Traduction de Justine Colinet pour Contrepoints.

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