OTAN : une ambition politique et militaire mondiale face à la Chine

L’organisation politico-militaire, créée en 1949 pour assurer la sécurité collective de l’Europe occidentale sous la tutelle des États-Unis, se sent désormais investie d’une mission à visée mondiale.

Par Frédéric Mas.

Le comportement de la Chine est désormais un « défi systémique » aux yeux de l’OTAN, comme le rapporte l’Agence Reuters qui a eu accès au communiqué final concluant le 28e sommet qui s’est tenu à Bruxelles lundi.

L’organisation politico-militaire, créée en 1949 pour assurer la sécurité collective de l’Europe occidentale sous la tutelle des États-Unis, se sent désormais investie d’une mission à visée mondiale : « Les ambitions déclarées de la Chine et son comportement affirmé présentent des défis systémiques pour l’ordre international fondé sur des règles et pour les domaines qui regardent la sécurité de l’alliance », peut-on ainsi lire sur le communiqué rapporté par Reuters.

Dimanche dernier, le G7 exprimait la même défiance en termes plus mesurés face à la montée en puissance du géant asiatique. « Nous n’essayons pas de contenir ou d’immobiliser la Chine » déclarait Antony Blinken face à la presse lundi, sans doute pour éteindre l’incendie diplomatique provoqué par la prise de position des puissances occidentales sur le sort des Ouighours.

Cependant, son homologue britannique a exhorté les puissances occidentales à prendre des positions plus fermes pour défendre les démocraties occidentales. L’expérience récente de Hong Kong explique l’attitude moins conciliante du Royaume-Uni qui présidait le sommet cette année.

Contenir la Chine

Pour les États-Unis, l’OTAN permet d’impliquer ses alliés dans sa grande stratégie pour contenir l’expansion du rival chinois. Certains commentateurs ont salué le retour du « multilatéralisme » à Washington avec l’arrivée de Joe Biden, lui opposant « l’unilatéralisme » de son prédécesseur Donald Trump. Si la méthode entre les deux hommes diffère, l’objectif reste le même : désigner la Chine comme le nouvel ennemi stratégique, en plus de la Russie, et assurer à l’Amérique du Nord le leadership dans son endiguement.

Il y a entre les deux hommes une différence de conception essentielle du leadership américain, qui recoupe également le clivage entre démocrates et républicains sur la scène politique intérieure.

Alors que les démocrates cherchent à rassembler autour d’un projet en jouant sur les alliances, en particulier l’alliance atlantique, depuis George W. Bush Jr, les républicains les négligent ou du moins préfèrent des coalitions d’opportunité. D’un côté, l’internationalisme progressiste cherche le leadership avec l’adhésion de ses alliés, tandis que le réalisme « conservateur » le demande avec ou sans eux.

Dans ce débat idéologique au sommet, l’OTAN semble avoir jusqu’à présent été ignoré des deux côtés. Les républicains voyaient en elle une charge inutile et des contraintes pesantes bridant leurs entreprises militaires diverses et variées.

De leur côté, les démocrates depuis Obama avait délaissé la façade atlantique pour le pivot asiatique, jugé stratégiquement prioritaire.

Dans ce contexte, on comprend pourquoi Henry Kissinger réduit un rien méprisant l’organisation à un « ticket d’entrée » pour bénéficier du parapluie nucléaire américain1. L’arrivée de Joe Biden au pouvoir s’éloigne donc à la fois de la tendance « unipolaire » de Trump et de la négligence affichée d’Obama à l’endroit des Européens.

OTAN : vers une nouvelle guerre froide ?

L’OTAN est-elle donc repartie pour une nouvelle guerre froide ? L’organisation a changé de finalité depuis sa création et surtout depuis la chute de l’URSS en 1991. Une fois le principal rival des États-Unis décimé et les forces du pacte de Varsovie démantelées, l’organisation militaire ne s’est pas auto-dissoute.

Elle s’est réinventée comme protectrice de la sécurité européenne et comme véhicule de l’idéal démocratique américain, avec toutes les ambiguïtés que ce modèle peut fournir au monde2.

Aujourd’hui, en désignant la Chine comme adversaire stratégique, l’OTAN s’éloigne encore un peu plus de la lettre du Traité signé en 1949. Son objectif est devenu totalement déterritorialisé et au service des ambitions stratégiques des États-Unis partout sur le globe3.

  1. Henry Kissinger, L’ordre du monde, 2016.
  2. « OTAN », Frédéric Bozo, in Thierry de Montbrial, Jean Klein, Dictionnaire de stratégie, PUF, 2006.
  3. L’OTAN utilise pour la première fois l’article 5 de sa charte au moment du déclenchement de la guerre contre le terrorisme sous G. W. Bush Jr., la sortant définitivement de son rôle de protection limitée à une région du globe.
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