L’OTAN et la défense de l’Europe : quelles perspectives ?

Le président Macron a critiqué le rôle d’organisation de défense de l’OTAN. Mais l’OTAN connaît-elle une crise existentielle ? Pas si sûr.

Par Alexandre Massaux.

 

Comme pendant la précédente décennie, l’OTAN va rester l’outil de défense principal de l’Europe mais certaines initiatives européennes complémentaires vont apparaître au sein de l’UE.

Lors de son interview au journal anglais The Economist, le président Macron a critiqué le rôle de l’OTAN et tout particulièrement son rôle d’organisation de défense en lui préférant une défense plus centrée sur l’Europe et moins dépendante des États-Unis.

Ces propos ont fait réagir les présidents Trump et Erdogan qui ne voient pas d’un bon œil cette volonté de prise de distance avec l’Alliance.

Une attitude de la part du président américain qui peut surprendre compte tenu qu’il est lui-même très critique envers l’Alliance accusée d’être un fardeau budgétaire pour les États-Unis.

Dans ce contexte, l’OTAN connaît-elle une crise existentielle ? Pas si sûr.

 

Un débat récurrent depuis la fin de la guerre froide

L’existence de l’OTAN soulève des questions depuis l’effondrement de l’URSS avec la disparition de son principal ennemi qui était sa raison d’être officielle.

Dès la fin des années 1990, la France, alors dirigée par Jacques Chirac, cherche à prendre ses distances avec les États-Unis pour la défense de l’Europe et souhaite que l’UE prenne en charge sa propre sécurité tout en se rapprochant de la Russie.

Une telle initiative fut accueillie de manière peu favorable à Washington et poussa l’administration américaine de l’époque à émettre des limites à cette Europe de la défense.

Madeleine Albright, secrétaire d’État du cabinet du président Bill Clinton posa la règle des « trois D/ three D » :

  • pas de duplication de structures qui existent déjà dans l’OTAN
  • pas de discrimination entre les États membres de l’UE et ceux non-membres de cette dernière au sein de l’OTAN
  • pas de découplage du lien transatlantique

En d’autres termes, les États-Unis ne sont d’accord avec la construction européenne que si celle-ci reste sous leur contrôle.

Cette doctrine n’est pas spécifique à la présidence Clinton comme le montrent les propos du secrétaire d’État du président Bush Jr, Colin Powell :

J’ai répété notre position selon laquelle il ne devrait pas y avoir de chevauchement d’activités de planification ou opérationnelles et que les membres de l’OTAN devaient avoir la garantie de participer le plus complètement possible aux délibérations de l’UE en matière de défense et de sécurité qui affectent leurs intérêts.

Ce sujet de prise de distance de l’UE vis-à-vis des États-Unis et donc de l’OTAN resurgit avec la guerre en Irak et l’opposition de la France, la Russie et l’Allemagne à celle-ci.

Cet axe Paris-Berlin-Moscou critique envers la politique américaine et faisant quelque peu écho aux projets gaullistes avait posé la question du rôle de l’OTAN qui se retrouvait divisée.

Dès lors, les propos de Macron ne sont pas une nouveauté absolue.

La France, adepte d’une Europe puissante dont elle pourrait tirer profit, entre logiquement en conflit avec la politique des États-Unis qui sont des rivaux pour le contrôle du continent européen.

De plus, la critique du coût budgétaire de l’Alliance n’est pas une innovation de l’administration Trump : l’ensemble des présidents américains depuis Bill Clinton l’a critiqué  ainsi que le fait que les alliés européens ne payaient pas assez.

Néanmoins, ce serait une erreur de croire que les Américains vont abandonner leur intérêt pour l’OTAN.

 

Une organisation plus politique que militaire gardant son actualité

Le premier secrétaire général de l’OTAN, Lord Hastings Ismay avait déclaré que l’Alliance a pour but « de garder les Américains dedans, les Russes dehors et les Allemands par terre ».

En cela, l’OTAN possède une véritable dimension géopolitique à laquelle les États-Unis ne sont pas prêts de renoncer.

De plus, les pays d’Europe centrale qui sont membres de l’Alliance (en premier lieu la Pologne) restent les premiers bénéficiaires de celle-ci et de cette doctrine.Étant méfiants envers la montée en puissance de l’Allemagne et de la Russie, le soutien américain à travers l’OTAN est une plus-value pour eux.

L’isolationnisme relatif de Donald Trump ne change pas cette situation.

Si le président américain a des différends avec l’Allemagne et la France, il maintient une relation privilégiée avec l’Europe centrale à l’instar de ses prédécesseurs.

Le soutien du président Trump à la Pologne lors du sommet à Varsovie le 6 et 7 juillet 2017, ainsi que ses visites en Tchéquie et Hongrie en 2019 confirment cette direction.

 

La défense au sein de l’EU en développement

Néanmoins, même en Europe centrale, il existe une inflexion en faveur du développement d’une défense dans le cadre de l’EU qui ne serait pas concurrence à l’OTAN.

Le Premier ministre Hongrois Viktor Orban ainsi que l’ancien Premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka se sont montrés favorables à la création d’une armée européenne.

En outre, l’ensemble des pays d’Europe centrale participe au système de Coopération structurée permanente visant à renforcer la coopération militaire entre les membres de l’UE.

Cette région de l’Europe n’hésite donc pas à diversifier ses partenaires de défense et se montre moins inflexibles que prévu.

Finalement, comme pendant la précédente décennie, l’OTAN va rester l’outil de défense principal de l’Europe mais certaines initiatives européennes complémentaires vont apparaître au sein de l’UE.

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