Élections en Géorgie : Donald Trump met la droite américaine sous pression

Million MAGA march, washington DC, by Victoria Pickering (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Les élections en Géorgie sont l’occasion pour le Parti républicain de s’interroger sur leur loyauté politique à l’endroit du président Donald Trump. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Par Frédéric Mas.

En cherchant à faire pression sur les élections sénatoriales en Géorgie, Donald Trump a pris un énorme risque politique, qui pourrait même se transformer en poursuites judiciaires.

Cependant, ce n’est pas seulement la victoire des démocrates ou le respect des formes de la Constitution américaine qui entre en jeu ici. Le Parti républicain lui-même est pris entre deux feux et joue son avenir.

La droite américaine s’interroge en effet sur l’attitude à adopter face à un président convaincu de l’illégitimité de sa défaite à l’élection présidentielle, et qui n’hésitera pas à punir les dissidents qui ne feront pas allégeance à sa quête éperdue de justice électorale.

La bataille de Géorgie

Le démocrate Raphael Warnock a remporté un des deux sièges à pourvoir pour le Sénat, et nous sommes toujours en attente des résultats pour le second siège. Pour beaucoup, le moment est décisif, car c’est la majorité au Sénat qui est en train de se jouer.

En effet, si les deux sièges reviennent aux démocrates, la chambre sera suffisamment équilibrée entre droite et gauche pour que la vice-présidente Kamala Harris puisse officier en tant qu’arbitre, et donc faire pencher la balance en faveur du parti de Joe Biden.

Punir les traîtres

Durant un meeting en faveur des deux candidats républicains, le président Donald Trump a promis de faire campagne contre le sénateur sortant Brian Kemp, lui aussi républicain. Donald Trump a ainsi montré qu’il chercherait à se venger de ceux qui à droite n’ont pas choisi de soutenir ses positions.

Brian Kemp comme le secrétaire d’État Brad Raffensperger, qualifié de « fou » par D. Trump lors de ce même meeting, ont tous deux repoussé les allégations du président des États-Unis concernant une fraude électorale généralisée invalidant le résultat de l’élection présidentielle.

La stratégie populiste de Donald Trump en question

Les Républicains ont-ils encore intérêt à soutenir Donald Trump ? La question divise les militants et surtout les élus. Pour Dan McLaughlin de la National Review, le magazine phare du mouvement conservateur américain, l’attitude des élus républicains, en particulier au sein du Congrès, reste gouvernée par la peur de perdre leur siège pour anti-trumpisme :

« De nombreux républicains élus, même ceux qui se soucient peu de Trump lui-même, craignent encore son pouvoir apparent de retourner les électeurs républicains contre eux. Malheureusement, cela a conduit un nombre croissant de républicains à la Chambre, et maintenant une douzaine au Sénat, à jouer le jeu de la mascarade consistant à tenter de rejeter les résultats des élections dans plusieurs États remportées par Joe Biden. »

Donald Trump n’a jamais fait beaucoup de cas de l’appareil partisan républicain, qu’il a utilisé ou rejeté en fonction de son propre agenda politique. Il a misé sur une stratégie personnelle, à la fois plus pragmatique, voire chaotique, et délibérément anti-establishment, dans le sillage de l’aile droite du GOP et du Tea Party1.

Le pari trumpiste des républicains

Pour les républicains, suivre la stratégie anti-establishment de Donald Trump est aujourd’hui un pari risqué.

À court terme, cela permet de conserver le soutien d’une partie d’un électorat conservateur radicalisé qui en majorité ne reconnait pas la légitimité de Joe Biden.

À long terme, le soupçon sur le bon fonctionnement des mécanismes électoraux de la démocratie américaine pourrait autant atteindre la droite que la gauche. En devenant une pratique ordinaire transcourant, la contestation des élections affaiblit le bon fonctionnement d’un constitutionnalisme américain qui repose essentiellement sur le respect des formes du droit.

Comme l’a rappelé Walter Berns dans son livre Taking the Constitution Seriously (1987), les Américains continuent aujourd’hui d’assimiler les formes constitutionnelles non seulement à la légitimité, mais aussi, selon les termes du juge Felix Frankfurter, à la sagesse.

Dans la guerre culturelle qui l’oppose à un Parti démocrate radicalisé, bien décidé à transformer les États-Unis en social-démocratie à l’européenne, pilotée par ses franges diversitaires les plus tyranniques, le Parti républicain post-Trump a l’occasion de se réinventer. Sera-t-il le parti de la Constitution portée par toute l’histoire américaine du libéralisme classique ?

  1. E. J. Dionne, Why the Right went Wrong. Conservatism from Goldwater to Trump and Beyond, Simon and Schulster, 2016.
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