Paris accro à la dépense publique voit sa note dégradée par Fitch

Anne Hidalgo en chat sur le site du PS by Parti socialiste (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Les comptes de la ville de Paris ne sont pas en meilleur état. Fitch, l’une des trois agences de notation, a d’ailleurs dégradé la note de la ville de Paris le 3 mai de AA à AA-.

Par Aurélien Véron.

Anne Hidalgo nous avait promis des forêts. Nous les avons, ce sont des forêts de dettes. Et il n’y a plus beaucoup d’arbres pour cacher la forêt, tant ils sont abattus dans la précipitation pour « motif phytosanitaire » sans autre détail.

Les comptes de la ville de Paris ne sont pas en meilleur état. Fitch, l’une des trois agences de notation, a d’ailleurs dégradé la note de la ville de Paris le 3 mai de AA à AA-.

Petit signe de nervosité que la presse a préféré ignorer dans sa grande mansuétude à l’égard de la pauvre maire de Paris. Il ne faut la gêner dans ses tentatives désespérées de décoller des 6 % d’intentions de vote en France.

Pour commencer, les comptes administratifs de la ville de Paris sont une vraie pétaudière. Les chiffres des mêmes rubriques sont différents d’une page à l’autre. Comme s’ils avaient été retouchés jusqu’à la dernière minute sans vérification de cohérence sur l’ensemble des documents.

A Paris, le navire coule, le capitaine regarde ailleurs

L’exonération de droits de voirie atteint 45,8 millions dans le rapport financier mais seulement 25,5 millions dans le graphique récapitulatif. Les dépenses de dépistages sont à 4,6 millions page 8 mais 2,6 millions page 18. Tout est de traviole. La mairie cherche à nous expliquer, comme à son habitude, que ce n’est vraiment pas sa faute si le navire coule.

En attendant, il y a un sacré roulis dans les totaux par rubrique, confusion permettant de faire passer la pilule du « quoi qu’il en coûte ». Il suffira d’appeler l’État à l’aide le jour venu. Comme d’habitude, la mairie plaidera que tout ça n’est vraiment pas de sa faute afin de reporter la faute de ces gabegies sur lui.

Certes, la crise a coûté cher : 800 millions d’euros parait-il, 532 millions en pertes de recettes et hausse des dépenses de 239 millions (dont un plan de relance de 200 millions). Rien ne permet de confirmer une telle ampleur dans la baisse de recettes.

Le budget primitif estimé annonçait 8662,8 millions, tandis que le budget administratif constaté atteint 8250,6, soit 412 millions « seulement » d’écart. La baisse des droits de mutation explique 160 millions de cette baisse à elle seule, rappelant le danger d’une trop grande dépendance de ce poste qui peut se retourner brutalement un jour.

D’autres taxes et droits pèsent mécaniquement lourd avec l’arrêt de l’activité et les mesures de soulagement des entreprises à Paris en 2020. Le soutien aux établissements culturels dont les agents, fonctionnaires, ne pouvaient pas être mis au chômage partiel, a aussi augmenté les dépenses initialement prévues. Mais les 11,6 millions de primes versées aux agents pour leur présence pendant le confinement ont été compensés par la baisse identique du budget formation. Au total, nous sommes loin du compte.

La crise, opportunité pour dépenser

Quant aux dépenses de fonctionnement supplémentaires, elles ne sont pas de 239,6 millions comme annoncées mais, si on va chercher dans le tome 3 (page 1417 et suivantes), 237,8 millions. La différence n’est pas significative mais confirme l’absence de fiabilité des chiffres annoncés. De nombreuses dépenses ont par ailleurs été maquillées en dépense de crise. Les 25 millions supplémentaires du RSA sont essentiellement dus au relèvement des minimas sociaux, bien plus qu’à la crise.

Dans les 800 millions, il y a le « plan de soutien » de 200 millions. Mais il est impossible à recomposer : seulement 186 millions si on fait la somme des éléments page 9, mais pages 7 et 8, on tombe encore plus bas à 156,83 millions. Aux pages 58-59 et 87-88, on atteint péniblement 120 millions d’euros.

Quand on pousse la municipalité dans ses retranchements, elle explique qu’une partie sera dépensée en 2021, donc elle ne figure pas dans les comptes 2020. Donc toujours la grande question : où est passée la partie inexplicable des 800 millions ?

Tout a probablement été mélangé afin de couvrir l’explosion des dépenses courantes, préemptions et autres aménagements de rue dans l’urgence aussi laids que coûteux. Comme un toxico accro à la dépense publique, la mairie de Paris a vidé l’épargne de la ville, en chute libre de 600 millions à 20 millions d’euros. Elle a bradé les bijoux de famille : une cité-jardin à Asnières-sur-Seine pour 62 millions, un terrain porte de Montreuil pour 33 millions d’euros et de nombreuses pépites à plusieurs millions chacune.

Explosion de la dette à Paris

Ensuite, la dette a augmenté de 740 millions pour atteindre près de 6,6 milliards au 31 décembre 2020 avec l’accélération brutale des emprunts : 250 millions au printemps, 200 millions à l’été et 524 millions à l’automne. Cela n’a pas échappé à Fitch, attendons de voir les réactions de Moody’s et de S&P.

Fin 2021, on attend 7,1 milliards. Si tout se passe bien. À ce rythme, nous atteindrons sans doute 9 milliards à la fin du mandat d’Anne Hidalgo. Certes, la crise ne durera pas éternellement, mais les taux aussi bas non plus.

Comme l’a conclu la vice-présidente du groupe Changer Paris Marie-Claire Carrère-Gée, également présidente de la Commission des finances au Conseil de Paris : « la réalité, c’est que la Ville de Paris n’avait plus un sou pour soutenir les Parisiens pendant la crise, qu’elle n’a plus aucun moyen d’investir. »

Nous voilà avertis. Nous ne pouvons que nous souhaiter bon courage à tous pour les prochaines années !

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