Emmanuel Macron : en marche vers le Moyen Âge  

The knight and the girl BY Hans Splinter(CC BY-ND 2.0) — Hans Splinter, CC-BY

Dans la revue Zadig Emmanuel Macron donne une très longue interview dans laquelle il nous livre son interprétation de la situation française actuelle.

Par Claude Robert.

Emmanuel Macron vient de donner dans la revue Zadig une très longue interview dans laquelle il nous livre son interprétation de la situation française actuelle.

Or, à la lecture de ces pensées, loin d’espérer un mea culpa de sa part, on ne distingue même pas l’ombre d’un regret, le début du commencement d’un constat d’échec, la plus infime trace d’un brin d’humilité face aux méchantes difficultés qu’affronte aujourd’hui notre pays.

Est-ce par calcul cyniquement électoraliste ou, plus grave encore, parce qu’il n’a pas conscience des réalités que le Président s’exprime comme un observateur détaché de toute responsabilité personnelle dans le tableau qu’il décrit ? Telle est la question qui se pose inéluctablement.

Pour y répondre, tentons d’examiner ses déclarations en les mettant en perspective avec les problèmes qui minent la vie quotidienne des Français : la pandémie, la révolte sociale, la désindustrialisation et l’insécurité.

La pandémie, ou le retour un peu facile vers le Moyen Âge

Dans son long entretien, le président considère la pandémie comme une « métaphore de notre époque ». Pour lui, « on revit des temps au fond très moyenâgeux : les grandes jacqueries, les grandes épidémies, les grandes peurs… » (LCI 26/05/21).

« C’est l’époque des grandes peurs, de phénomènes qui forgent un peuple, je dirais même de la réinvention d’une civilisation. C’est aussi un moment de tensions qui travaillent le pays » poursuit-il.

Alors que le gouvernement français est accusé d’avoir abusé d’une solution digne du Moyen Âge tout simplement pour compenser son incurie dans la gestion de la crise, en nous imposant un confinement brutal qui nous a valu la plus forte récession européenne, le Président nous présente ce dernier comme une conséquence inévitable de toute pandémie !

Pourtant, de nombreux pays n’ont rien connu de tel. Parce qu’ils se sont beaucoup mieux débrouillés, ils n’ont pas ou que très partiellement confiné, préférant organiser de façon efficace et contemporaine la lutte contre le virus en testant puis en isolant les porteurs et les personnes fragiles tout en fournissant sans délai les mesures et les équipements de protection nécessaires à la population.

Oser parler de « réinvention d’une civilisation » après avoir abusé de mesures médiévales, brutales et aux conséquences dramatiques pour le pays, montre à quel point le discours du Président est entièrement désarrimé du monde réel. Qui donc nous a fait régresser de plusieurs siècles depuis le début de cette pandémie ?

Les Gilets jaunes, ou le retour un peu facile vers la barbarie

Pour le Président, le mouvement des Gilets jaunes, révèle le « retour de la violence dans la société », « un des fondamentaux de notre vieux pays, fait de jacqueries ». Jacqueries qu’il aurait presque senti venir lorsqu’il avoue ne pas avoir « été surpris de ce qui arrivait », considérant les Français comme  « un peuple très résistant » mais qui « s’embrase sur le coup de colères » (LCI 26/05/21).

De la part d’un Président qui s’est vu adresser plusieurs avertissements par Amnesty international et le Conseil de l’Europe pour « usage abusif de la violence », assimiler le mouvement des Gilets jaunes à une espèce de retour à la barbarie est particulièrement outrancier !

Au final, ne dénombre-t-on pas 140 blessés graves parmi les Gilets jaunes, dont 14 qui ont perdu un œil ?

Le rapport publié par Amnesty International (Libé 17/12/18) ne mentionnait-il pas ceci : « Des récits de victimes et de témoins, ainsi que des vidéos que nous avons examinées montrent que la police a fait un usage inapproprié des flashball, en tirant sur la foule. Elle a aussi lancé des grenades de désencerclement, qui ne devraient jamais être utilisées dans des opérations de maintien de l’ordre. […] Outre des manifestants, de nombreux journalistes ont été blessés, et certains ont affirmé avoir été délibérément visés. Une vidéo montre un journaliste portant un casque de presse touché dans le dos par une grenade de désencerclement alors qu’il s’éloignait du cordon de policiers » ?

Le mémorandum établi par le Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe (Le Monde 26/02/19) n’invitait-il pas le gouvernement Macron à « mieux respecter les droits de l’Homme », à « ne pas apporter de restrictions excessives à la liberté de réunion pacifique » et à « suspendre l’usage du lanceur de balle de défense » ?

Le second rapport d’Amnesty International (19/09/20) ne faisait-il pas mention d’un « acharnement judiciaire » contre les manifestants ?

Peut-on vraiment imaginer pareilles réactions internationales à l’attention d’un pays considéré comme une démocratie ? Qui donc est responsable du retour à la barbarie que déplore le Président ?

La désindustrialisation, une fatalité toute littéraire

De son enfance partagée entre la Picardie et les vacances à Bagnères-de-Bigorre, le Président assure tirer une empathie avec ces territoires qu’il qualifie de victimes de la « morsure de la désindustrialisation », où pointe une « nostalgie de la France d’avant ». « J’ai ressenti une certaine inquiétude, j’ai connu une France inquiète » (Le Monde 21/05/21).

Comme s’il découvrait un pays qu’il ne connaissait pas, le président de poursuivre : « On a totalement sous-estimé ce choc, le sentiment de relégation né de la désindustrialisation ».

Citant son livre de la campagne de 2017, Révolution, le président rappelle avoir « pointé une erreur fondamentale » : « Nous avons pensé pouvoir faire un pays sans usines. L’usine est un lieu de brassage des catégories sociales ». (Les Échos 26/05/21). « Nous avons donc agi dès le début du quinquennat pour réindustrialiser, avec de premiers résultats avant la pandémie ».

Là encore, les propos d’Emmanuel Macron semblent particulièrement déconnectés de la situation réelle du pays. Dans un style littéraire particulièrement soigné et presque déplacé, le Président semble découvrir une France « inquiète », nostalgique de la période d’avant la « morsure » de la désindustrialisation. Plus étonnant encore, il fait référence à l’action qu’il aurait entreprise contre cette « morsure ».

Ce dernier point est symptomatique d’une déconnexion toute politique. Certes, un président socialiste peut croire à une réindustrialisation par décrets, mesures centralisatrices et décisions étatiques.

Mais le fait est là : tant que la pression fiscale demeure confiscatoire, tant que le droit du travail constitue un handicap, tant que la dette et l’emprise de l’État ne cessent de croître, la désindustrialisation se poursuit ! Or le fait que sur ce domaine, le Président tente de valoriser son action laisse espérer un début de prise de conscience de son propre échec.

Cependant, parler des entreprises comme étant d’abord un « un lieu de brassage des catégories sociales » est assez révélateur. Bien plus prosaïquement, l’entreprise est avant tout l’unique lieu de création de richesse d’un pays ! On reconnaîtra là sans doute une tournure toute aristocratique qui confirme l’incompréhension congénitale d’un président socialiste face aux mécanismes économiques.

L’insécurité, une chance pour la France ?

Sur le sujet « des immigrations africaines », le Président s’adresse directement à elles, en ces termes : « Vous qui êtes là par les cruautés de l’histoire, par la volonté de vos grands-parents, de vos parents ou par la vôtre propre, vous êtes une chance pour notre pays ».

Fidèle à sa posture tiers-mondiste réflexe, le Président en ajoute une nouvelle couche en matière de culpabilité postcoloniale : « Il s’agit d’accepter que nous sommes vus comme humiliants car nous ne reconnaissons pas les mémoires singulières, les voix singulières, les parts de destins singuliers dans la société » (Marianne 21/05/21).

Il n’oublie pas non plus de rappeler que « la France n’est pas une identité figée ». Pour lui, elle n’est qu’une « volonté de chaque jour », édulcorant au passage la définition un peu plus exigeante du philosophe Ernest Renan pour qui la nation est « un plébiscite de tous les jours ».

Tout de même, le Président est-il informé du nombre d’actes terroristes, d’agressions et de dégradations de monuments publics qui frappent quotidiennement notre pays ? Sait-il qu’il ne reste plus que 17 % des Français à faire confiance au gouvernement pour lutter contre l’insécurité (Odoxa 19/02/21) ?

Est-il conscient de que de plus en plus de voix politiques ose parler d’un lien entre insécurité et immigration incontrôlée ? A-t-il entendu parler de l’étonnante pétition lancée par plus d’un millier de militaires contre « le délitement du pays et le risque de guerre civile », pétition que près de 60 % des Français soutiennent ? À vouloir continuer à pérorer sur les avantages de l’immigration, le Président est-il véritablement conscient des drames actuels ?

Un Président en campagne, quoi qu’il en coûte

Un mois avant les régionales, un an avant la présidentielle, force est de constater que le Président est entré en campagne. Ratissant auprès des jeunes et sur un ton qui a défrayé la chronique avec les youtubeurs McFly et Carlito, avec une posture un peu plus décente mais terriblement littéraire dans Zadig quelques jours plus tard, le Président semble néanmoins répéter ses éternels leitmotivs.

Ceux-là même qu’il arborait au moment de son élection, véritables marqueurs de son idéologie personnelle, aussi clivants qu’étanches à l’énorme aggravation du contexte social, économique et sécuritaire. Un peu comme si l’état actuel du pays n’était en aucune façon la résultante de la politique de son gouvernement.

Un tel niveau de cynisme ne paraît pourtant pas à la portée de tout le monde. Faut-il chercher du côté de cette insensibilité psychopathique à laquelle certains experts semblent faire parfois référence ? Au lecteur de se faire sa propre opinion.

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