Les dépenses publiques : trop c’est trop

Screenshot_2021-05-26 Réformes indispensables post-Covid, la première est la réforme des retraites (Bruno Le Maire) - YouT[...] — France Inter,

La solution qui s’impose est l’atténuation de la pression fiscale subie par les entreprises. Pour cela, la baisse des dépenses publiques s’impose.

Par Adnan Valibhay.

Invité sur France Info le 10 mai dernier Bruno Le Maire a clairement laissé entendre qu’il n’y aurait pas de second plan de relance. Il a cependant évoqué la possibilité de lancer un plan d’investissement « sur le long terme ».

Cette réserve émise par le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance n’est pas dénuée de rapports avec une étude récente de l’OCDE, qui s’intéressant aux chiffres de 2018, constate que la France est le pays où la pression fiscale est la plus forte et où la dépense publique, notamment la dépense publique sociale, est également colossale, si bien qu’elle est la plus élevée des quarante pays de l’organisation.

Toujours plus de dépenses publiques

Cette politique dépensière à outrance se traduit par la formule du « quoi qu’il en coûte ». Le réel rattrapant bien souvent la démagogie, la vérité est tout autre. La France est à sec et les Français vivent à crédit. Le pays a emprunté 380 milliards d’euros en 2020 soit un peu plus de un millard d’euros chaque jour. Ce qui est proprement inouï est que cette tendance n’est pas près de prendre fin. En 2021, plus de 280 millards ont déjà été empruntés par l’État sur les marchés de sorte que ce quinquennat laissera en toute vraisemblance au moins 700 milliards de dette publique supplémentaire.

Le fameux « quoi qu’il en coûte » n’est donc pas un Abracadabra. L’argent ne tombe pas du ciel. Tôt ou tard, il faudra payer et c’est à la jeunesse pourtant si fragilisée par la crise sanitaire qu’il incombera la lourde tâche de s’acquitter des dettes de ses aînés.

D’aucuns argueraient que les aides étatiques ont permis à pléthore d’entreprises de tenir. Là encore, les faits sont têtus. L’État français n’a pas été héroïque, loin s’en faut. Lorsqu’on le compare à l’État allemand, il a même fait moins : 160 milliards de mesures d’urgence et de relance en France contre 200 milliards en Allemagne. Si bien que la France en est réduite à attendre sa part du plan de relance européen tant les caisses de l’État sont vides.

Si ce n’était que cela, si le pays était encore souverain économiquement, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, car la dette en question ne serait alors qu’un produit d’épargne des Français vis-à-vis de l’État. Malheureusement, il apparaît de plus en plus plausible qu’en dépit des efforts de la Banque centrale européenne, la dette soit détenue par des étrangers, au moins à hauteur de 50 %, dont une grande partie par la Banque centrale chinoise.

Certains répondraient cyniquement que l’endettement n’est pas préjudiciable tant qu’il existe un actif. Ils feraient mieux de revoir leurs arguments car la situation actuelle est dramatique. L’actif et le passif s’annulant, la France n’est, en toute hypothèse, pas suffisamment solvable pour pouvoir rembourser ses dettes à courte et moyenne échéance. Le risque étant, qu’à l’image du port du Pirée vendu à un armateur chinois en 2016 par la Grèce, la France se voit contrainte de céder des parcelles de sa souveraineté territoriale à ses créanciers.

Cette incurie du point de vue des dépenses publiques se traduit par un matraquage fiscal tel que les petites et moyennes entreprises (PME), qui sont au fondement de l’économie française, connaissent de grandes difficultés de croissance ce qui tend à faire perdre à la France nombre de talents au profit d’autres pays européens où l’État est moins asphyxiant.

Partant de ce constat, la solution qui s’impose est l’atténuation de la pression fiscale subie par les entreprises françaises qui paient plus de 400 milliards d’impôts contre seulement 300 milliards dans les autres pays de l’Union européenne. Cette nécessité est d’autant plus impérative moralement que le gouvernement français s’est lourdement fourvoyé en décidant de les mettre à l’arrêt lors des confinements successifs selon que l’activité soit jugée essentielle ou non essentielle.

Diminuer les dépenses publiques pour alléger la pression fiscale des entreprises

Pour parvenir à cet allégement des prélèvements obligatoires, la baisse des dépenses publiques s’impose. Le pouvoir exécutif doit s’engager à respecter un calendrier qui préconisera différentes mesures permettant d’aboutir à un assainissement des finances publiques, lequel engagerait la responsabilité de l’État s’il n’était pas exécuté. L’avantage d’un tel engagement est qu’il permettrait d’enfin stabiliser la dette de la France de sorte que la croissance économique puisse s’envisager le plus sereinement possible.

Pour ce faire, un effort collectif du peuple français, dans son ensemble, est requis. Face à l’urgence de la situation, force est de constater l’échec du président de la République qui n’a pas su prendre les devants en engageant des politiques structurelles visant à rendre la France plus résiliente.

Des réformes majeures doivent être prises et les Français doivent s’unir en travaillant au bien commun de la nation car là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve, comme l’écrivait le poète allemand Friedrich Hölderlin.

Un article publié initialement dans Les Échos.

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