L’Agence internationale de l’énergie en guerre contre le pétrole et le gaz

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Pour accéder à la neutralité carbone d’ici 2050, l’Agence Internationale de l’Énergie propose de mettre fin dès 2023 à toute exploration pétrolière et gazière. C’est impossible et non souhaitable.

Par Philippe Charlez.

Créée en 1974 à la suite du premier choc pétrolier, l’AIE est une agence autonome de l’OCDE. Elle est reconnue depuis toujours par les scientifiques pour le professionnalisme et l’objectivité de ses documents, la qualité des bases de données qu’elle produit ainsi que le raisonnable des stratégies proposées. En revanche, elle a toujours été ressentie par certaines ONG marquées à l’extrême-gauche comme un instrument de promotion des politiques énergétiques du grand capital.

Pourtant dans son dernier rapport l’AIE semble décidée à changer ses méthodes historiques et à rejoindre le clan des ONG qui l’ont toujours vilipendée.

Au nom de la neutralité carbone

Pour accéder à la neutralité carbone d’ici 2050, l’Agence Internationale de l’Énergie propose de mettre fin dès 2023 à toute exploration pétrolière et gazière.

Dans son précédent scénario le plus avancé qualifié de développement durable, les fossiles représentaient encore en 2050 près de la moitié de la consommation d’énergie primaire.

Dans son nouveau scénario, les énergies fossiles se réduiraient à 20 % (contre 80 % aujourd’hui) ne couvrant plus que les besoins de la pétrochimie. En revanche les énergies renouvelables produiraient 90 % de l’électricité mondiale, le reste étant assuré par le nucléaire lui aussi décarboné.

Cette baisse rapide de la demande de pétrole et de gaz naturel ne nécessiterait plus ni d’exploration ni de nouveaux développements. Les 400 milliards d’euros annuels dévoués aux activités d’exploration et de développement du pétrole et du gaz pourraient alors être redirigés vers les renouvelables pour en accélérer le développement. Cette prise de position très surprenante a été applaudie par la plupart des ONG.

Encore un petit effort : en remplaçant les 20 % de nucléaire par des renouvelables le directeur exécutif de l’AIE pourrait revendiquer un siège d’administrateur à Greenpeace ou Oxfam France !

Nous avions dans un précédent article expliqué pourquoi il était indispensable de continuer à explorer et à développer des champs de pétrole et de gaz et ce même en cas de forte réduction de la consommation future. L’erreur principale est de considérer un simple calcul d’épuisement des réserves pétrolières et gazières sans prendre en compte le déclin naturel de la production en moyenne de 6 % par an.

Les réserves prouvées et développées actuelles de pétrole et de gaz seront certes largement suffisantes pour couvrir la queue de demande. Pourtant arrêter toute exploration et développement et se contenter de vivre jusqu’en 2050 avec la production du socle déclinant, conduirait à une rupture offre/demande dès le milieu des années 2020 et engendrerait à moyen terme une flambée structurelle et incontrôlées des cours du pétrole et du gaz.

Cette flambée déboucherait sur une crise énergétique mondiale majeure source de tension internationale et de conflits sociaux particulièrement en Europe dépendante aujourd’hui à 95 % de ses approvisionnements pétroliers et à 80 % de ses approvisionnements gaziers.

N’en déplaise à l’AIE et ses nouveaux supporters, nous sommes malheureusement condamnés à continuer l’exploration et le développement de nouveaux champs pétroliers et gaziers durant de nombreuses années.

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