L’électricité en passe de devenir un bien rare

En choisissant pour des raisons purement démagogiques de réduire le nucléaire au profit des renouvelables intermittents, le gouvernement fait implicitement le choix de la rareté électrique.

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L’électricité en passe de devenir un bien rare

Publié le 12 janvier 2021
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Par Philippe Charlez.

Ce qui est rare est précieux et attise souvent toutes les convoitises. Un collectionneur recherche toujours les timbres ou les pièces de monnaie les plus rares. Une question d’ego chez l’être humain : si je détiens quelque chose de rare, il est peu probable que mon voisin possède le même objet. Détenir la rareté est donc socialement discriminant et pour beaucoup symbole de réussite et de pouvoir.

Derrière la rareté, se cache aussi une logique économique. Plus un bien est rare plus l’offre est réduite par rapport à la demande et plus son prix augmente. L’origine de la rareté peut être purement naturelle. Ainsi, le prix des métaux contenus dans l’écorce terrestre dépend de leur rareté : alors que la teneur en cuivre est mille fois inférieure à celle du fer, ce chiffre monte à 750 000 pour l’argent et 14 millions pour l’or.

La rareté conjoncturelle de l’électricité

La rareté est aussi conjoncturelle : les aléas de la météo ou des périodes de guerre influencent le volume des récoltes, rendant les céréales plus rares et plus chères. Elle est géographique dans la mesure où ce qui est abondant à un endroit peut s’avérer rare à un autre. Enfin, la rareté peut être organisée artificiellement pour faire monter artificiellement les prix, une pratique récurrente au cours de l’Histoire.

Parallèlement à la rareté, certaines commodités associées à notre société de croissance sont devenues des biens de consommation ordinaire. Tellement ordinaire qu’on ne peut dans notre inconscient en envisager la rareté. Ainsi en est-il de l’électricité. Invisible mais tellement commode, elle nous est délivrée aujourd’hui sans parcimonie.

Pourtant sa rareté n’est pas si lointaine en Europe. À la fin du XIXe siècle, alors que les villes commencent à s’éclairer, les villages restent pour plusieurs décennies dans l’obscurité. Il faut attendre la fin des années 1930 pour que l’électrification rurale s’accomplisse avec 96 % de la population française raccordée au réseau. L’électricité reste aujourd’hui une rareté quotidienne pour beaucoup de Terriens : en 2020, seulement la moitié des Africains y avaient accès.

Si la rareté des masques et des tests a accompagné la France durant la pandémie du Covid-19, en revanche l’Hexagone a pu compter sur l’abondance de son électricité nucléaire. Une électricité totalement décarbonée pourtant remise en question par les chantres de la « transition idéologique » préférant à l’abondance du nucléaire la rareté des renouvelables intermittents fournissant de l’électricité entre… 10 % et 20 % du temps. La fermeture purement politique des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en fut la déplorable expression le 29 juin 2020.

Ce choix délibéré de la rareté se concrétise aujourd’hui dans les chiffres. Il a été anticipé par de nombreux spécialistes. Le 20 novembre 2020 Michel Negynas titrait dans Contrepoints : « Électricité : faut-il s’inquiéter d’un possible black-out ? » L’auteur y pointe que malgré une puissance théorique de 134 GW, on pourra durant l’hiver compter au mieux sur 90 GW, l’éolien et le solaire étant aux « abonnés absents » durant la majorité de la période hivernale : très peu de soleil avec des journées réduites à 8 heures et presque pas de vent durant les épisodes anticycloniques hivernaux.

Sans en détailler les raisons, une campagne de communication des autorités a débuté début janvier incitant les Français à consommer moins d’électricité pour éviter un black-out potentiel. Et il y a effectivement de quoi s’inquiéter puisque depuis quelques jours, la consommation flirte régulièrement avec les 90 GW. Ainsi le 7 janvier deux pics à plus de 85 GW ont été observés à 8 heures 15 et à 19 heures.

Le solaire aux abonnés absents

Lors de ces pics le solaire photovoltaïque et l’éolien étaient comme prévu aux abonnés absents contribuant pour seulement 1,5 % de la production électrique. Bien décevant quand on compare aux 150 milliards d’euros investis par l’État dans les ENR.

En choisissant pour des raisons purement démagogiques de réduire le nucléaire au profit des renouvelables intermittents, le gouvernement fait implicitement le choix de la rareté électrique. Une rareté qui comme toute commodité rare s’accompagnera inévitablement d’une flambée des prix du kWh.

Ce choix est d’autant plus critiquable que l’objectif de neutralité carbone en 2050 reposera sur une croissance très significative de la demande d’électricité. Pour être socialement acceptable cette électricité devra certes être propre mais aussi disponible et abordable. Seul le nucléaire pourra fournir cette abondance décarbonée.

Arrêtons pendant qu’il est encore temps cette fuite en avant vers la rareté et relançons la filière nucléaire française en confirmant le plan de carénage des réacteurs existant ainsi que la construction des centrales EPR prévues au plan.

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  • Désolé de me répéter mais on doit AUSSI questionner les objectifs de diminution de consommation d’énergie tout court.

    • Tiens… tu as officiellement rejoint le camp des décroissants ?
      On ne soigne pas une maladie en traitant les symptômes. Aucun animal ne limite ses besoins personnels, même sous la contrainte…
      La seule solution si on veut continuer à avancer, serait de se doter d’une énergie décarbonnée illimitée…
      Mais il parait que c’est moche et donc, en effet, la seule réponse sera la décroissance et le retour vers un moyen âge basse énergie dans lequel (ter repetita) nous trouverons deux catégories de français : ceux qui auront les moyens de se doter de leur propre source électrique, et d’un bon système de conditionnement et backup… et les gueux qui auront un filet d’électricité aléatoire d’Etat, et apprendront doucement les joies du tiers mondisme vert 🙂

  • j’attend avec impatience l’arrivée de bagnoles qui fonctionneront avec une éolienne sur le toit ….

  • Quand c’est fou c’est qu’il y a un loup, la politique française énergétique est incompréhensible ou très mal expliquée ou on est vraiment trop bête pour comprendre.

    • Pour la transition énergétique être incomprehensible est necessaire
      ça coute une blinde et ça ne sert qu’à satisfaire les écolo..

  • les gouvernements aiment bien les intermittents : cela permet de renforcer son contrôle !

  • Macron et l’Europe ont pour but de dézinguer totalement EDF pour tout privatiser. l’opération pour réussir a besoin que l’on crée un fort besoin en électricité et une flambée des prix. C’est ce qu’il préparent et réalisent.
    En Parfait pervers.

    • Je suis sûr d’une chose, etma facture en témoigne, le site EDF me conseillait de fixer un but de consommation à atteindre en fin d’année, je trouvais ludique de réfléchir à des possibilités de mieux gérer mes besoins.

      Las , au fil des ans, j’ai compris que chaque baisse de consommation volontaire était compensée par une hausse (involontaire de ma part) des tarifs.
      Résultats: je paye toujours la même chose, alors EDF , ‘va fan culo’ !

      Alors j’économise sur d’autres choses, je fais par exemple mes courses et mes restos en Allemagne ou en Suisse (entre les confinements) , et j’ai investi dans un poêle haute performance acheté en Belgique pour me chauffer avec le bois de ma forêt …

  • La hausse du prix de l’électricité pour les ménages est en Europe très bien corrélée avec la puissance installée d’éolien+solaire PV par habitant. En Allemagne et au Danemark, les prix ont ainsi doublé. En France, cen’est que 50 % depuis 2009, date du début de leur « déploiement »
    Le but visé est peut-être de faire augmenter ce prix jusqu’à pouvoir supprimer les subventions à l’éolien et eau solaire. Mais alors la facture des consommateurs aura doublé. Certains disent , comme Bernard Laponche prétendent que c’est une excellente chose, car nous serons obligés de consommer moins d’électricité. En fait, on constate que çà n’a pas fait baisser le consommation ni en Allemagne ni en France mais a augmenté le nombre des ménages en précarité énergétique, ce qui n’est certes pas le cas de Monsieur Laponche.
    D’autres disent qu’en faisant ainsi augmenter le prix de l’électricité, on pourra supprimer les subventions. Mais c’est également faux. La croissance de l’éolien et du solaire fait aussi diminuer les prix de marché de l’électricité quand ils sont abondants, puisqu’il y a obligation de leur achat. Les subventions, calculées comme la différence entre un tarif fixé par contrat sur 15 à 20 ans et le prix de marché, augmentent donc au fur et à mesure de leur croissance.

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