Norwegian Airways : prends l’oseille (publique) et envole-toi !

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L’administration française a subventionné à hauteur de 8 millions d’euros Norwegian Airways, une compagnie étrangère en grande difficulté depuis de longues années. Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?

Par Pierre Robert.

En septembre 2019, lors de son passage à l’émission « Le Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro, notre ministre de l’Économie et des Finances accusait la compagnie Norwegian d’avoir provoqué la chute de la compagnie française XL Airways.

Une vertueuse indignation

 

Elle casse les prix, elle est endettée, mais elle a le soutien public norvégien, et ça je ne peux pas l’accepter.

Dans la foulée, il annonçait son intention de saisir la commission européenne à propos des aides publiques que cette compagnie low cost aurait indument reçues dans son pays et ajoutait :

Imaginez qu’avec l’argent du contribuable, j’aille subventionner XL Airways, Aigle Azur ou d’autres compagnies low-cost.

Un étrange aveuglement

Depuis, notre administration a fait pire en subventionnant à hauteur de 8 millions d’euros cette compagnie étrangère en grande difficulté depuis de longues années.

Plombée dès 2017 par une dette gigantesque due à une stratégie infructueuse d’expansion à marche forcée puis frappée de plein fouet par la crise sanitaire, Norwegian a fini par présenter en décembre 2020 un plan de sauvetage visant explicitement selon son Directeur Général « au maintien des infrastructures critiques et à la création de valeur en Norvège ». Simultanément elle s’est mise sous la protection des lois irlandaises et norvégiennes sur les faillites sans pour autant demander la liquidation de sa filiale française.

Officiellement toujours sous contrat, les 286 salariés de la branche française n’en sont pas moins privés de salaires depuis des mois tout en étant dans l’impossibilité de s’inscrire au chômage ou de bénéficier du régime français de garantie des salaires (ou AGS).

Notre administration a donc soutenu financièrement au nom du « quoi qu’il en coûte », mais sans aucun discernement, une société étrangère dont le statut juridique a été configuré pour lui permettre de payer le moins d’impôt possible et d’échapper aux contraintes de notre législation sociale. Fondée en Norvège, un pays qui ne fait pas partie de l’UE, elle abrite en effet l’essentiel de ses activités en Irlande, un paradis fiscal.

En outre, comme le rappelle le site Air-Journal, la spécialiste norvégienne du vol pas cher a annoncé en janvier dernier l’arrêt définitif de tous ses vols longs courriers et donc la fermeture de sa base de Roissy dont c’était l’unique vocation. L’outil de travail de la branche française ayant manifestement perdu sa raison d’être, il n’y avait donc pas lieu de subventionner son maintien en l’état par des aides publiques.

Norwegian Airways : le retour de l’oiseau prodigue ?

Le comble est que par un tour de passe-passe, les responsables de la compagnie déchue sont en train de la recréer sous une autre forme en la rebaptisant Norse ainsi que le déplorait en mars dernier un communiqué du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) :

Comment accepter qu’une compagnie nouvelle apparaisse, d’un coup de baguette magique, sur les cendres encore chaudes de Norwegian France, reprenant ses acquis et potentiels, alors que les salariés français et l’État français se retrouvent seuls face à la liquidation de Norwegian France ?

Au passage ce communiqué rappelle que l’État français a ouvert le bénéfice de l’activité partielle à Norwegian France et devra pallier les manquements en matière de liquidation et de licenciement des salariés français via l’AGS.

Le robinet de l’argent public n’a donc pas fini de couler.

Norwegian Airways : un réveil bien tardif

Force est de constater que les autorités françaises ont mis du temps à s’en inquiéter. Selon les syndicats concernés, la ministre du Travail Élisabeth Borne et le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebari n’ont pris contact que le 14 avril dernier avec l’Irlande et la Norvège « pour trouver une solution au problème ».

De ce constat découle inévitablement quelques questions, la première étant de savoir ce qui rend possible un tel manque de discernement. On comprend qu’en période de troubles économiques aigus provoqués par des fermetures administratives imposées, il faille adopter une procédure simple afin que les entreprises condamnées à ne pas travailler reçoivent rapidement les aides d’urgence indispensables à leur survie.

Mais dans le cas de Norwegian France, il ne s’agit pas d’une petite structure et les sommes en jeu sont considérables. Perdue dans le dédale de ses procédures, notre administration en est venue à subventionner Icare sans même probablement s’en rendre compte. Cela devrait une fois de plus alerter l’opinion sur les risques de laisser notre technocratie envahissante voler toujours plus haut qu’elle ne devrait. En matière de gabegie, Norwegian, qui n’a sans doute en France aucun actif susceptible d’être saisi, pourrait bien devenir un cas d’école.

On peut alors espérer que le Parlement s’en saisisse et que, s’élevant au-dessus de cet exemple particulier, l’une des deux chambres crée une commission d’enquête pour savoir ce que sont devenus les crédits publics alloués aux entreprises confrontées à la crise du coronavirus, en particulier à celles qui opèrent dans le secteur des transports aérien et maritime.

À un niveau encore plus général, on peut légitimement se demander s’il y a encore un pilote dans l’avion alors que beaucoup de nos concitoyens sont persuadés qu’on peut émettre de la monnaie à jet continu sans que cela ait de conséquence, qu’il n’est pas nécessaire de rembourser la dette publique et qu’il est inutile de protéger les brevets.

À l’aune de tous ces nuages qui s’accumulent à l’horizon, il est vrai que les millions d’euros octroyés à Norwegian ne représentent qu’une bien petite turbulence. Tenter de la contrer pourrait pourtant amorcer un processus vertueux de remise à l’endroit des esprits.

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