Légalisez les restaurants !

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Il est temps aujourd’hui de lever les interdictions qui pénalisent les vendeurs comme les acheteurs, car tous les commerces sont essentiels.

Par Frédéric Mas.

On veut des noms ! Dans une enquête de M6 sur les dîners mondains organisés à Paris malgré les restrictions sanitaires, une séquence a fait scandale à plus d’un titre. Filmé en caméra cachée, l’un des organisateurs déclarait :

« avoir dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants, qui sont justement des établissements soi-disant clandestins avec un certain nombre de ministres, alors ça [le] fait doucement rigoler ».

Alors que la police patrouille partout en France pour contrôler les interdictions de circuler et décourager les citoyens qui osent vouloir pique-niquer pour prendre le soleil, voilà qu’on apprend que certains politiciens donneurs de leçon ne se les appliqueraient pas à eux-mêmes.

Il n’en fallait pas plus pour que le débat public s’enflamme. Marlène Schiappa, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ont pris la parole pour condamner les agissements des contrevenants et réclamer des poursuites si nécessaire.

Le dîner était presque parfait

Dimanche soir, l’organisateur interrogé par M6, qui se révéla être le propriétaire du Palais Vivienne M. Chalançon, déclarait par l’intermédiaire de son avocat qu’en évoquant la présence de ministres, il ne faisait que de « l’humour ». Ses explications ne semblent pas avoir convaincu les réseaux sociaux qui continuent de réclamer les noms des ministres impliqués dans ces « dîners clandestins ». Le « deux poids, deux mesures » ne passe pas.

Il flotte en France comme un parfum d’Union soviétique. Alors que les pouvoirs publics reconfinent, ferment bars et restaurants et découragent les Français à fêter Pâques en famille, l’idée qu’il puisse y avoir quelques resquilleurs proches du pouvoir exaspère.

Comme en Union soviétique, quelques apparatchiks semblent pouvoir bénéficier des privilèges que l’État refuse au reste de la population, qui doit se contenter de rester chez elle et circuler dans son périmètre de circulation autorisé.

La liberté d’aller et venir, de commercer et de vivre de son commerce, liberté qui appartenait à tous, est devenue une denrée rare qu’on ne trouve plus que sur le marché noir. Et à des prix assez révélateurs d’une demande qui ne s’est jamais éteinte.

Les riches toujours en procès

Le luxe des dîners mondains clandestins a en effet scandalisé les téléspectateurs. M. Chalançon en a organisé dans un palais luxueux où l’on servait des plats et des bouteilles à plusieurs centaines d’euros. Non seulement les « riches » ne respectent pas les interdictions sanitaires, mais par temps de disette, ils continuent d’être riches.

C’en est trop pour la mentalité égalitariste française qui ne supporte pas que ses élites manifestent trop ostensiblement leur réussite sociale. L’envie est un poison social qui ne date pas des restrictions sanitaires, mais qui s’est répandu au fur et à mesure que la confiance s’étiolait. Comme l’expliquait Patrick Aulnas dans Contrepoints :

« Un être humain qui étale sa réussite est toujours condamné par le groupe. Dans la plupart des tribus primitives, il fallait cacher sa réussite pour ne pas susciter l’envie, ce qui a longtemps cantonné l’humanité dans la crainte de l’innovation et dans la stagnation générale. L’URSS communiste constitue l’exemple historique le plus récent de cette sclérose généralisée. »

Dimanche 5 avril, M6 dévoilait d’autres extraits de l’entretien qui avait mis le feu aux poudres. « C’est bon ça va, ça fait quinze mois qu’ils nous emmerdent là, ça fait quinze mois qu’on ne peut plus rien faire, moi je n’ai pas eu un euro d’aide, je fais ce que je veux, je suis encore en France, je suis encore un citoyen normal. Il faut qu’on arrête. C’est quoi ce délire ? Ils sont malades les mecs. » déclare M. Chalançon, sur le ton de l’agacement.

Pourquoi pénaliser les commerces ?

Comme beaucoup de propriétaires de bars et de restaurants, M. Chalançon réclame le droit de pouvoir vivre de son travail. Plutôt que de s’indigner du luxe de certains restaurants, il serait bon de s’interroger sur le fait que la restauration soit devenue aujourd’hui clandestine.

La prohibition qui s’est installée sur fond de panique sanitaire est-elle vraiment indispensable ? La crise covid est-elle si grave que la destruction du secteur indépendant en est devenue nécessaire ?

Au moment du premier confinement les commerces ont montré leur capacité d’adaptation face à une crise inédite. Ils ont déployé des trésors d’imagination pour rester ouverts tout en protégeant leurs clients. Pendant ce temps-là, l’État bureaucratique n’a pas réformé les hôpitaux, n’est pas capable d’organiser la campagne vaccinale et se contente d’interdire les commerces qu’il juge arbitrairement non essentiels pour répondre à la crise.

Il est temps aujourd’hui de lever les interdictions qui pénalisent les vendeurs comme les acheteurs, car tous les commerces sont essentiels. Depuis maintenant un an, les citoyens sont suffisamment mobilisés et informés pour prendre les dispositions les plus adaptées à leur état de santé, et les foyers de contamination n’ont jamais démarré dans des bars ou des boutiques de souvenirs.

La « troisième vague » qui menace aujourd’hui est surtout psychologique. Elle s’abat sur un pays que les privations politiques de liberté sont en train de rendre fou. Tout le monde applaudit aux nouvelles restrictions sanitaires, et s’étrangle en apprenant que certains essaient de continuer de vivre normalement. Mais 46 % des Français comptent violer les règles sanitaires quand même. On atteint des sommets de schizophrénie et de paranoïa. La voie de la guérison passe par la liberté.

Maj : 06/04/2021 à 12h39

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