Médecine générale : et si l’on faisait confiance au marché ?

Doctors Stock Photo BY sergio santos — sergio santos,

Un système de soin se développe aux États-Unis, le Direct Primary Care, liant le médecin et son patient hors Sécu ou assurance. Un Netflix de la médecine.

Par Nathalie MP Meyer1.

La pandémie de Covid-19 est là pour nous le rappeler : nous avons besoin de services de santé disponibles, efficaces et financièrement abordables. En France, on aime à répéter que de ce côté-là, tout est accessible, tout est efficace, tout est gratuit. Ce serait même notre grande fierté que de pouvoir soigner le plus riche comme le plus démuni sans avoir à réclamer un sou ni à l’un ni à l’autre grâce à notre grande sécu nationale.

Enfin ça, c’est la partie idéologico-corico de l’iceberg.

Dans la réalité, il y a bien quelques sous assez nombreux qui circulent sous la forme des cotisations sociales prélevées sur les salaires versés par les entreprises.

Cotisations qui, additionnées les unes aux autres, finissent par nous placer parmi les pays de tête de l’OCDE pour les dépenses de santé rapportées au PIB. Avec 11,2 % en 2018, la France est à égalité avec l’Allemagne et n’est devancée que par la Suisse et les États-Unis :

médecine générale

Mais en avons-nous pour notre argent ? La question se pose car notre système de santé semble perpétuellement en crise, et pas seulement à cause du Coronavirus.

Début janvier 2020, alors que la pandémie n’était pas encore entrée dans nos vies, plus de 1000 médecins hospitaliers étouffés par les contraintes administratives qui pèsent sur eux ont menacé de démissionner.

Juste avant, c’était la crise des urgences. Juste avant, c’était les déserts médicaux. Juste avant, c’était les grèves du personnel infirmier. Juste avant, c’était les pénuries de médicaments. Etc.

Puis le Covid-19 est arrivé et il a fallu transférer des patients en Allemagne faute des équipements nécessaires et/ou faute de l’organisation adéquate en France. D’où l’émergence d’un débat sur la qualité réelle de notre système de soins et d’où le Ségur de la Santé censé tout remettre à plat.

Ce dernier a finalement abouti à des hausses de salaires pour les soignants conformément au fameux « plus de moyens » qui semble être l’alpha et l’oméga de toute réforme dans ce pays, mais n’a engendré aucune remise en question des rigidités bureaucratiques induites par un système entièrement collectivisé et centralisé qui considère tous les médecins comme des fonctionnaires parfaitement obéissants et interchangeables – donc peu incités à faire évoluer leurs pratiques en dehors des demandes et autorisations de la Sécu.

Il y aurait pourtant moyen de faire autrement, à la satisfaction médicale, financière, relationnelle et professionnelle de toutes les parties prenantes, ainsi qu’en témoigne le système Direct Primary Care qui se développe aux États-Unis et dont j’aimerais vous parler aujourd’hui (voir vidéo en fin d’article, 07′ 13″).

L’expression Primary Care recouvre peu ou prou notre médecine générale, celle qui assure le premier accueil des malades, mais elle inclut aussi un certain nombre de tests et de petites interventions chirurgicales plus spécialisées ainsi que des soins d’urgence sans complication (réduction de fracture simple, sutures, ablation d’un kyste, etc.) Il s’agit de resituer le généraliste dans toute son ampleur de soignant.

Le terme direct, le plus important dans l’affaire, fait référence au fait qu’il n’y a plus de tiers entre le médecin et son patient. Ni la sécu (Medicare aux États-Unis), ni aucune mutuelle complémentaire, ni aucune assurance santé. Donc plus de nomenclature compliquée qui décide de façon autoritaire et opaque ce qui est pris en charge et à quel prix, et ce qui ne l’est pas. Et plus aucun des coûts de ces structures intermédiaires qui se surajoutent aux coûts de la pratique médicale elle-même.

Tous les soins ci-dessus, délivrés en cabinet médical, en visite à domicile ou via la télémédecine, ainsi que le suivi du patient en cas de redirection vers un spécialiste, un laboratoire d’analyses ou une hospitalisation sont intégralement pris en charge en échange d’un abonnement se situant généralement entre 50 et 100 dollars par mois et par personne. C’est tout simplement le système Netflix appliqué à la médecine.

Si des analyses ou de l’imagerie médicale complémentaires sont nécessaires, les patients bénéficient en outre des tarifs avantageux négociés par leur médecin avec des radiologues ou des laboratoires de leur quartier, éventuellement même avec le pharmacien.

La disparition du tiers assureur permet ainsi de faire baisser les dépenses médicales de routine dans des proportions significatives et il permet également aux médecins de se montrer plus flexibles et plus adaptables.

Dans le nouveau contexte de la pandémie de Covid, par exemple, pas besoin d’attendre des semaines pour avoir le feu vert de Medicare ou des compagnies d’assurances sur le niveau de prise en charge des consultations par internet. L’abonnement prenant par définition en charge tout ce que le médecin juge nécessaire pour assurer le meilleur service possible, toute nouveauté, toute adaptation est automatiquement adoptée pour peu que le médecin le décide.

Au cabinet Epiphany Health des docteurs William Crouch et Lee Gross présentés dans la vidéo, les tarifs sont de 75 dollars par mois pour un adulte, 30 dollars par mois pour un enfant et 15 dollars par mois pour les autres enfants de la famille, l’idée étant de se situer dans un ordre de prix comparable à l’utilisation d’un téléphone portable. Pour éviter les abus toujours possibles, toute consultation au-delà de 25 par an et par personne est facturée 25 dollars :

Il faut croire que leurs patients sont contents de leurs services car ils sont passés à ce système en 2010 après avoir connu comme tous leurs collègues les lourdes exigences administratives des prises en charge médicales dictées par Medicare ou les compagnies d’assurance et ils s’en félicitent encore en 2021. Aujourd’hui, plus de 1400 cabinets médicaux répartis dans 49 États américains fonctionnent de cette manière.

Mais que se passera-t-il pour eux si un cabinet s’installe à proximité du leur et propose aux patients des tarifs de 40 dollars par personne et par mois au lieu de 75 dollars ? Eh bien, c’est exactement ce qu’on appelle le jeu de la concurrence dans un marché libre – une situation que de nombreuses autres professions comme la boulangerie-pâtisserie ou le prêt-à-porter connaissent bien.

Réponse du docteur Gross, qui pourrait très bien s’appliquer à la boulangerie :

Ce nouveau cabinet et nous, nous allons nous faire concurrence sur le prix et la qualité. Nous allons devoir justifier pourquoi notre prix est presque deux fois plus élevé. Peut-être est-ce parce que nous offrons un meilleur service, ou parce que notre formation est meilleure, ou parce que nous avons plus d’expérience. Ou alors nous allons devoir baisser nos prix pour ne pas perdre de patients.

On constate encore une fois qu’une situation de concurrence non faussée est un formidable levier pour procurer aux consommateurs de services médicaux (ou de babas au rhum) le meilleur produit ou le meilleur service au meilleur prix.

Si le Direct Primary Care reste encore assez confidentiel aux États-Unis, au moins n’est-il pas empêché d’exister et de faire ses preuves. En France, malheureusement, la Sécu est un monopole qui ne tolère aucune concurrence au sens fondamental de ce mot. Il existe certes des cliniques privées, il existe certes une médecine dite libérale, mais la réalité de notre système de santé est exactement celle que l’on retrouve inéluctablement (et malheureusement) dans tous les systèmes socialistes.

Le libre choix des médecins et des patients, la loi de l’offre et de la demande et la clarification de l’information par le système des prix libres ont été évincés du système au profit d’une planification bureaucratique qui prétend savoir mieux que les médecins où, quand et comment ils doivent soigner, et mieux que les patients s’ils sont malades et où et quand ils doivent se faire soigner.

Alors évidemment, on voit mal comment on pourrait seulement tenter une expérimentation du type Direct Primary Care en France. Mais il n’est pas interdit d’en parler autour de soi et de susciter le débat…

 

Vidéo « These Doctors Exemplify the Virtues of Free Market Medicine » (ces médecins sont un exemple des bienfaits du marché libre pour la médecine) publiée par le site libéral Reason le 3 mars 2021 (07′ 13″) :

Sur le web

  1. Article de la série Les Lib’Héros du Quotidien inspiré par une récente vidéo du site libéral américain Reason (voir en fin d’article) à propos du système de soins Direct Primary Care (ou médecine générale en direct) qui se développe aux États-Unis.
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