Revoyons la stratégie française de lutte contre la covid-19

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OPINION : la stratégie française actuelle de lutte contre la covid n’est pas la plus judicieuse car elle atteint les libertés fondamentales pour des bénéfices discutables.

Par Damien Witkowski.

Élaborer une stratégie est un art complexe qui requiert de grandes capacités d’analyse, une forte créativité et surtout, une approche holistique pour définir un but et allouer des moyens pour l’atteindre.

En soi, une stratégie n’est ni bonne ni mauvaise, elle consiste surtout à apporter un avantage concurrentiel. Cependant, dans le contexte de la pandémie actuelle, nous parlons de morts, de récession, de perte des libertés, de repli de la culture… soit autant d’atteintes fondamentales à notre modèle de société en plus, évidemment, du positionnement économique de notre pays.

Dans ce contexte, les États ont eu à établir différentes stratégies pour lutter contre la propagation de la covid-19, vacciner leur population et protéger leurs économies. Cette situation offre alors un fantastique terrain d’exploration pour juger des choix et des moyens pris par la France pour apporter un éclairage nouveau et, modestement, contribuer à élever la réflexion même s’il nous manque des données fiables pour asséner des certitudes absolues.

La menace exercée par la covid-19

Sans entrer dans les détails techniques que nous laisserons aux spécialistes, sortons donc des débats parfois contradictoires pour nous intéresser aux faits évidents et retrouver une vision claire et simple : le virus se transmet par proximité avec une personne infectée ou par contact avec une surface ou personne infectée.

Donc, une représentation mentale pourrait être celle de la tache d’huile, ce qui nous conduit à garder en mémoire l’importance de la réponse géographique dans la protection des populations.

En termes de dangerosité, les données actuelles souffrent de plusieurs défauts : certains cas ne sont pas détectés, certains décès ne sont pas du fait de la covid-19 directement mais plutôt d’autres facteurs et certains décès pourraient ne pas avoir été répertoriés.

Cela étant rappelé, le ministère des Solidarités et de la santé annonce à l’heure de l’écriture de ces lignes 82 226 décès pour 3 469 539 cas confirmés, soit un taux de létalité de 2,37 % (1,77 % hors établissements médicaux sociaux ou pour personnes âgées dépendantes) ce que nous pouvons considérer comme un maximum, la réalité étant très probablement plus faible pour au moins deux raisons : il se peut que la covid ne soit pas la cause principale du décès et le nombre de cas est sous-évalué du fait des malades asymptomatiques. Quoi qu’il en soit, la conclusion est simple : moins de cas = moins de décès.

Cependant, le virus mute et de nouveaux variants le rendent soit plus transmissible, soit plus dangereux, soit les deux. Pour être tout à fait exact, il se peut aussi que le virus mute aussi vers des formes moins dangereuses ou transmissibles, auquel cas ce variant disparait par lui-même et nous pouvons donc le négliger.

De plus, ces mutations peuvent diminuer l’efficacité vaccinale des vaccins homologués. D’ailleurs, puisque nous abordons le sujet, la vaccination n’entend pas éliminer le virus comme le rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé et aucune certitude existe quant à la durée de l’immunité vaccinale.

Certains spécialistes signalent ainsi que le vaccin prévient les formes graves et limite la transmission sans toutefois empêcher la contamination. Tout cela nous indique donc une forte probabilité de devoir vivre avec la covid-19 sur le temps long.

Les différentes stratégies de lutte contre la covid-19

Schématiquement, il existe deux grandes stratégies de lutte contre la pandémie : aplatir la courbe et zéro covid. Globalement, la première est la solution retenue pour les pays occidentaux et la seconde, celle des pays orientaux. Les différences entre les États tiennent donc essentiellement dans les détails de mise en œuvre et, bien entendu, de leur situation de départ, qu’elle soit économique, sociale ou culturelle.

La stratégie consistant à aplatir la courbe vise à limiter le nombre d’éclosion des cas afin de permettre au système de santé d’absorber les malades sans être saturé. Il s’agit donc de vivre avec une présence contrôlée de la covid-19 mais, du fait de son haut taux de transmission, en appliquant des mesures pour diminuer la contamination : limitation les déplacements, distanciation sociale, port du masque, désinfection accrue, fermeture des lieux de rassemblements…

La stratégie du zéro covid vise à éliminer le virus du territoire en fermant ses frontières, en contrôlant strictement les entrées, en appliquant des mesures strictes dans la phase d’éradication, puis en permettant un retour à une vie quasi-normale avec des mesures de détection.

Cela impose donc une grande fermeté et des confinements d’une durée relativement plus longue que pour la stratégie précédente, mais surtout elle impose de tester grandement la population tout en assurant un traçage systématique des cas contacts.

Les résultats partiels obtenus par la stratégie française

La France a choisi d’appliquer la stratégie d’aplatissement de la courbe. Pourtant, nous constatons que la population vit dans l’incertitude d’un confinement à venir mais qui est retardé grâce à des mesures de plus en plus coercitives et en interdisant à plusieurs secteurs économiques de pouvoir travailler. Il y a peu, le pays a même fermé ses frontières et en même temps les laisse ouvertes aux pays de l’Union européenne, ce qui apparait évidemment être une faille énorme dans ce dispositif.

Économiquement, la facture de 2020 est salée : chute historique du PIB de la France de 8,3 % et accroissement de la dette publique de 294 milliards d’euros entre fin 2019 et le troisième trimestre 2020, soit 116,4 % en point de PIB.

Celle-ci risque d’être bien pire à l’avenir car de nombreuses entreprises sont à l’arrêt et/ou vivent sous perfusion d’aides de l’État et la limitation des faillites en 2020 ne peut être que temporaire. À titre de comparaison, la zone euro affiche une croissance de -6,8 %.

Un autre phénomène dont il faudrait tenir compte, bien que hors covid-19, est le Brexit dont les effets risquent de se faire sentir sur l’économie européenne et donc française, puisque le pays est un contributeur net aux finances européennes.

Sanitairement, nous avons déjà évoqué les morts de la covid en 2020, mais il faut aussi tenir compte des reports de soins, de chirurgies, de l’accroissement inéluctable des maladies mentales, notamment la dépression. Socialement, la pandémie va conduire à une baisse du taux de natalité qui sera sans doute accentuée par l’incertitude économique actuelle et la crise à venir. Le niveau scolaire général, déjà peu reluisant dans les évaluations de l’OCDE, devrait chuter malgré des dispositifs en place pour poursuivre les formations.

L’exécution de la stratégie elle-même semble aussi souffrir sur de nombreux points : perte de confiance de la population vis-à-vis du gouvernement à la suite d’erreurs grotesques de communication et du refus d’avouer la vérité, travail en silo qui semble guidé par l’unique vision médicale de la pandémie et peut-être une incapacité à assumer ses responsabilités.

En effet, alors que des mesures coercitives comme jamais sont actées, l’éthique brille par son absence, le gouvernement argumentant sur la peur et les sentiments pour justifier ses choix. Le recours aux cabinets de consultation privés, comme ce fut le cas pour la stratégie et logistique vaccinales, résonne aussi comme un aveu d’incompétence pour ce qui semble pourtant s’inscrire totalement dans le périmètre des missions de l’État, à moins qu’il ne s’agisse d’un artifice pour se déresponsabiliser ?

Vers une autre stratégie ?

Tout ça pour ça ? À bien y regarder, la population souffre d’une exaspération de plus en plus grande et en dépit des efforts des uns, la situation globale s’aggrave : fermeture de plus en plus élargie des commerces, couvre-feux de plus en plus étendus, mortalité en augmentation, réseau de santé sous pression… Et en même temps, un bourdonnement grandissant pour la désobéissance civile.

Alors que faire ? Si nous actons des mesures actuelles, notamment celle de la fermeture des frontières, ce qui est déjà le cas dans beaucoup de pays, y compris en Polynésie française, nous ne sommes plus très éloignés de la stratégie du zéro Covid sans nous en donner les moyens. Avec un peu de mauvais esprit, nous pourrions croire que le but ultime est de choisir les mesures les plus strictes des deux stratégies sans en retirer aucun bénéfice.

Mais avant d’asséner une telle conclusion, revenons aux constats précédents :

  • Réponse géographique : la Covid-19 se transmettant en tache d’huile, il conviendrait de pouvoir imposer un confinement à un département, une région ou un ensemble géographique dont il conviendra d’établir les limites pour stopper la propagation. Cela permettra d’agir précocement sans nuire à l’ensemble du pays.
  • Vivre avec la Covid-19 sur le long terme : si les vaccins n’apportent pas la solution escomptée, la stratégie actuelle ne peut continuer car il n’y aura jamais d’immunité collective. Accepterions-nous de vivre en récession permanente, loin de nos proches et loin de nos valeurs ?
  • Éviter la banalisation des mesures d’urgence : l’accoutumance risque de provoquer des failles dues à la perte de vigilance notamment en ce qui concerne les gestes barrières. Aussi, le gouvernement aura plutôt tendance à renforcer les mesures coercitives qu’à les alléger, car si les circonstances ayant conduit à l’adoption de ces mesures ne changent pas, il est fort à parier que la conclusion principale désignera ces mesures comme insuffisantes, ce qui est déjà le cas.
  • Fédérer la population : perdre l’espoir serait sans doute ce qui pourrait arriver de pire à une population. Pourtant, enchaîner de mauvaises nouvelles comme des confinements à répétitions, l’inefficacité des vaccins… éloigne peu à peu l’espoir de sortir de la crise. En revanche, retrouver une vie quasi-normale entre deux épisodes pandémiques permet de recharger les batteries morales et physiques et d’avoir confiance dans la stratégie employée. De plus, cet espoir est un facteur de succès pour l’entreprenariat et donc l’économie d’un pays.
  • Maintenir le taux d’incidence le plus bas possible : nous nous souviendrons tous de l’objectif fixé par le président de la République quant aux 5000 contaminations par jour pour lever le confinement lors d’une allocution le 24 novembre 2020. Il s’avère donc que celui-ci n’ayant jamais été atteint, le déconfinement a eu lieu malgré un taux d’incidence élevé qui aujourd’hui impose de sévères mesures. Comme la transmission suit une tendance exponentielle, il est évident qu’à mesures identiques, plus le taux initial est bas, plus longue est la durée avant de devoir imposer de nouvelles contraintes.
  • Assumer des choix pour le bénéfice global : apporter des aides fiscales aux entreprises sans discernement est un gaspillage des ressources financières et un refus symptomatique de positionner stratégiquement la France lors de la reprise économique. Profitons de la crise pour favoriser des secteurs qui seront des champions de la relance française et accompagnons les entreprises en difficulté dans leur faillite. Toutefois cela ne peut être compris et accepté que si l’État n’est pas directement responsable des faillites comme cela pourrait être le cas pour les stations de ski par exemple.
  • Être cohérent dans ses actions : le gouvernement veille à l’application du couvre-feu par le contrôle d’attestations de déplacement mais fait totalement confiance aux personnes devant s’isoler pour qu’elles respectent leur quarantaine.

En conclusion

La stratégie française actuelle de lutte contre la covid n’est pas la plus judicieuse car elle atteint les libertés fondamentales pour des bénéfices discutables. Déjà, tout en gardant la même stratégie, il serait possible d’améliorer les résultats en tenant compte de faits simples : prévoir une réaction géographique, adapter les mesures d’aides fiscales, revoir la durée des mesures les plus coercitives pour faire réellement baisser le taux d’incidence et éviter un rebond trop rapide.

Ensuite, il semblerait toutefois qu’une meilleure stratégie serait celle du zéro Covid. Certains pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, le Vietnam l’emploient avec grand succès. La France, en actant des mesures coercitives sévères et en fermant ses frontières, n’en est d’ailleurs pas si éloignée que cela si ce n’est qu’elle n’en tirera aucun bénéfice si elle n’en applique pas correctement les principes.

Quoi qu’il en soit, un réel débat doit avoir lieu pour poser la réelle question de notre modèle de société. Bien entendu, des experts en santé devront y être associés mais sans être au cœur même du débat qui pourrait être réservé à des philosophes par exemple. La santé ne s’entend que parce qu’il y a la vie. Plus encore, elle doit être holistique, c’est-à-dire ne pas simplement considérer le physique mais aussi le mental, l’avenir de la population…

Toutes les pistes devront être explorées, même celles qui portent à controverse comme savoir s’il faut protéger les seniors au point de les laisser vivre leurs derniers moments seuls, loin de leur famille ou, s’il faut permettre à la jeunesse moins à risque de vivre librement et de construire son avenir.

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