Didier Lemaire, Génération Identitaire, le monde à l’envers

Plenary debate on terrorism and Paris attacks with Marine LE PEN (ENF) by European Parliament on Flickr CC BY-NC-ND 2.0) — European Parliament, cc

Comment se fait-il que ce soit l’extrême droite qui défende la liberté d’expression et que les autres franges du spectre politique préfèrent raser les murs ou s’en laver les mains ?

Par Frédéric Mas.

Le Rassemblement national a protesté contre la dissolution « politique » du groupuscule d’extrême droite « Génération identitaire » (GI). Les deux formations ont en commun de rejeter l’Islam et l’immigration, mais le premier dans le cadre électoral, le second dans celui culturel. Pour le parti de Marine Le Pen, la dissolution de GI est « une dangereuse atteinte aux libertés fondamentales » même s’il précise ne pas partager ses méthodes et toutes ses opinions.

Marine Le Pen a également pris la parole pour évoquer l’abandon par l’État de Didier Lemaire, ce professeur de philosophie de Trappes qui se trouve désormais sous protection policière pour ses propos critiques relatifs à l’islamisation de la ville.

Dans cette affaire, qui a conduit l’enseignant à annoncer sa démission, les pouvoirs publics n’ont pas vraiment soutenu la liberté d’expression : le maire de Trappes a accusé M. Lemaire de jouer « un jeu dangereux au nom de ses convictions politiques », et a fait distribuer des tracts dans son lycée pour dénoncer la stigmatisation des habitants de Trappes. Le fautif, c’est le prof qui ose parler et dire tout haut ce qu’il pense de ce qu’il voit.

Le préfet des Yvelines est intervenu à son tour pour accuser l’enseignant de « mettre de l’huile sur le feu » et de faire le jeu de l’extrême droite.

Assurément, donner à madame Le Pen le monopole de dire la vérité sur l’état de nos banlieues est un cadeau extraordinaire qui lui est fait, alors que l’échéance électorale se rapproche.

Les renoncements des partis démocratiques

Ne nous leurrons pas : l’extrême droite défend la liberté d’expression comme la laïcité ou le droit des femmes quand ça l’arrange, c’est-à-dire quand cela avance son agenda politique qui reste globalement liberticide et autoritaire. Seulement, quand elle le fait, les autres se taisent.

Abandonner tous les principes qui font vivre la démocratie libérale à ses franges les plus radicales est-elle une stratégie intelligente et viable de la part de ses adversaires ? Pire encore, la stratégie étatique qui consiste à masquer la réalité ou à faire taire les voix jugées désagréables laisse à ses extrêmes la position de lanceur d’alerte et les fait prospérer.

La dissolution de GI ne porte pas sur des actes terroristes, mais des paroles jugées offensantes pour le pouvoir. La réaction plus que froide des représentants de l’État face aux propos de Didier Lemaire témoigne de la priorité absolue donnée à l’ordre public sur la liberté de parole. Dans les deux cas, ce sont des opinions qui deviennent un peu trop visibles dans le débat public pour l’État.

Malheureusement, la France n’a pas la même culture que les États-Unis concernant la liberté d’expression. Le jeu politicien français consiste essentiellement à défendre la liberté d’expression quand elle est favorable à son camp, et à la refuser à ses concurrents, là où les Américains la protège pour tous constitutionnellement.

L’attitude fautive du centrisme autoritaire

Pire encore, le centrisme autoritaire du président Macron a tout fait pour encadrer la liberté d’expression en multipliant les lois sur le sujet. Aujourd’hui, il suffit à son adversaire national-populiste de mettre le gouvernement face à ses contradictions pour engranger des points supplémentaires dans l’opinion.

Plus généralement, une fraction des « élites progressistes » panique devant la liberté de ton qu’on trouve sur les réseaux sociaux, ce nouvel espace public. Par un retournement dont l’histoire a le secret, le camp progressiste qui hier défendait la liberté d’expression se retrouve maintenant à vouloir la contrôler au nom de la lutte contre les fake news, le racisme ou la propagande de Donald Trump. Le macronisme ne fait pas exception, bien au contraire.

La liberté d’expression est un bien commun à tous les citoyens : un pays où l’on doit se cacher comme Mila, démissionner comme M. Lemaire et qui interdit des groupuscules de moins de 1000 personnes comme Génération Identitaire ou le CCIF, est un pays malade.

La situation fait signe vers une autre faiblesse fondamentale, la dégradation des fonctions régaliennes de l’État par la généralisation du clientélisme politico-religieux. L’État doit se donner les moyens de faire vivre la liberté des débats, même quand les débatteurs ne nous plaisent pas.

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