Rassemblement national : le dégagisme populiste suffira-t-il face à Macron ?

Marine Le Pen au Liban, pour les Chrétiens du Liban. Visite à Byblos, Mont-Liban. By: Gilbert-Noël Sfeir Mont-Liban - CC BY 2.0

Le Rassemblement National se fera-t-il l’instrument du dégagisme anti-Macron ? Malgré les affaires et un programme rétrograde, la formation d’extrême droite continue de progresser.

Par Frédéric Mas.

Le Rassemblement national organisait ce dimanche une convention à Paris pour lancer officiellement sa campagne pour les municipales 2020. C’est sur le bilan des mairies conquises en 2014 que le parti de Marine Le Pen compte s’appuyer pour parler aux électeurs de droite tentés par son programme illibéral. Longtemps tributaire d’une image de mouvement purement oppositionnel, le RN cherche aujourd’hui à montrer que ses élus sont de bons gestionnaires, et qu’ils peuvent être crédibles en tant qu’édiles dans les conseils locaux.

Traditionnellement, les élections locales ne sont pas le point fort du parti d’extrême droite dont les grands thèmes de campagne se prêtent davantage aux campagnes nationales (immigration, souveraineté, identité, antilibéralisme). La marge de manœuvre des collectivités locales sur ces sujets est limitée, et il est de notoriété publique que le parti peine à recruter des cadres pour alimenter ses sections locales, comme en témoigne le problème persistant des profils douteux de ses militants.

Les échéances nationales sont aussi l’occasion d’associer l’image du RN aux autres expériences populistes et autoritaires en Europe et dans le monde. C’est en effet en associant son image à celles autoritaires de Poutine ou d’Orban que Marine Le Pen peut espérer trouver une crédibilité qu’elle peine à concrétiser en politique intérieure, faute de bilan à présenter.

Profitant de la faiblesse historique de la droite parlementaire, le RN pousse l’union des droites à l’échelle locale, quitte à rompre momentanément avec la stratégie « ni droite, ni gauche » qu’il défend à l’échelle nationale. Le fait que le parti d’extrême droite renonce à présenter une liste à Paris signale toutefois que ces élections ne sont pas sa priorité immédiate, qui reste la présidentielle.

Une dynamique électorale enrayée ?

La dynamique électorale du RN s’est trouvée largement enrayée ces dernières années. Les scandales judiciaires secouent le groupe RN au parlement européen, la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle face à Emmanuel Macron et la difficulté de remotiver une équipe usée par la gouvernance autoritaire de la présidente actuelle expliquent sans doute un démarrage médiatiquement faible. Les thèmes du RN ne varient pas, et proposent d’une année sur l’autre toujours les mêmes sujets mariant socialisme, souverainisme et nationalisme.

Seulement, malgré le faible renouvellement des thèmes de campagne du RN et les scandales à répétition, la situation sociale et politique explosive profite à la formation populisme. Le terrorisme, le mouvement des Gilets jaunes et les grèves contre la réforme des retraites ont non seulement fait grimper le thermomètre de l’anxiété sociale, mais aussi concentré les critiques à l’endroit de la présidence d’Emmanuel Macron.

Celui qui fut lors de son accession à l’Élysée l’incarnation du nouveau monde et de la réforme est devenu aux yeux de la France en colère l’incarnation de l’arrivisme et de la justice de classe. Et c’est le Rassemblement national qui profite de cette aversion nouvelle.

En effet, ni la droite parlementaire, ni la gauche ne trouvent de positionnements politiques suffisamment crédibles aux yeux de l’opinion pour faire pièce au macronisme. Le « dégagisme » qui s’est exprimé au moment de l’élection d’Emmanuel Macron, renvoyant les formations de droite et de gauche gouvernementales aux oubliettes de l’Histoire, continue de faire des victimes. Cette fois-ci, c’est la formation macroniste qui pourrait en être la cible à la prochaine présidentielle.

 

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