Capitole : et si Macron appliquait at home les leçons de liberté qu’il donne abroad ?

Capture d'écran Chaine YouTube Emmanuel Macron

Emmanuel Macron nous refait le coup du grand Président de la République totalement commis à la défense de la liberté qu’il place volontiers « au-dessus de tout » dans ses discours.

Par Nathalie MP Meyer.

Ça y est, ça le reprend ! Comme lors de son hommage à Samuel Paty, cet enseignant décapité pour avoir utilisé des caricatures du prophète Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression, Emmanuel Macron nous refait le coup du grand Président de la République totalement commis à la promotion de l’esprit des Lumières et à la défense de la liberté qu’il place volontiers « au-dessus de tout » dans ses discours :

« C’est notre choix, depuis plusieurs siècles, de mettre la dignité humaine, la paix, le respect de l’autre, la reconnaissance de la liberté au-dessus de tout, qui est aujourd’hui menacé dans nos démocraties. »

Il me faut dire d’abord que l’évènement qui a précipité ce pieux déploiement de passion libérale chez notre Président justifiait amplement que l’on remît vigoureusement l’église au centre du village et les principes démocratiques au centre de la vie électorale américaine.

Mercredi 6 janvier dernier, des centaines de supporters du Président américain sortant Donald Trump, bien chauffés par leur patron qui les a bercés d’illusions pendant des semaines et des semaines sur la « massive fraud » et la « stolen election » dont lui, candidat, et eux, électeurs, étaient victimes, ont pris d’assaut le Capitole américain avec armes et violences alors que les députés et sénateurs y procédaient à la certification des résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre 2020 comme prévu par processus électoral américain.

Certification qui a d’ailleurs abouti sans surprise dès que la session a pu reprendre à la victoire du démocrate Joe Biden par 306 grands électeurs contre 232.

Oui, bien chauffés par leur patron, car Trump a clairement appelé ses partisans venus manifester en masse à Washington pour dénoncer le résultat des élections « à marcher sur le Capitole » pour acclamer les bons parlementaires qui refuseraient de valider les résultats et conspuer les traîtres (sic) qui les valideraient, à commencer par son propre vice-président, cette poule mouillée (sic) de Mike Pence qui avait eu le temps de dire avant les échauffourées qu’il n’était pas habilité à s’opposer à la Constitution.

Et, oui, bercés d’illusions, car autant il était parfaitement légitime, et prévu par les codes électoraux des États, que des recomptes soient faits et que des plaintes en irrégularités du scrutin soient déposées si besoin, autant les équipes de Trump ont été incapables de produire la moindre preuve substantielle en ce sens, ainsi que l’ont confirmé moult tribunaux, Cour suprême des États-Unis comprise. Et l’on se rappellera que cette dernière est composée de 9 juges, dont 6 républicains, dont 3 nommés par Trump lui-même.

Mais ceci étant dit – et partagé par un nombre croissant de personnalités du Parti républicain qui attribuent directement les violences du Capitole à la rhetoric de Trump – on aimerait beaucoup qu’Emmanuel Macron s’applique ses belles maximes à lui-même avant de se précipiter à parader complaisamment sur la scène internationale comme s’il était le champion indépassable du respect de la démocratie et de la Constitution.

Les partisans les plus extrémistes de Donald Trump ont certes montré leur mépris total pour les institutions américaines, mais qui, chez nous, se fiche suffisamment du rôle de l’Assemblée nationale pour exiger qu’un vote dont le résultat lui déplaît soit refait plus à sa convenance le lendemain ?

C’est Olivier Véran, le propre ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, qui a ainsi obtenu que l’état d’urgence sanitaire soit prolongé jusqu’au 16 février 2021 au lieu du 14 décembre 2020 comme initialement voté par les députés.

Qui s’organise systématiquement pour contourner et affaiblir le pouvoir législatif sous le faux motif de donner la parole au peuple en créant des collectifs de citoyens sur ceci ou cela sans aucune transparence, sans aucune garantie de représentativité et sans aucune validation par le corps électoral ?

C’est Emmanuel Macron lui-même, avide qu’il est de compenser sa faible popularité par l’apparence du soutien du peuple. D’où la création compulsive de petits groupes tirés au sort et étroitement cornaqués ensuite par des Comités de gouvernance pas du tout formés au hasard pour faire accoucher les premiers de la réponse voulue, comme on ne l’a que trop bien vu avec la Convention citoyenne pour le Climat.

En parlant du climat, justement, qui prend la Constitution pour un vulgaire tract électoral au point de vouloir inscrire la protection du climat et de la planète dans son article premier, en dépit du fait qu’il existe déjà une charte de l’environnement dans le bloc de constitutionnalité ?

Emmanuel Macron, encore lui, alors qu’une Constitution digne de ce nom ne devrait se préoccuper que de limiter les pouvoirs des gouvernants et définir les rapports entre les gouvernants et les gouvernés afin de garantir à chaque citoyen que ses droits naturels seront protégés.

Qui s’évertue depuis son accès au pouvoir à inscrire les états d’urgence et les situations d’exception dans le droit commun ? Qui tente en catimini de faire de même avec l’état d’urgence sanitaire ? Qui rêve de faire advenir une sorte de service public de l’information ? Qui entend contrôler la liberté d’expression sous le gentil prétexte de faire reculer la haine ? Qui prétend limiter la liberté d’informer sous le non moins gentil prétexte de protéger nos forces de l’ordre ? Qui a obtenu récemment l’élargissement des possibilités de fichage des activités politiques, des appartenances syndicales et des données de santé au nom de la sécurité intérieure ?

La liste de tous ces coups de canif portés aux libertés des citoyens n’en finit plus. Certains, il faut le noter, ont été contrés par le Conseil constitutionnel, mais on les voit revenir par une autre fenêtre, par une porte dérobée, comme la loi Avia contre la haine en ligne qui pourrait bien réapparaître dans le projet de loi « confortant les principes républicains » plus connu sous le nom de loi contre  les « séparatismes ».

Dans ce contexte au fond plus saturnien que jupitérien, c’est-à-dire plus sombre que jovial pour nos libertés, difficile de prendre la vidéo d’Emmanuel Macron face à l’attaque du Capitole pour autre chose qu’un plan com’ hâtivement élaboré au cœur de la nuit par un homme politique uniquement préoccupé de recouvrir ses actions véritables du voile hypocrite du dirigeant non seulement parfait et parfaitement démocrate, mais plus parfait et plus parfaitement démocrate que tous les autres.

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