Hommage à Walter Williams, l’économiste libertarien

Walter E. Williams speaks at Texas Tech in 2013 by Free Market Institute at Texas Tech University CC BY 3.0 — Free Market Institute , CC-BY

Voici quelques-unes des thèses de Walter Williams, sur les effets négatifs du salaire minimum ou des octrois de patentes, et la notion de discrimination de manière générale.

Par Marius-Joseph Marchetti.

Il y a plusieurs jours, décédait l’économiste de la George Mason University, Walter Williams. J’ai vu défiler un certain nombre de tribunes en l’honneur de ce qui semble être un grand économiste ayant marqué les générations d’étudiants qui l’ont eu comme enseignant.

Je ne peux malheureusement témoigner de la même affection ou de la même connaissance de cet homme, ami d’un autre grand économiste, Thomas Sowell. Je me permettrai donc de simplement résumer certaines des thèses de cet économiste, et notamment celles dont il nous fait part dans son livre Race and Economics dans lequel il revient sur les effets négatifs du salaire minimum, ou des octrois de patentes, comme les professions réglementées et les licences de taxi, et sur la notion de discrimination de manière générale.

Les réglementations et l’effet Cadillac

La théorie de l’utilité marginale permet d’expliquer l’effet de la réglementation sur les populations défavorisées. Par exemple, les octrois de licence sont moins motivés par des objectifs de santé publique et de sécurité que par la distribution de privilèges et de rente à des groupes d’intérêt voulant limiter l’accès à leur profession.

C’est le fameux effet Cadillac : au final, seuls les ménages aisés pourront s’offrir les biens et services réglementés d’une qualité élevée, laissant les populations défavorisées se contenter de charlatans ou se débrouiller seules.

Deux exemples reviennent souvent dans ces écrits : celui des électriciens et celui des tests pour accéder à ce que nous désignons en France sous le vocable de professions réglementées.

Dans le premier cas, Walter Williams soulève le fait qu’il y a davantage d’électrocutions depuis que les électriciens doivent passer des tests plus élaborés pour exercer leur profession. L’offre d’électriciens étant limitée artificiellement, les prix des services ont explosé, un certain nombre de ménages ne peuvent pas financer les services de ces professionnels et font eux-mêmes les travaux nécessaires, entraînant donc une augmentation du nombre d’accidents domestiques, d’électrocutions. Un magnifique effet Cobra.

Comme le soulève Walter Williams, est-il plus dangereux d’être dépanné par un électricien n’ayant pas obtenu les points requis à un test d’écriture, ou faire soi-même des travaux de câblage (1) ?

Dans le second, Williams fait remarquer que la difficulté des tests augmente avec le nombre de personnes souhaitant les passer. Cela n’a rien d’étonnant, si l’on considère ces tests comme une manière de réduire artificiellement le nombre de nouveaux entrants sur le marché. De plus, une telle politique aura nécessairement un impact plus délétère encore sur les populations n’ayant pas accès à une éducation de qualité, comme les populations noires (2).

Le cas des taxis est également significatif. Il diffère car le droit d’exercer est en lui-même une marchandise qui peut s’obtenir à un certain prix, lequel a eu tendance à augmenter de manière considérable au fil du temps et à mesure que la demande augmentait, et jusqu’à atteindre des sommets.

Lorsque le gouvernement municipal de New-York instaura le système des medallions (équivalent des licences) en 1937, celui-ci coûtait 10 dollars (relevons le fait que le gouvernement a vendu ce droit aux 13 566 chauffeurs de taxi qui exerçaient déjà). En mai 2010, un medallion individuel coûtait 603 000 dollars et un medallion de compagnie 781 000 dollars.

Le système des médaillons a des effets néfastes, et davantage encore lorsque la demande de course est plus importante. Lorsque cela se produit, son prix augmente pour une moindre qualité, conséquence naturelle d’un marché monopolisé (comprendre le monopole comme octroi de privilège, dans la tradition de la Common Law suivi par Murray Rothbard).

Et comme toute politique a ses conséquences inattendues, l’édification d’un marché monopolisé en a aussi. À New-York, cela s’est naturellement traduit par des services de déplacement illégaux, les taxis gitans (gypsy cabs), le niveau de services n’étant pas à même de répondre à la demande, comme dans les quartiers de Harlem, Brownsville, ou le sud du Bronx.

Le nombre de ces taxis clandestins est estimé à 30 000. Ces zones étaient peu desservies à cause de leur important niveau de criminalité, qui incitait peu les taxis à prendre de tels risques. La plupart des chauffeurs de taxi qui s’y aventurent réclament le plus souvent d’être réglés en début de course.

Comme l’écrit Richard Marosi : « Conduire un taxi tsigane est l’un des métiers les plus dangereux de New York. Depuis 1990, 180 chauffeurs – soit une moyenne de plus de deux par mois – ont été tués en service, selon la New York City Taxi and Limousine Commission ».

Un trs grand nombre de ces taxis clandestins étaient conduits par des Afro-américains ou des Portoricains, preuve s’il en est qu’une partie de la population pourrait gagner honnêtement sa vie sans mesures coercitives, ce qu’elle fait en faisant fi des lois monopolisantes.

Walter Williams et le salaire minimum :  juger sur les effets plutôt que sur les intentions

Le salaire minimum est un sujet épineux du point de vue populaire et en même temps l’un des sujets sur lequel les économistes ont en général le moins de divergences.

Dans Race and Economics, Williams nous donne un autre point de vue et argument contre celui-ci. Il montre notamment que les syndicats ont d’abord voté les lois sur le salaire minimum pour empêcher les travailleurs noirs de concurrencer les travailleurs blancs.

Ne jugez pas une politique sur ses intentions, mais sur ses effets. Le salaire minimum a en effet empêché ceux-ci de faire jouer les prix pour pallier les effets non-monétaires, comme la préférence raciale, ce que Walter Williams nomme les monetary compensations.

Dans une situation où les employeurs sont contraints de choisir sur des seuls critères non-monétaires, les choix d’embauche motivés par des critères raciaux sont favorisés, avec comme conséquences un chômage, déjà plus élevé de manière générale, et plus encore pour les populations noires.

« La loi sur le salaire minimum a imposé un préjudice incalculable aux membres les plus défavorisés de notre société. L’absence de possibilités de travail pour de nombreux jeunes ne signifie pas seulement l’absence d’argent de poche. Les premières possibilités de travail offrent bien plus que cela : des indications importantes sur la manière de trouver un emploi et d’adopter une attitude appropriée à l’égard de ces deux éléments, la ponctualité et le respect de la supervision sur le lieu de travail. Les leçons de ce type apprises sur n’importe quel emploi contribuent à faire d’un jeune un travailleur plus précieux et plus performant à l’avenir. En outre, les premières expériences professionnelles donnent aux jeunes la fierté et l’estime de soi que procure la semi-indépendance financière. Cela est encore plus important pour les jeunes Noirs, dont un nombre disproportionné grandit dans des foyers dirigés par des femmes et fréquente les pires écoles du pays. S’ils doivent apprendre des leçons liées à l’emploi, beaucoup d’entre eux le feront par le biais d’un emploi . »  Walter Williams, Race and Economics: How Much Can Be Blamed on Discrimination ? – page 56

Le marché permet à chacun de faire valoir ses préférences

Le professeur Williams prend le soin de faire la différence entre le mécanisme politique et le mécanisme de marché.

Dans le premier cas, les minorités ne peuvent voir leur préférence satisfaite, à moins de gagner une majorité ; et si c’est le cas, elles n’ont droit qu’à un seul vote et ne peuvent pas faire sentir le poids de cette préférence.

Qui plus est, plus les décisions politiques sont prises à un niveau éloigné de la base, plus leur poids est dilué. L’arène politique est donc très loin de garantir que vos préférences seront respectées, d’autant plus lorsque les décisions se prennent à un niveau national.

Le professeur Williams illustre ensuite le second mécanisme à l’aide d’un contraste saisissant : quiconque se promène dans une localité avec une forte proportion de population afro-américaine y verra des personnes portant de beaux vêtements, conduisant de belles voitures, et même quelques belles maisons. Mais aucune école décente. Pourquoi ?

La réponse est fournie simplement par la manière dont les vêtements, les voitures, les logements et les écoles sont alloués. Les premiers le sont via le mécanisme de marché, les secondes via le processus politique, en grande partie du moins.

Si un client n’est pas satisfait du bien ou du service qu’il achète, il peut simplement bannir le producteur auprès duquel il s’est fourni en allant en voir un autre. Si un acheteur (contribuable) n’est pas satisfait de l’école où ses enfants sont scolarisés, il n’a pas cette option, surtout s’il réside dans une localité défavorisée. Sa seule option est de s’installer dans une localité disposant de meilleures écoles.

Williams fait d’ailleurs remarquer que les quelques écoles de bonne qualité dans les localités afro-américaines à faible ou moyen revenu sont des institutions privées, comme Ivy Leaf à Philadelphie, Marcus Garvey à Los Angeles et Marva Collins Prep à Chicago (3).

D’autres sujets importants sont abordés par Williams, comme la discrimination et ce qu’elle implique ; ou la situation des structures familiales des populations noires sous l’esclavage et dans un État-providence. Cela mérite cependant un traitement annexe.

N’oubliez pas ceci : la prochaine fois que quelqu’un vous demande ce que feraient les pauvres et les défavorisés sans l’aide de l’État et des syndicats, faites-lui lire Race and Economics et répondez-lui qu’il amélioreraient leur sort.

Notes :

(1). « L’entrée (sur le marché) restreinte par le biais de l’octroi de licences place les personnes défavorisées face à un handicap grave sans nécessairement améliorer la qualité des services reçus par le consommateur, le bénéficiaire ostensible de la réglementation. En fait, une étude a montré qu’il existe une relation significative entre l’octroi d’une licence professionnelle et le nombre de décès accidentels par électrocution : plus l’examen d’État pour l’obtention d’une licence d’électricien est rigoureux, moins il y a d’électriciens et plus les services d’un électricien sont chers ; par conséquent, plus les amateurs sont disposés à entreprendre des travaux de câblage électrique et à risquer l’électrocution au cours du processus. Les licences professionnelles produisent également ce que les auteurs Sidney Carroll et Robert Gaston appellent « l’effet Cadillac ». En insistant sur des conditions d’entrée strictes, la délivrance de licences permet d’offrir des services de haute qualité aux personnes à revenus élevés. Mais les personnes à faibles revenus, qui ne peuvent pas se permettre de payer les prix plus élevés, sont obligées de se passer de ce service, de faire le travail elles-mêmes ou de s’en remettre à des charlatans peu coûteux et sans licence. » Williams, Walter E. Race & Economics: How Much Can Be Blamed on Discrimination ? – page 79 – Hoover Institution Press Publication.

(2).  « Il est prouvé que la licence professionnelle est utilisée d’autres manières qui handicapent les minorités, par exemple lorsque les praticiens en place tentent de protéger leurs revenus face à un marché atone pour leurs services. Le professeur Alex Maurizi a étudié les relations entre un tel marché des professions réglementées et le taux de réussite aux examens, et il a constaté que la demande excédentaire expliquait une partie substantielle et statistiquement significative du taux de réussite. Lorsque le taux de chômage était élevé dans le secteur des professions réglementées, le niveau de difficulté de l’examen augmentait afin de réduire le nombre de nouveaux arrivants. Il est évident qu’une telle technique visant à protéger les revenus des titulaires aura son impact discriminatoire le plus important sur les groupes de la population qui ont eu une éducation de moindre qualité. Les minorités sont représentées de manière disproportionnée dans une telle population. » Walter Williams, ibid.

(3). Walter Williams, ibid, page 3.

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