Covid-19 et destructions : comment s’en sortir ?

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Si nous n’avons pas eu la guerre au sens propre, force est de constater que nous en subissons pratiquement toutes les dramatiques conséquences, lesquelles se résument en un mot pluriel : destructions.

Par Nathalie MP Meyer.

On s’est beaucoup moqué d’Emmanuel Macron lorsque, le lundi 16 mars 2020, veille du premier confinement, il a en quelque sorte pris acte officiellement de la gravité de la pandémie de Covid-19 en déclarant (vidéo, 38″) :

« Nous sommes en guerre. En guerre sanitaire, certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation. Mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse, et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie. »

Que de termes martiaux ! Notre Président se prenait-il soudain pour Winston Churchill ? Après ses déboires de 2018 avec les Gilets jaunes puis ceux de 2019 avec la multiplicité des grèves contre la réforme des retraites, voyait-il dans le Coronavirus de 2020 l’occasion de reprendre la main sur « son peuple » (oui, il parlait comme cela quand il est arrivé au pouvoir) ?

À l’époque, il n’y a même pas un an, ce discours présidentiel semblait plus marqué au sceau des hyperboles politico-lyriques auxquelles Emmanuel Macron nous avait habitués dès sa campagne électorale qu’à celui de la stricte réalité du moment.

Mais rétrospectivement, si nous n’avons pas eu la guerre au sens propre, force est de constater que nous en subissons pratiquement toutes les dramatiques conséquences, lesquelles se résument en un mot pluriel : destructions. D’où ma question finale : comment reconstruire au plus vite et au mieux ? Et ma réponse : grâce aux vaccins.

Mais reprenons au mot guerre

Ce parallèle entre guerre et Covid-19 m’est revenu à l’esprit ces jours-ci, à la lecture d’un article récent de l’hebdomadaire britannique The Economist. Compte tenu de la place prépondérante que la pandémie a prise dans nos vies, et donc dans les médias, les journalistes se sont « amusés » à faire un tri de tous les articles du magazine depuis sa création en 1843 par mots-clefs dominants. Ils ont ensuite procédé de même avec le New York Times qui existe depuis 1851.

Il en résulte que la couverture presse du Coronavirus n’a pas d’équivalent depuis 170 ans hormis les deux guerres mondiales du XXème siècle. La part des articles de The Economist comportant le mot « guerre » atteignait 53 % en 1915 et 54 % en 1941. Pour le New York Times, les pourcentages étaient de 39 % en 1918 et 37 % en 1942.

Et en 2020, la part des articles comportant les mots « coronavirus » ou « covid-19 » se monte à 47 % pour le magazine britannique et à 46 % pour le quotidien américain :

On pourrait arguer que les médias tendent toujours à créer un effet loupe sur certains événements, surtout s’ils sont négatifs, mais je dois dire qu’à mon petit niveau de blog, j’ai eu toutes les peines du monde à trouver des sujets qui ne soient pas connectés d’une façon ou d’une autre avec la pandémie. Exactement comme dans une guerre mondiale qui absorbe tout, il n’existe plus qu’un seul sujet qui compte, un seul sujet qui mobilise, un seul sujet qui intéresse : la lutte contre le virus.

Il y a bien Audrey Pulvar qui parle de la gratuité des transports en commun en Île-de-France, mais cela fait partie de ces discours écolo-friendly très en vogue sur le « monde d’après » qui ont tendance à chercher systématiquement leurs clefs sous le lampadaire. Les causes de la pandémie ? Mais le changement climatique, la pollution et l’extinction de la biodiversité, bien sûr ! Nous revoilà donc au Coronavirus.

Et finalement, exactement comme dans une guerre, on constate jour après jour l’étendue du champ de ruines et de chagrins qu’elle laisse impitoyablement derrière elle. Si ce n’est que dans la plupart des cas, les destructions ont été ordonnées par nos dirigeants pour nous protéger, trop souvent jusqu’à l’absurde. Sur le long terme, c’est extrêmement discutable.

On a, bien sûr, les morts directs dus à l’ennemi, plus de 60 000 à ce jour en France. Ce chiffre aurait-il été supérieur ou inférieur si l’on avait confiné moins drastiquement ? On ne le saura jamais. Une seule chose est sûre : un virus a traversé le monde en cette année 2020 et il a provoqué un réel excès de mortalité. Selon le suivi des décès quotidiens de l’INSEE, voici où en était la France au 7 décembre 2020 :

Mais ce n’est pas tout. Et c’est là qu’un pilotage plus fin aurait sans doute été préférable à la sévérité kafkaïenne des restrictions que nous connaissons en France.

Les « gueules cassées », les destructions à tous niveaux

Car il y a aussi ce qu’on pourrait appeler les « gueules cassées », par exemple ces malades souffrant de pathologies parfois très graves dont le traitement a été ajourné pour le meilleur et plutôt pour le pire en raison de l’engorgement inexplicable du système de santé très solidaire que le monde entier nous envie de moins en moins. Ou encore ces personnes complètement déstabilisées psychologiquement de s’être retrouvées du jour au lendemain confinées seules chez elles, sans travail, sans contacts et sans perspective.

Il y a ensuite la destruction méthodique de l’État de droit et des libertés individuelles. Parler du Covid-19 en termes de guerre n’est pas anodin, car la guerre a ceci de bien pratique qu’elle autorise tous les états d’urgence, tous les couvre-feux, tous les contrôles des déplacements, tous les rationnements et toutes les mesures d’exception.

C’est du reste l’une des raisons pour lesquelles l’action politique se décline de plus en plus souvent sous forme d’une guerre impitoyable contre toutes sortes de maux épouvantables. Et c’est précisément ce que l’état d’urgence sanitaire sous lequel nous vivons actuellement (jusqu’au 16 février au moins) permet de réaliser.

Puis vient la destruction de pans entiers de nos économies par mise à l’arrêt complet des activités dites non essentielles. Mais que vaut le confort matériel face au danger non négligeable de voir le nombre de morts être encore plus élevé qu’il ne l’est déjà ? Objection fréquente et légitime. La vie est extrêmement précieuse, j’en suis absolument d’accord.

Mais attention à ne pas oublier qu’une économie alerte contribue aussi à la vie. Que dira-t-on à ceux qui ne se relèveront jamais d’avoir dû subir le sabordement complet de l’entreprise qui les faisait vivre, eux, leur famille, leurs fournisseurs et leurs salariés ? Quant aux aides d’aujourd’hui qui sont déversées par milliards de dette nouvelle sur les secteurs sinistrés, si elle constituent un soulagement immédiat, elles alourdiront immanquablement les tracas de demain.

Comme dans toutes les guerres, on a aussi assisté à des luttes intestines chez les politiciens et les experts. Des batailles d’ego ou d’influence, le plus souvent, qui n’ont rien apporté de très palpable en matière de traitement de la maladie.

La bonne nouvelle : les vaccins

Mais la bonne nouvelle, c’est que comme dans toutes les grandes guerres, on a vu aussi la recherche médicale, du moins celle qui se pratique loin des matinales radio et des plateaux télé, avancer à pas de géants pour mettre au point des vaccins anti-Covid. Mieux, ces derniers resteraient tout aussi efficaces contre le virus mutant extrêmement contagieux qui a été détecté récemment en Afrique du Sud et au Royaume-Uni. Et si le virus devait muter dans des formes de plus en plus éloignées de sa structure d’origine, il serait toujours possible d’adapter les vaccins comme on le fait chaque année pour la grippe.

Pour ma part, je suis disposée à me faire vacciner dès que mon tour viendra et j’encourage vivement les membres de mon entourage à faire de même. Il est certain que la nouveauté de la technologie de l’ARN messager utilisée et le faible recul sur le procédé soulève son lot d’interrogations. Mais à un moment, il me semble qu’il faut faire un calcul bénéfice-risque. En ce qui me concerne, après ce que j’ai lu sur le sujet et après être déjà passée par un traitement comportant un risque non négligeable, je valorise grandement le bénéfice du vaccin.

Mais surtout, au-delà du gain sanitaire, j’y vois aussi la seule méthode permettant de mettre fin le plus vite possible à la destruction en cours de nos économies, de nos vies sociales et familiales et de nos libertés. Déjà les frontières se referment en raison du virus mutant détecté au Royaume-Uni. Sachant que plus les restrictions durent longtemps, plus certaines d’entre elles risquent de s’installer dans la durée – le port du masque obligatoire dans les transports en commun, par exemple – il me semble qu’il faut saisir cette chance de reconstruction.

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