Vers un nouvel état d’urgence… pour le climat ?

Photo by Guillaume de Germain on Unsplash — Guillaume de Germain,

L’état d’urgence sanitaire vient d’ouvrir la voie à de nouvelles demandes de restrictions, par exemple avec un état d’urgence climatique.

Par Laurent Sailly.

À l’occasion du cinquième anniversaire de l’Accord de Paris de 2015, plus de 70 dirigeants mondiaux se sont retrouvés pour un sommet sur le climat, lors d’une conférence virtuelle le samedi 12 décembre.

La Terre n’a jamais été un paradis climatique sans cyclone ou sans sécheresse. Réalité éternelle : la nature est parfois violente. Il n’y a pas de « règlement climatique », le climat change, tout comme il a toujours changé.

Catastrophisme de l’ONU

Le chef de l’ONU, Antonio Guterres, a qualifié la situation de « dramatique » et a exhorté les pays à prendre des mesures drastiques. Les dirigeants mondiaux devraient déclarer une « urgence climatique » dans leurs pays pour encourager l’action visant à éviter un réchauffement catastrophique de la planète, a poursuivi le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres dans son discours d’ouverture. Ce dernier estime que les engagements actuels à travers le monde sont « loin d’être suffisants » pour limiter la hausse des températures.

Le mercredi 2 décembre la Nouvelle-Zélande a présenté un état d’« urgence climatique » devant le Parlement, soulignant la nécessité d’une action rapide en ce domaine dans l’intérêt des générations futures.

Le Parlement britannique était devenu, le 1er mai 2019, le premier dans le monde à déclarer l’« urgence écologique et climatique », suivi par l’Irlande. Selon The Climate Mobilisation, un lobby américain faisant la promotion de ces déclarations, une dizaine de parlements ont fait de même, tout comme 1800 collectivités locales dans le monde.

Le vendredi 11 décembre, les 27 pays de l’UE se sont entendus pour réduire leurs émissions d’« au moins 55 % » d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990, contre -40 % précédemment, afin d’atteindre en 2050 la neutralité carbone.

Consensus international ? Douteux… L’organe principal du « consensus » climatique est le GIEC. Il n’a rien d’une société savante au sens courant : il s’agit d’une organisation intergouvernementale (le I de GIEC), fondée par les Nations unies, financée et contrôlée par les pays membres.

Le GIEC fait appel à des spécialistes, mais regorge également de personnalités sans lien avec la climatologie (son président a pu être un économiste ou encore un ingénieur ferroviaire), ainsi que de militants d’ONG. Sa mission officielle consiste à s’intéresser « aux risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine », ce qui présuppose l’existence de celui-ci. L’unique raison d’être du GIEC étant précisément la « crise climatique », sa neutralité ne peut pas être garantie.

Cette posture de catastrophisme présente trois inconvénients. D’abord, elle sous-entend que la partie est d’ores et déjà perdue. Le second inconvénient est dans le sentiment d’urgence extrême qui en découle et qui conduit à ne pas prendre le temps d’analyser rigoureusement les contraintes économiques, sociales, scientifiques et techniques. Enfin, l’unique perspective qui nous est proposée, c’est la décroissance.

Au fond, nous disparaîtrons soit à cause de la croissance, soit à cause de la décroissance. On le voit bien, ces théories ne conduisent à rien, si ce n’est à l’affaiblissement des volontés.

L’urgence climatique en Absurdistan

Ce que beaucoup d’entre nous dénoncent dans la gestion de la crise sanitaire (incohérences, absurdités bureaucratiques, irréalisme) le déplorent dans l’approche environnementale de la production d’énergie. Effectivement, comment donner du crédit à un gouvernement qui a décidé la fermeture de Fessenheim ?

Sous la pression des écologistes radicaux, symbolisée par la Convention Citoyenne pour le Climat, et des calculs politiques à la petite semaine, le président de la République fonce tête baissée vers un projet de référendum écologique inutile et dangereux. Les membres tirés au sort de cette convention ont souhaité que soit ajouté à son article 1er que « la République garantit la préservation de la biodiversité et de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique ».

Sa formulation a de quoi laisser perplexe. Selon la lecture qui en sera faite (notamment par le Conseil constitutionnel), cette formulation est soit inutile, car n’ajoutant rien à la Charte de l’environnement, soit trop contraignante, en raison de l’emploi d’un terme juridiquement très fort (« garantit »).

Toujours est-il que cette urgence climatique ne répond ni à l’urgence économique, ni à l’urgence sociale, ni à l’urgence politique : diminuer les dépenses publiques pour baisser vraiment les impôts ? Réorganiser les missions publiques ? Décentraliser les missions non régaliennes de l’État ? Supprimer des échelons administratifs ? Réduire les coûts de la Sécu ? Donner plus de liberté à nos indépendants ? Baisser vraiment les charges de nos entreprises ?

L’urgence ? C’est transformer vraiment le modèle français à l’aune de ce qu’ont fait nos partenaires européens du nord de l’Europe, pourtant connus pour leurs États providences. Le fil rouge doit être de faire travailler la sphère publique au service de la création de richesse dans nos entreprises, des plus petites aux plus grosses. Et non plus l’inverse.

État d’urgence, acte III

Lorsque dans une démocratie, les régimes d’exception deviennent la règle, alors il ne s’agit plus d’une démocratie mais d’une dictature !

Dans un précédent article, je défendais l’idée selon laquelle « la sécurité est la première des libertés » (Saint-Just). Après les attentats de 2015, la France s’est retrouvée sous le régime (justifié) de l’état d’urgence.

Puis vint la crise sanitaire de 2020. Emmanuel Macron, que beaucoup de ses alliés pensaient libéral, a montré son véritable visage en montrant combien il avait peu à faire des libertés (loi Avia, loi sur la liberté de la presse), de la Constitution (mépris du Parlement, Conseil scientifique, Conseil de défense), des électeurs (report ou non des élections en fonction de calculs hasardeux – municipales maintenues ; report des régionales ?), et généralement de la France et des Français, incapables selon lui de comprendre la pensée de Jupiter, l’intouchable (à part par la Covid-19).

Un troisième état d’urgence, climatique, serait logiquement permanent (en tout cas jusqu’à ce que son hypothétique objectif soit atteint). Après 20 ans ou plus d’état d’urgence climatique sur lequel régulièrement seront empilés des états d’urgence sanitaires ou pour la lutte contre le terrorisme (voire des états d’urgence sociaux, économiques etc.) : que restera-t-il des libertés publiques ?

Il convient de revenir sur les fondements d’une démocratie dans laquelle seul l’état d’urgence pour les libertés est permanent car consubstantiel à celle-ci.

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