EDF : les Français encouragent la concurrence

Electricity By: Bert Kaufmann - CC BY 2.0

En 2019 la France comptait 34 fournisseurs d’électricité pour les particuliers et 46 pour les professionnels. Ce nombre augmente chaque année (sept de plus en 2019). Et qui dit plus de fournisseurs signifie baisse des prix.

Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

Jean-François Carenco, président de la CRE, constate qu’EDF « perd des clients aux tarifs réglementés à toute vitesse ». Ils ont été 100 à 150 000 par mois à lâcher la compagnie d’État durant l’année 2019. EDF détenait 74 % du marché des particuliers fin 2019, ce qui est encore énorme, mais ce chiffre s’élevait à 82 % en 2017.

Selon l’analyse de la Commission de régulation de l’énergie il restait à Électricité de France 27,2 millions de clients fin 2019. Dans le même temps, les autres fournisseurs ont vu leur part de marché progresser de 18 % en 2017 à 26 % en 2019. Et cette hausse se vérifie dans le résidentiel où le nombre d’offres a explosé ces deux dernières années.

Les changements de contrat s’effectuent souvent à l’occasion d’un déménagement. Il est plus rare qu’un particulier change d’opérateur lorsqu’il est bien installé chez lui. Mais il y a fort à parier que les nouveaux fournisseurs attireront de plus en plus ce segment de la population, le service client d’EDF en lassant plus d’un.

Cette année marquée par la Covid-19 n’a pas ralenti l’hémorragie. Le nombre de clients a poursuivi sa chute : 87 000 en moins lors du premier confinement – ce qui, somme toute, était assez contenu. Mais en deuxième partie de l’année, ce chiffre est passé à plus de 100 000 par mois…

Si les choses se poursuivent ainsi, EDF pourrait perdre entre 12 et 18 millions de clients dans les dix prochaines années (12*100 000*10 / 12*150 000*10) et donc, de fait, ne serait plus leader sur le marché.

EDF a 47 concurrents, dont deux se détachent nettement, Engie et Total Direct Énergie. Engie comptabilise 4,8 millions de clients (une augmentation de 19 % en deux ans) mais se fait rattraper par les prix et services attractifs de Total Direct Énergie. Ce troisième fournisseur (le premier totalement privé) a 3,3 millions de clients, ils se sont accrus de 51 % en deux ans, soit à un rythme beaucoup plus élevé que son principal rival Engie, soutenu en partie par l’argent public.

La concurrence bénéficie aux clients

La concurrence permet à chacun de bénéficier du meilleur service adapté à ses besoins, ainsi qu’à un meilleur prix. Et c’est ce qui se réalise ici sur le marché de l’électricité.

En 2019 la France comptait 34 fournisseurs d’électricité pour les particuliers et 46 pour les professionnels. Ce nombre augmente chaque année (sept de plus en 2019). Et qui dit plus de fournisseurs signifie baisse des prix.

Pour le CRE, « Le nombre d’offres de marché continue à croître, en électricité comme en gaz naturel, la majorité d’entre elles permettant aux consommateurs de réduire leurs factures par rapport aux tarifs régulés ».

Comparons les prix TTC du kWh de quelques fournisseurs d’électricité au premier novembre 2020. (En rouge le prix le plus élevé, en vert le pus bas).

Tableau comparatif des tarifs des fournisseurs en option Base (tarif unique à toute heure) pour les particuliers au 1er novembre 2020

Source https://fr.irefeurope.org/

On remarque que deux nouveaux venus, Mint énergie et Wekiwi, proposent des prix très attractifs : la concurrence permet bien une baisse

Deux des principaux concurrents d’EDF, ENI et Engie, attirent des clients malgré des tarifs plus élevés. Ce qui montre le rôle important des services associés, et ils sont probablement plus satisfaisants que ceux d’EDF.

Rappelons qu’Engie, second distributeur français est détenu à 23,6 % par l’État ; le prix de son kWh est le plus élevé dans notre succincte comparaison. Total Direct Énergie, sans aucune participation de l’État, est, lui, l’un des plus compétitifs. Il est possible, s’il réussit à allier prix bas et service de qualité, qu’il devienne le concurrent n°1 d’Engie, que peut-être même il le dépasse, pour aller ensuite battre EDF sur le marché de l’électricité.

Une concurrence faussée par les taxes

Un marché en expansion est une excellente chose. Encore faudrait-il, pour que cela profite pleinement aux Français, que les taxes baissent. Au nombre de quatre, elles représentent en moyenne 37 % de la facture. Il y a la CSPE (Contribution au service public de l’électricité), la CTA (Contribution tarifaire d’acheminement) qui finance le régime spécial de retraite des agents professionnels des industries électriques et gazières, les TCFE (taxes sur la consommation finale d’électricité) et la TVA.

Particularité de la TVA sur ce marché, elle s’applique sur le prix de l’abonnement au taux de 5,5%, à la consommation au taux de 20 %, mais également sur les autres taxes (5,5% sur le montant de la CTA, 20 % sur ceux de la TCFE et de la CSPE) ! Une taxe sur des taxes, il fallait y penser…

Qui plus est, la note s’alourdit du fait d’une hausse écrasante de ces taxes, en particulier de la CSPE. Créée en 2003, son taux a augmenté de 650 % entre cette date et 2016 ! Cette augmentation monstrueuse a d’ailleurs fait passer le prix du mégawatt/heure de 3 euros en 2002 à 7,5 euros en 2010 puis à 22,5 euros en 2018 selon Total Direct Énergie.

La concurrence dans le marché de l’électricité n’est donc pas encore parfaite. Certes les prix commencent à diminuer pour les particuliers et les entreprises avec l’apparition de dizaines de nouveaux fournisseurs, mais de lourdes taxes viennent empêcher une réelle libération du secteur.

Il faudrait donc franchir encore un cap dans la course à de justes tarifs : privatiser EDF en faisant passer une partie de l’entreprise en délégation de service public par exemple, et surtout s’attaquer aux taxes, les baisser drastiquement et même en supprimer certaines. Alors seulement, les Français pourront peut-être choisir leur fournisseur « en toute transparence », notion si chère à nos dirigeants.

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