Confinement : la messe de Noël sera-t-elle virtuelle ?

Christmas Mass 2009 at St. Jude R. C. Church (SSPX) By: Jim, the Photographer - CC BY 2.0

OPINION : nous ne demandons de traitement de faveur par rapport aux commerçants, professionnels du tourisme, de l’événementiel, de la restauration… Nous demandons la liberté, tout simplement, pour tous.

Par Constance Mas.

Parmi les recommandations de la Commission européenne, l’une d’entre elles a suscité de vives réactions, celle concernant les messes de Noël. À y regarder de près, il ne s’agit pourtant que d’un court paragraphe assez vague, conseillant pêle-mêle d’éviter les « grandes » cérémonies religieuses, de les regarder à la télévision, de délimiter le public en espaces réservés aux « bulles familiales » et de ne pas chanter.

Si cette phrase choque, c’est qu’elle illustre comment les dirigeants européens prétendent régenter la pratique religieuse tout en étalant leur ignorance de sa réalité, piétinant au passage la liberté de culte sous couvert de recommandations sanitaires dont on peut douter de la pertinence.

La Commission européenne vise Noël

Bien que la Commission européenne parle sobrement de « cérémonies », soyons clairs, c’est la fête de Noël qui est visée – il n’y a guère d’autre fête religieuse de « fin d’année », si ce n’est la fête toute familiale de Hanouka qui ne donne pas lieu à des cérémonies particulières.

On peut se demander pourquoi la Commission juge pertinent de donner des directives concernant la messe de Noël : l’hypothèse la plus probable est que les commissaires n’y connaissent rien. Il semblerait que, comme le gouvernement français, ils n’aient jamais mis les pieds dans une cathédrale, puisqu’ils pensent judicieux de conseiller d’éviter d’assister à de « grands offices ».

La messe de Noël serait-elle plus dangereuse à quatre cents dans un bâtiment de deux mille mètres carrés et trente mètres de plafond qu’à vingt dans une chapelle de village ? Les messes célébrées à l’occasion de Noël ne sont pas différentes des autres, ce qui est sanitairement acceptable pour les unes le sera donc pour les autres… à moins que le virus ait une affection particulière pour « Douce Nuit » ou « Minuit Chrétiens » ?

Notons qu’il y a plusieurs messes pour fêter la Nativité, avec chacune leurs lectures : celle de la veille au soir, celle de la nuit, celle de l’aurore, celle du jour.

Ce sera une façon toute trouvée de multiplier les messes et répartir l’assistance, et cela donnera l’occasion à nos contemporains de découvrir autre chose que la traditionnelle messe de « minuit », souvent dédoublée en une messe de 18 heures pour les enfants (et ceux qui préfèrent réveillonner après) et une messe tardive (pour ceux qui préfèrent réveillonner avant).

Et comme la raison de leur présence à cette messe est souvent de faire plaisir à mamie, on lui souhaite d’être autorisée dans la « bulle familiale » plutôt que de faire banc à part après avoir mangé sa demi bûche seule dans la cuisine…

Encore une restriction des libertés ?

Espérons que les différents gouvernements nationaux ne saisiront pas la perche tendue pour restreindre encore un peu plus notre liberté d’assister à la messe le jour de Noël. En France, le gouvernement n’a pas attendu l’Europe pour légiférer, ou du moins tenter de légiférer avant que le Conseil d’État ne lui rappelle sèchement que la liberté de culte n’était pas optionnelle et que la jauge de trente personnes était totalement injustifiable.

On aurait aimé qu’il le fasse un peu plus tôt, plutôt que de juger que la situation sanitaire justifiait la restriction de la liberté de culte, en même temps que bien d’autres libertés fondamentales – pour lesquelles on attend toujours celui qui osera signaler que leur restriction n’est pas légale non plus.

Car c’est bien limiter la liberté de culte que de condamner les catholiques à assister à la messe « à la télé ». La messe dominicale n’est pas un spectacle, et n’en déplaise à nos virtuoses des listes de produits essentiels, elle n’est pas accessoire mais vitale pour un catholique.

L’eucharistie, c’est Dieu qui se rend réellement présent sous les espèces du pain et du vin, qui se donne comme nourriture pour notre âme. Et nous avons bien besoin d’être nourris et fortifiés en ces temps difficiles.

Quelle ironie terrible que de proposer une « messe » virtuelle pour fêter l’Incarnation, c’est-à-dire Dieu qui se fait Homme, qui veut visiter notre monde et « habiter parmi nous », comme nous l’entendons dans l’Évangile de la messe du jour de Noël.

Et quelle cruauté, après avoir privé les chrétiens de fêter Pâques, c’est-à-dire la Résurrection, la victoire de la Vie sur la mort, de vouloir les priver de fêter la naissance du Christ, c’est-à-dire la venue du Sauveur. Certes, nos dirigeants n’y croient plus, à ce Salut, ils préfèrent s’en remettre au sacro-saint hôpital public, aux comités d’experts et aux laboratoires pharmaceutiques. Cela ne les intéresse pas tellement, ce Dieu qui choisit pour nous sauver d’assumer la condition humaine dans toute sa fragilité et dans toute sa dureté, de la mangeoire de Bethléem jusqu’au Calvaire.

Nous ne leur demandons pas d’y croire, ni même de comprendre, nous demandons la liberté de pratiquer notre religion sans qu’ils s’en mêlent.

Nous ne demandons pas de jauges exceptionnelles pour un jour, ni de traitement de faveur par rapport aux commerçants, professionnels du tourisme, de l’événementiel, de la restauration… Nous demandons la liberté, tout simplement, pour tous.

Pour reprendre les mots de l’archevêque de Paris : « ça suffit, il faut arrêter de nous infantiliser ! » Nous demandons la liberté… est-ce vraiment trop demander ?

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.