Pénurie de munitions aux États-Unis !

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Il est devenu presque impossible de trouver des munitions, de la poudre, des douilles, des balles et, surtout, des amorces aux États-Unis !

Par Philippe Lacoude.

Il est devenu presque impossible de trouver des munitions, de la poudre, des douilles, des balles et, surtout, des amorces aux États-Unis ! Non seulement les prix ont triplé ou quadruplé selon les calibres mais la plupart du temps les étagères des armureries sont simplement vides.

Même les reloaders – ces particuliers qui récupèrent les douilles vides pour fabriquer leurs propres munitions – ont du mal à trouver les différents composants.

Anatomie d’un bang

En fait, les machines qui servent au rechargement sont partout en rupture de stock, tout comme les kits qui permettent de passer d’un calibre à un autre sur ces machines.

 

Les non-tireurs en sont complètement ignorants et les médias traditionnels méconnaissent ces difficultés ou sont complètement interloqués.

Armes, munitions : demande forte, offre faible

En 2009, juste après l’élection du président Obama, la demande était montée en flèche en prévision d’éventuelles interdictions des armes à feu, qui ne se sont jamais matérialisées à cause de la composition politique du Sénat américain.

Il était alors difficile de trouver des armes à feu et des munitions.

Cependant, les tireurs réguliers et semi-réguliers n’ont jamais connu une situation comparable au présent.

  • En mars, la crise sanitaire a déclenché une hausse des ventes des armes à feu après que certains gouverneurs aient utilisé le Covid-19 pour fermer les armureries (ici et ).
  • Les politiciens ont utilisé la pandémie comme un prétexte pour arrêter les gun shows (expos-ventes d’armes à feu), ce qui a fait augmenter encore plus la demande. Ces choses ne se déroulent jamais selon les plans des politiciens : plus vous interdisez, menacez, et punissez, plus les gens veulent de ces jouets.
  • Les émeutes organisées par l’extrême gauche en marge des manifestations de l’été 2020 ont renforcé les ventes.
  • Les Américains ont ensuite élu Joe Biden comme président. Il arrivera à la Maison Blanche avec la litanie habituelle des mesures anti-armes.
  • Finalement, l’incertitude sur la majorité du Sénat, avec encore deux élections sénatoriales partielles en Géorgie en janvier 2021, a fini de faire exploser la demande.

À ceci, s’ajoutent des facteurs qui diminuent l’offre.

  • Quand les mines et les usines ont fermé, certains métaux (pour les balles, amorces et douilles) et certains produits chimiques (pour les amorces et poudres) se sont faits plus rares.
  • En juillet 2020, la faillite de Remington, un des quatre plus gros producteurs de munition avec plus de deux milliards de cartouches par an, a créé une chute momentanée de la production en attendant la restructuration et la vente de ses nombreux actifs.
  • En 2009, nous avions vu un énorme afflux d’amorces russes mais la JSC Murom Apparatus Producing Plant ne produit qu’à capacité partielle en raison des restrictions dues au COVID-19.

À elle seule, l’entreprise Vista Outdoors a un carnet de commandes de munitions d’un milliard de dollars, ce qui représente probablement environ un an de capacités de production et 5 milliards de cartouches aux prix de gros, peut-être plus s’il y a beaucoup de calibre .22LR dans le mix.

Son concurrent Olin Corporation qui avait vu ses ventes et ses bénéfices chuter d’année en année sous la présidence Trump a vu son activité s’améliorer depuis le deuxième trimestre.

Il est difficile de connaître la situation des autres producteurs car sur les 707 entreprises du secteur, seules Smith & Wesson, Vista Outdoors, Olin et Ruger sont cotées en bourse.

Ceci dit, on peut imaginer que toutes se portent bien. Le chiffre d’affaire du secteur, qui inclut les armes, les accessoires et les munitions, est en hausse de 7,5 % en 2020, représentant 15,1 milliards de dollars pour 46 235 employés.

Sept millions de nouveaux propriétaires

Pour couronner le tout, 7 millions d’Américains sont devenus propriétaires d’armes à feu pour la première fois aux États-Unis entre janvier et octobre.

On estime que 40 % des acheteurs d’armes en 2020 sont des primo-accédants. Beaucoup sont des femmes.

Du 17 au 21 mars 2020, chaque jour, les Américains ont acquis entre 178 555 et 210 308 armes à feu, soit juste assez pour équiper les 180 958 soldats des U.S. Marines. Ces cinq jours sont parmi les 10 jours où le FBI a fait le plus de vérifications d’antécédents criminels dans l’histoire du système NICS, lequel existe depuis 1998.

Comme les plus gros mois de l’année pour les ventes d’armes sont novembre et décembre, le nombre final de nouveaux propriétaires sera largement dépassé.

Vingt millions d’armes ?

En effet, dans la seule journée de Black Friday 2020, le NICS a procédé à 186 645 vérifications d’antécédents judiciaires.

Dans un article désopilant d’ignorance, USA Today, un des plus grands quotidiens américains sinon en qualité du moins en volume, le journaliste nous fait part du fait que ces chiffres étaient en baisse légère de 8 % par rapport au même jour de 2019.

Le titre a été corrigé de « Le FBI affiche une légère baisse des vérifications d’antécédents du Black Friday au cours d’une année record » (10 h 33) à « le FBI affiche une baisse des vérifications d’antécédents du Black Friday ; néanmoins le quatrième plus grand total jamais enregistré sur une journée » (13 h 40), ce qui montre bien l’état d’esprit de la presse grand public.

Dans l’article, les positions du président Trump sont présentées comme extrémistes et celles du futur président Biden sont raisonnables. Il veut juste « interdire la fabrication et la vente d’armes avec des chargeurs de munitions [de plus de 10 cartouches] » et revenir à l’interdiction de « certaines armes qui a expiré en 2004 », c’est-à-dire les fusils semi-automatiques.

La combinaison de ces deux paramètres concerne environ 90 % du marché actuel.

Du coup, on comprend la panique chez les amateurs d’armes. Ils lisent ce genre de choses et se ruent chez l’armurier du coin de la rue.

Au total, de janvier à novembre, les ventes ont déjà atteint plus de vingt millions d’armes.

Pour le seul mois de novembre, le détail des statistiques du FBI suggère que les ventes ne peuvent pas avoir été inférieures à 1,8 million d’armes.

Selon une étude du service de recherche du FBI, il y avait 192 millions d’armes à feu aux États-Unis fin 1993. Selon une étude du Congrès de novembre 2012, le chiffre était monté à 310 millions en 2009.

Depuis, les statistiques 2010-2019 de production et d’import-export pour les civils suggèrent qu’il s’en est vendu 124 millions de plus. À ceci, il faut ajouter environ 20 millions pour 2020.

Dans cette période allant de 1994 à 2019, où 242 millions d’armes à feu ont été vendues, et où les permis de port d’armes sont passés de 1,3 à plus de 20 millions, le nombre de crimes violents pour 100 000 habitants est passé de 747,1 à 379,4 par an.

Comme les armes à feu sont durables – elles ne craignent que la rouille et les politiciens – il y en a donc environ 454 millions aux États-Unis dans les mains des civils à ce jour.

Si le futur président continue d’agiter le chiffon rouge de la confiscation sous le nez des citoyens, le demi-milliard d’armes à feu en possession des civils devrait être atteint d’ici 2024. Un nombre considérable pour un pays sans munitions…

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