Lettre au Père Noël asymptomatique

La hotte des politiciens contient deux objets qui volent la vedette à tous les autres : de la dette et de la monnaie, désormais indistinguables l’une de l’autre, telle une belle paire de chaussettes.

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Lettre au Père Noël asymptomatique

Publié le 29 novembre 2020
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Par Karl Eychenne.

Très cher Père Noël, ne te fie pas aux apparences.

Tu pourrais avoir l’impression que nous n’avons pas bien travaillé cette année, en témoigne la chute ahurissante de nos PIB et le nombre hallucinant de personnes planquées à la maison.

Tu pourrais te dire qu’un si faible engagement de notre part dans l’œuvre collective ne mérite pas ta considération, et que nous pouvons faire une croix sur la liste de cadeaux que nous t’avons adressée.

Pourtant, c’est tout le contraire. Si nous avons si peu œuvré, c’était à l’insu de notre plein gré comme dirait l’autre. On appelle cela le confinement. Et tous ces gens masqués n’étaient pas en train de faire la fête, ou de cacher leur honte de ne pas avoir bien travaillé. Ils étaient juste en train de faire ce qu’on leur demandait.

En fait, bien au contraire, nous avons très bien travaillé. Beaucoup ont dû sacrifier des lendemains qui chantent pour rester confinés dans un présent à durée indéterminée.

Et là nous parlons des plus chanceux, car d’autres ont payé un lourd tribut à la cause nationale : fermeture jusqu’à nouvel ordre, circulez il n’y a rien à voir. Qui aurait cru que ne plus rien faire pouvait constituer un acte aussi exigeant.

Il faut aussi dire un mot des jeunes qui se voient priés de rester jeunes, puisque l’avenir n’a pas de place pour leur faire des rides. Vraisemblablement, cet instant singulier que nous vivons produira quelques stigmates : « Il avait plus de cheveux blancs que de cheveux », écrivait Jules Renard.

Quant à ceux qui ont perdu leur emploi ou qui n’en avaient déjà pas : l’anonymat conjugué au confiné n’est malheureusement pas une tautologie, il produit bel et bien un double effet, comme s’il était possible de rendre l’invisible encore plus invisible.

Ainsi donc, oui père Noël nous avons bien travaillé, et nos politiques aussi d’ailleurs. On pourra reprocher beaucoup de choses à l’autorité bienpensante, mais pas son agitation sympathique : elle propose, tente, explique, se défend, s’énerve, se muscle… mais elle ne reste pas tétanisée par l’évènement. Il est vrai que c’est un peu ce qu’on lui demande.

D’ailleurs, tu devrais te méfier, Père Noël, car il se dit en coulisses que ces politiques pourraient te faire concurrence : leur hotte n’aurait rien envier à la tienne, elle serait même sans fond dit – on ! Plonges-y tes mitaines, et tu y trouveras deux objets qui volent la vedette à tous les autres : de la dette et de la monnaie, désormais indistinguables l’une de l’autre, telle une belle paire de chaussettes.

L’investisseur a fait tomber le masque

Nous comptons donc sur toi Père Noël, surtout les marchés financiers d’ailleurs. Il faut dire qu’un vaccin sous le sapin, ça en a fait jaser plus d’un. Depuis l’annonce de résultats d’une efficacité à peine jugée suspecte, les marchés ne jurent que par l’arrivée prochaine de la potion magique.

Et miracle de la finance, il suffit de parler de vaccin pour être vacciné : déjà plus de + 15 % pour les marchés d’actions de la zone euro, et même + 20 % pour le marché français. L’investisseur a donc fait tomber le masque, dé-confinant un présent trop absent pour en faire un futur qui ait un avenir.

Pourtant personne n’est dupe, car tout Père Noël que tu es, tu ne pourras pas garnir ta hotte de tous ces vaccins pour Noël. Tu as seulement mis en demeure les labos de nous les livrer en cours d’année, sinon ? Sinon, les marchés se rappelleront d’où ils sont partis, et y reviendront aussi vite.

En effet, les marchés sont binaires, c’est leur métier : tout est tout noir ou tout blanc, ça monte ou ça baisse. Et lorsqu’on a que deux choix possibles, on les exacerbe, c’est l’anamorphose financière.

Ainsi, les marchés ont-ils surinterprété la bonne nouvelle de vaccins prochains, habillant déjà 2021 d’un retour de la confiance des consommateurs et des entreprises capables de gommer le passé : un véritable simulacre des jours heureux enfin retrouvés.

Mais non, la théorie du dés-effondrement n’existe pas, on n’inverse pas le cours des évènements en le vaccinant. Ainsi, nos économies sont bien moins cyclothymiques que les marchés.

L’agent économique, qu’il soit salarié ou chef d’entreprise, a lui vécu dans le monde du gel hydroalcoolique, du chômage partiel, et des faillites, pas dans le monde de la prime de risque de l’investisseur ou celui des liquidités injectées par les Banques Centrales.

L’agent économique sait bien que la hotte du père Noël ne contient jamais tout ce qu’il y a dans la liste qu’on lui a adressée. Il aime bien entendre les bonnes nouvelles comme tout le monde, ça le fait sourire mais pas guérir. Le Père Noël fait des cadeaux, pas des miracles.

L’attestation du Père Noël

En attendant, prends bien soin de toi. Bon, je ne me fais pas trop de souci pour ta santé. En tant que mythe, tu dois probablement bénéficier des mêmes privilèges que les divinités ou les extraterrestres, une immunité parfaite aux maux du genre Humain.

Certes, tu as l’apparence du commun des mortels, mais tu serais plutôt du genre Pollux que Castor. Par construction, tu es forcément asymptomatique. En effet, comment imaginer un Père Noël en réanimation le jour de Noël, ce serait presque un oxymore.

Non, le Père Noël est toujours là le jour J, puisqu’on l’a inventé pour ça ; il est toujours là, partout et nulle part à la fois puisqu’on ne le voit jamais, ubique et nusquam.

Tu es donc hors de danger. Hélas ton immunité parfaite nous le fait payer cher. En effet en tant que Père Noël, tu es ce que l’on appelle LE super-contaminateur puisqu’en une seule nuit tu vas rendre visite à un nombre considérable de foyers.

Certes, tu ne croiseras personne si ce n’est les petits malins qui tentent de te coincer sur le fait. Mais quand même, il ne faudrait pas que tu laisses trainer tes mitaines. D’ailleurs, ne nous en veux pas si on ne te laisse pas le traditionnel verre de lait, on ne sait jamais. Et puis viens masqué, la barbe ne suffira pas.

Bon, et puis Covid ou pas, d’autres dangers te guettent. Rappelle – toi qu’il n’existe pas d’attestation spéciale pour le père Noël, toi aussi tu devras verser 135 euros au-delà d’une heure.

Rappelle toi aussi que tu l’as échappé belle puisque tu as failli être qualifié de « non – essentiel » : tu aurais pu toi aussi te retrouver en chômage partiel, voire confiné au chalet. Quand même un comble, alors que la venue du Père Noël est considérée comme un droit imprescriptible du genre enfant. Comment imaginer que tu ne sois pas là le seul jour où l’on t’attend.

Et pas là peine de venir plus tard, toute intervention sera jugée forclose. Remarque, ton confinement aurait été une bonne occasion de clouer le bec à tous ceux qui ne t’imaginent qu’hypostasié. En effet, quelle meilleure preuve de ton existence que celle de ton absence : c’est lorsque l’alarme ne sonne plus, que l’on sait qu’il y a un rôdeur.

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  • Heureusement qu’il nous reste le Père Noël, mais attention c’est peut-être le père fouettard qui viendra.

  • Santa ‘deemed essential worker in Ireland’
    Santa Claus has been deemed an essential worker and will not be subject to coronavirus travel restrictions when he arrives in Ireland next month.
    Minister of Foreign Affairs Simon Coveney confirmed the government’s decision to the Dail parliament on Thursday. He said Father Christmas had confirmed to the authorities he intended to fly to Ireland on 24 December as usual. ( bbc, 26/11/20 17:39 )

  • On tente de nous faire croire que la dette n’est pas un problème!
    Entendu le rapporteur du budget l’expliquer que ce n’était pas un problème,encore moins pour les générations futures…eh oui apprenez les gueux qu’une dette d’Etat n’a rien à voir avec celle d’un ménage ou d’une entreprise,pourquoi?Attention interdiction de rire parce qu’on roule la dette!!!!!!
    En attendant ce sont les français qui sont roulés,je propose que chacun d’entre nous aille voir don banquier pour lui annoncer que nous roulons notre dette à son égard.
    Roulons la dette dans la farine,en ces temps de confinement ou tout le monde s’est mis à la cuisine maison à Bercy aussi à moins qu’ils n’aient confondu la farine avec une autre poudre blanche!

    • Aller voir son banquier pour lui annoncer qu’on roule sa dette ? Si, comme on devrait le souhaiter, la grande majorité des Français avait des avoirs considérables à sa banque parce qu’ils les auraient bien gagnés, que l’Etat ne les leur aurait pas piqués et qu’ils auraient un minimum de culture économique les ayant conduits à bien les investir, ça serait un peu surréaliste !

      • Ah mais, quand on a des actifs considérables, on peut emprunter pour acheter un autre actif 🙂
        Et puisque la dette se dévalorise chaque jour, les actifs montent.
        Rien ne se crée, mais aussi rien ne se perd.
        La dette se roule toute seule dans la farine.

        • Oui, on peut alors emprunter, ou rouler sa dette, mais alors le banquier roule les garanties qu’il a prises, avec une marge significative, sur ces actifs dont il est en fin de compte plus propriétaire que nous sans en avoir les soucis de la gestion.

          • Le banquier encaisse sa marge de suite en revendant l’hypothèque à un tiers. Il ne roule rien. Il ne prend pas de risques démesurés.

    • L’Etat est réputé immortel, ce qui explique pourquoi sa dette n’a rien à voir avec celle d’un ménage pour ce rapporteur et les autres compulsifs de la dette publique. Qui dit immortalité dit dette perpétuelle. Alors, on roule la dette sans fin.

      L’Etat est réputé sans risque. Toutefois, l’Etat est un débiteur encore pire qu’un ménage car il a le pouvoir de faire volontairement défaut contrairement au ménage qui risque la faillite. Faire défaut est toujours un acte volontaire pour un Etat. Il n’y a qu’un seul Etat à n’avoir jamais fait défaut. Ce sont les USA au niveau fédéral. Voilà une exception qui risque de faire long feu vu le niveau d’endettement accumulé.

      Enfin, l’Etat ne produisant rien en dehors de ses fonctions régaliennes, sa dette ne peut pas être économiquement justifiée. Cette dette est non seulement inutile mais elle est contre-productive en sapant la confiance de la population et les motivations à produire des richesses. Elle ne sert que les intérêts particuliers de ceux qui espèrent vivre sans produire, réduisant de fait leurs contemporains en esclavage. Dit autrement, la dette publique est un élément constitutif de la corruption générale d’un pays, de sa déliquescence économique et sociale, en un mot de sa barbarie.

      Toute dette publique est par définition contraire à l’intérêt général. Tôt ou tard, précisément pour cette raison, on en viendra à l’interdire.

  • nous , travailleurs , sommes tous des pères noël ; après tout , c’est notre argent qui va se transformer » en prime de noël « pour ceux qui ne travaillent pas ;

    • Que de primes cette année.. . Dommage, je n’ai droit qu’aux primes d’assurances, toujours plus élevées chaque année.. Je devrais demander au père Noël une panoplie de chasseur de primes

  • père noel c’ets pas peu sexiste et trop chretien?

    je dirais parent solstiticien

    • Et il ne faut plus dire Noël mais fête de famille et si vous parlez de crèche vous serez obligé de lire Libé et Télérama 4h par jour en TIG plus un stage chez de rééducation chez Coffin.

  • Père Noël tu n’es pas le bienvenu chez moi avec les cadeaux empoisonnés du gouvernement.

    Tu peux aller offrir mon vaccin à la grosse Roseline.

    Passe cependant de bonnes fêtes.

  • Les commentaires sont fermés.

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