Les biens de première nécessité, ça n’existe pas !

Photo by Ergita Sela on Unsplash — Ergita Sela,

Nous ne sommes pas des numéros, et il serait temps de reprendre le droit d’être aussi des Hommes libres.

Par Margot Arold.

Ainsi donc, puisque les librairies sont considérées comme un commerce non essentiel, elles doivent fermer depuis cette fin de semaine.

Or les grandes surfaces vendent aussi des livres… et de l’alimentaire (bien dit « essentiel »). Elles peuvent donc rester ouvertes.

La FNAC, elle, vend de l’électronique. Commerce considéré comme essentiel. Pour ceux qui penseraient que l’essentiel c’est ce qui se mange, il s’agit là de permettre aux utilisateurs d’ordinateurs de se ravitailler. Période de confinement oblige, télétravail imposé oblige, il est plutôt logique de laisser ouverts les commerces fournissant cartouches d’encre, matériel électronique et autres fournitures.

Les petits commerces comme les librairies considèrent qu’il y a une distorsion de traitement entre eux qui doivent fermer et les grands qui peuvent rester ouverts.

Et là où la logique s’arrête, c’est qu’au lieu de demander leur réouverture, certains demandent… la fermeture des rayons livres des supermarchés !

Nous sommes en France, pays imprégné par la lutte des classes et la jalousie. Au lieu de se réjouir du succès de son voisin, on préfère demander sa dépouille pour qu’il soit remis à un niveau médiocre acceptable.

C’est le même cheminement de pensée ici : plutôt que de demander davantage de droits pour soi-même (voire simplement leur application normale), on demande que le concurrent en ait moins.

Nous en arriverons donc peut-être à voir des rayons livres ou des rayons jouets avec barrières à l’entrée. Drôle d’image… et peu réjouissante.

Non il n’y a pas de « première nécessité » : il n’y a que nos propres besoins

Mais le plus gros problème n’est même pas cette inégalité de traitement entre les biens dits « de première nécessité » et les autres. Le problème est que nos politiciens raisonnent en termes binaires, en faisant des colonnes de ce qui est utile et de ce qui ne l’est pas.

Comme si une économie fonctionnait de manière imperméable : les services funéraires ? Ouverts. Les fleuristes ? Fermés. Enterrements sans fleurs ni couronnes, donc…

L’économie fonctionne avec des interactions entre les membres d’une société, elle ne se saucissonne pas en tranches suivant des priorités décrétées par d’autres, pour l’ensemble d’une population.

Et c’est là le pire de cette gestion sanitaire et des réponses qui y sont apportées : les politiques ont une vision du monde en général, et de l’économie en particulier, faussée par leur imprégnation bureaucratique qui tend à leur faire mettre dans des cases tout ce qu’ils régissent : numéros INSEE, types de chômeurs, tranches d’imposition, étiquetage alimentaire, normes de CO2… et maintenant commerces de première nécessité ou non.

Tout est première nécessité : nous sommes tous différents. Nos besoins sont différents, nos priorités aussi, nos budgets aussi. C’est pourquoi il n’y a pas à distinguer le nécessaire du non-nécessaire.

Le coiffeur, contrairement aux accusations de « superflu » dont il fait l’objet, sera nécessaire voire indispensable à la personne qui ne peut pas laver seule ses cheveux. Plus largement, prendre soin de soi n’est pas de seconde nécessité mais participe à notre état d’être humain.

Nous sommes des humains, pas de simples organismes !

Dans cette crise sanitaire les politiciens envisagent justement la vie comme simplement biologique. Ils nous permettent de manger, dormir (déféquer…) ; donc acheter à manger et rentrer dormir chez nous.

Nous sommes des êtres pensants, des êtres sensibles : nous avons besoin de nourriture intellectuelle, nous avons besoin de contacts humains, nous avons besoin de contacts visuels, tactiles, de spiritualité.

Nous avons besoin de sortir, faire du sport, nous retrouver dans ce qui fait la vie : les restaurants, les bars, les associations, qu’elles soient culturelles, sportives, cultuelles. La vie n’est pas un organisme qui se développe sous cloche à l’abri des microbes, un corps aux fonctions basiques qui absorbe, expulse, se repose. Nous ne sommes ni des nouveaux-nés, ni des vaches.

Cette manie de nous confiner, de nous couper les uns des autres, de découper en tranches la société mais aussi les commerces, le droit de travailler, nos besoins, est totalement déconnectée du réel. Ce n’est pas étonnant, pour des politiques qui passent leur temps derrière des modélisations de ceci, ou des projections de cela.

Mais nous ne sommes pas des numéros, et il serait temps de reprendre le droit d’être aussi des hommes libres.

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