Librairies fermées : la faute aux syndicats, pas au capitalisme !

Librairie des Abbesses by ActuaLitté(CC BY-SA 2.0) — ActuaLitté, CC-BY

Si les librairies sont fermées, c’est à la demande du syndicat de la librairie française et non la faute du « capitalisme ».

Par Jean-Baptiste Noé.

Comme en mars dernier, les librairies doivent fermer durant le confinement tandis que les grandes surfaces et Amazon peuvent vendre des livres. Cette injustice suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux pour lesquels la cause est entendue : c’est la victoire du capitalisme et des gros contre le commerce indépendant et les petites librairies de quartier et de proximité.

Rien n’est plus faux. Si les librairies sont fermées, c’est à la demande du syndicat de la librairie française.

En mars dernier, lors du premier confinement, le ministre de l’Économie souhaitait inscrire les librairies sur la liste des commerces de première nécessité afin de leur permettre de rester ouvertes. Le syndicat de la librairie française s’est opposé à cette dérogation :

« Le ministre de l’Économie a évoqué ce matin sur France inter, l’hypothèse d’une réouverture des librairies pour répondre à la concurrence d’Amazon. Bruno Le Maire a témoigné, là, de son attachement aux librairies et au livre.

Sur le fond, nous le rejoignons totalement pour considérer la librairie comme un commerce de première nécessité et comptons sur son soutien afin qu’aucune librairie ne soit poussée à la fermeture par cette crise majeure.

Néanmoins, la profession des libraires ne souhaite pas répondre au risque sanitaire de la poursuite des livraisons de livres par Amazon par le risque supplémentaire qu’engendrerait une réouverture des librairies avec tous les contacts inévitables qu’elle entraînerait entre libraires et clients. […]

Cette position est celle du Syndicat de la librairie française, mais également des associations de libraires, régionales ou de spécialité ».

L’argument évoqué est donc sanitaire : éviter les contaminations entre les libraires et les clients. Pourquoi pas, même si le respect des normes sanitaires pouvait prémunir de cela. Il n’était pas plus dangereux d’aller chez le boulanger que chez le libraire.

Plus tard, le syndicat s’est opposé aux libraires qui organisaient des ventes à emporter. Plusieurs librairies s’y sont également opposées, ce qui a divisé la profession. Le SLF a fini par accepter du bout des lèvres les retraits en boutique dans un communiqué du 17 avril :

« D’abord, nous nous sommes collectivement opposés, le 19 mars dernier, à l’hypothèse d’une réouverture totale des librairies telle qu’évoquée par le ministre de l’Économie, Bruno le Maire.

Je reste convaincu que notre attitude a été la bonne. Elle a fait primer l’impératif sanitaire et a reflété l’âme de nos librairies, soucieuses du bien-être collectif et pas uniquement de leurs intérêts financiers même si l’on mesure combien ceux-ci vont être durement affectés.

Depuis le début du confinement, les activités de retrait et de livraison sont autorisées par les textes publiés par le gouvernement.

Le SLF l’a rappelé à plusieurs reprises, car son rôle est également de vous apporter les informations les plus claires sur les règles juridiques qui encadrent notre métier.

Chaque libraire doit pouvoir se positionner librement en la matière. Après avoir échangé avec nombre d’entre vous, je souhaite rappeler quelques réalités.

L’épidémie circule toujours massivement et elle frappe chaque jour lourdement.

Toute décision doit donc être mesurée à l’aune de l’impératif sanitaire qui demeure, selon moi, essentiel.

Un bon nombre de libraires sont encore drapés dans leur bonne conscience morale et estiment qu’eux seuls sont légitimes pour vendre des livres. Ils méprisent les autres lieux de vente, comme les grandes surfaces et ils méprisent ceux qui achètent des livres ailleurs que chez eux.

Ils sont imbus de « l’exception culturelle française » et ce faisant ils mettent à mal l’ensemble de la chaîne du livre : les éditeurs et les auteurs notamment. Ils continuent à se penser comme des lieux d’exception, sans s’adapter à la demande, à l’inverse de nombreuses librairies à l’étranger.

Les syndicats ont voulu jouer malin et ils ont perdu. Ils pensaient que le confinement ne durerait que quinze jours, pas assez donc pour mettre à mal leur commerce, mais suffisamment pour venir ensuite quémander des aides et des subventions au gouvernement. Au nom de l’exception culturelle bien sûr.

Avant Amazon, il y avait France Loisirs et de nombreux clubs de lecture par correspondance. Amazon n’a rien inventé dans la vente de livre à distance. Ce que ne dit jamais le SFL c’est qu’Amazon est aussi une place de marché et que de nombreux libraires vendent par ce biais-là, leur permettant d’accroître leur zone de chalandise.

Amazon est aussi une chance pour de nombreux éditeurs indépendants qui peuvent ainsi trouver des débouchés quand les librairies censurent certains titres ou ne peuvent tout simplement pas présenter tous les titres existants.

Lors du second confinement, le gouvernement a repris telle quelle la liste des commerces autorisés, sans la mettre à jour. Les librairies se sont donc trouvées fermées une nouvelle fois.

Certes, le SFL demande cette fois-ci une dérogation, mais il est trop tard. Comme pour de nombreux secteurs économiques en France, les syndicats ont tué la profession pour défendre leurs intérêts. La situation actuelle n’est donc pas la faute du capitalisme ou des GAFA, mais des mésententes et des divisions au sein même de la profession et les premiers à en souffrir sont les libraires eux-mêmes.

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