Éric Dupond-Moretti, ministre de la déstabilisation de la Justice ?

Le Garde des Sceaux n’hésite pas à se donner l’occasion d’une vengeance personnelle tout en offrant à la classe politique le cadeau d’une déstabilisation des acteurs de la lutte contre la corruption.

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Eric Dupond-Moretti by Pierre Metivier(CC BY-NC 2.0)

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Éric Dupond-Moretti, ministre de la déstabilisation de la Justice ?

Publié le 19 octobre 2020
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Par Pierre-Marie Meeringen.

Il y a quelques semaines, nous observions que monsieur Dupond-Moretti, avocat des Balkany et actuel garde des Sceaux, diligentait une enquête contre trois membres du Parquet national financier – son ancien contradicteur à l’audience – sur la base d’éléments inexistants.

Nous apprenons désormais que le même Éric Dupond-Moretti, avocat d’un fonctionnaire de police mis en examen dans une complexe affaire de corruption à Monaco, a également ordonné une enquête concernant Édouard Levrault, le magistrat instructeur dans ce dossier – magistrat qu’il avait d’ailleurs publiquement dénigré dans les médias pour ses prétendues méthodes de cow-boy.

Point n’est besoin d’être un fin connaisseur de l’institution judiciaire pour noter de troublantes similitudes dans ces deux situations. Des magistrats chargés de lutter contre la corruption se heurtent à de fortes résistances politiques. Des enquêtes sont diligentées contre eux pour tenter de démontrer qu’ils sont négligents (le parquet national financier) ou téméraires (M. Levrault).

Le garde des Sceaux, personnellement impliqué dans chacune de ces situations du fait de ses fonctions antérieures, n’hésite pas à se donner l’occasion d’une vengeance personnelle tout en offrant à la classe politique le cadeau d’une déstabilisation des acteurs de la lutte contre la corruption.

Les choses finissent tout de même par se voir. Après s’être époumoné à démentir l’existence de tout conflit d’intérêt, Éric Dupond-Moretti s’est finalement déporté auprès du Premier ministre concernant ces enquêtes diligentées contre ses anciens contradicteurs.

Entretemps, plus de cent juridictions sur le territoire s’étaient réunies en assemblée générale extraordinaire pour dénoncer cette situation inédite, dans l’indifférence du pouvoir exécutif. Le procureur général auprès de la cour de cassation, François Molins, dénonçait sans ambiguïté les attaques contre l’indépendance de la justice.

Face à un tel désastre, une question émerge : que diable Éric Dupond-Moretti, pourtant si reconnu dans son métier d’avocat pénaliste, est-il allé faire dans cette galère gouvernementale ?

Naguère porte-voix des libertés, le voilà devenu l’allié objectif d’une classe politique soucieuse de brider les enquêtes approfondies et potentiellement gênante en matière de corruption.

Brillant pourfendeur du prétendu corporatisme des magistrats, il s’applique désormais à servir la cause des politiques qui, de François Fillon à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Nicolas Sarkozy et Éric Ciotti, tentent de tromper l’opinion en laissant croire que le problème de la corruption se situe toujours du côté des juges et des procureurs (nécessairement « politisés », « syndiqués », membres d’un « cabinet noir ») et jamais de celui des politiques (nécessairement victimes d’une justice malveillante).

Alors que la Commission européenne publie désormais un rapport annuel sur l’État de droit au sein des États membres de l’Union européenne, la France n’a plus guère de leçons à donner à la Pologne ou à la Hongrie quand son ministre de la Justice, empli d’une animosité personnelle contre le corps des magistrats, s’acharne à déstabiliser la lutte contre la corruption en intimidant les procureurs et les juges qui s’y emploient.

Une seule conclusion s’impose. Dans son intérêt comme dans celui de lÉEtat de droit, Éric Dupond-Moretti doit démissionner.

 

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  • L’auteur de l’article est claire et net, il déteste Eric Dupont Moretti

    • perso , je déteste ce qu’est devenu Dupond Moretti ;

      • Rappelons quand même que les avocats dans une démocratie on le droit au secret professionnel et qu’il est donc interdit à la justice de les mettre sur écoute! Il est vrai que la France n’est PAS une démocratie! Aucun contre pouvoir n’y existe, pas même les media.

  • Désigner un avocat ministre de la justice a toujours été une erreur.

  • Si il fait peur au monde judiciaire, c’est qu’il est bon notre garde des sceaux….

    • Il n’y a pas plus puissamment antilibéral que le PNF, donc l’audace de lui demander des comptes devrait être appréciée ici.

  • Heureusement, on dispose en France, d’un corps de magistrats, nommés par le président de la république, de ce fait indépendants (?), tout à la fois exclusivement appliqués à faire respecter la loi, et parfaitement impartiaux vis à vis des « politiques » -incluant deux des trois pouvoirs : législatif, exécutif et juridique.
    Sur la séparation des pouvoirs : https://www.typhaniedegois.fr/articles/assemblee/la-separation-des-pouvoirs-en-france-56
    Est-on sauvés en démocratie par la justice ? https://www.contrepoints.org/2020/10/19/382527-la-justice-dernier-rempart-contre-la-derive-de-nos-democraties
    On n’y voit pas très clair dans tout cela, sauf que… in fine,
    CPEF

  • Article a-liberal.
    La corruption, pour un libéral, consiste à perturber/corrompre (dans le sens premier de ce mot) à l’aide de la violence de celui qui en a le monopole, c’est à dire l’état, un processus économique de création de valeur.
    Elle nait donc de la rencontre entre l’action violente de l’état et de celle du capitalisme, qui, pour s’en protéger, va s’en faire souvent, par toute une série de comportements, le complice.
    Dans un environnement sans violence en revanche, un acte de corruption qui aboutit immanquablement à réduire le profit des agents économiques, est éliminé très rapidement, s’il arrive jamais à naître.
    Il s’ensuit que 99,9% de la corruption est donc « légale » et que remplacer Paul par Jacques ne change rien à l’affaire.

  • C’est surtout contre le gauchisme des juges qu’il faut lutter. Il suffit d’être de gauche pour être relaxé et de droite pour être lourdement condamné!

  • EDM est attendu de pied ferme par le contribuable qui voit ses derniers gaspillés dans une Justice laxiste aux ordres d’une gauche liberticide.

  • Je ne vois pas ce que vient faire cet article dans contrepoints ?

  • Avoir nommé Acquittator, l’ogre du nord à ce poste est tout simplement logique, il a tout un gouvernement a acquitter !!!

  • Il faut convoquer un Grenelle de la Justice pour déterminer la proportion de taxes, restrictions de transports et moulins à vent nécessaires.

  • On pourrait inversement estimer qu’un Ministre de la Justice qui renoncerait à faire enquêter sur d’éventuelles irrégularités du Parquet simplement par peur d’être critiqué pourrait être accusé de lâcheté ou de complaisance. Enquêter n’est pas condamner.
    Et au passage je vous rappelle, puisque vous instillez le doute, que le sieur Balkany a été innocenté des accusations de corruption.
    Faites attention de ne pas être accusé de diffamation.

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