Éric Dupond-Moretti, ministre de la déstabilisation de la Justice ?

Eric Dupond-Moretti by Pierre Metivier(CC BY-NC 2.0) — Pierre Metivier, CC-BY

Le Garde des Sceaux n’hésite pas à se donner l’occasion d’une vengeance personnelle tout en offrant à la classe politique le cadeau d’une déstabilisation des acteurs de la lutte contre la corruption.

Par Pierre-Marie Meeringen.

Il y a quelques semaines, nous observions que monsieur Dupond-Moretti, avocat des Balkany et actuel garde des Sceaux, diligentait une enquête contre trois membres du Parquet national financier – son ancien contradicteur à l’audience – sur la base d’éléments inexistants.

Nous apprenons désormais que le même Éric Dupond-Moretti, avocat d’un fonctionnaire de police mis en examen dans une complexe affaire de corruption à Monaco, a également ordonné une enquête concernant Édouard Levrault, le magistrat instructeur dans ce dossier – magistrat qu’il avait d’ailleurs publiquement dénigré dans les médias pour ses prétendues méthodes de cow-boy.

Point n’est besoin d’être un fin connaisseur de l’institution judiciaire pour noter de troublantes similitudes dans ces deux situations. Des magistrats chargés de lutter contre la corruption se heurtent à de fortes résistances politiques. Des enquêtes sont diligentées contre eux pour tenter de démontrer qu’ils sont négligents (le parquet national financier) ou téméraires (M. Levrault).

Le garde des Sceaux, personnellement impliqué dans chacune de ces situations du fait de ses fonctions antérieures, n’hésite pas à se donner l’occasion d’une vengeance personnelle tout en offrant à la classe politique le cadeau d’une déstabilisation des acteurs de la lutte contre la corruption.

Les choses finissent tout de même par se voir. Après s’être époumoné à démentir l’existence de tout conflit d’intérêt, Éric Dupond-Moretti s’est finalement déporté auprès du Premier ministre concernant ces enquêtes diligentées contre ses anciens contradicteurs.

Entretemps, plus de cent juridictions sur le territoire s’étaient réunies en assemblée générale extraordinaire pour dénoncer cette situation inédite, dans l’indifférence du pouvoir exécutif. Le procureur général auprès de la cour de cassation, François Molins, dénonçait sans ambiguïté les attaques contre l’indépendance de la justice.

Face à un tel désastre, une question émerge : que diable Éric Dupond-Moretti, pourtant si reconnu dans son métier d’avocat pénaliste, est-il allé faire dans cette galère gouvernementale ?

Naguère porte-voix des libertés, le voilà devenu l’allié objectif d’une classe politique soucieuse de brider les enquêtes approfondies et potentiellement gênante en matière de corruption.

Brillant pourfendeur du prétendu corporatisme des magistrats, il s’applique désormais à servir la cause des politiques qui, de François Fillon à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Nicolas Sarkozy et Éric Ciotti, tentent de tromper l’opinion en laissant croire que le problème de la corruption se situe toujours du côté des juges et des procureurs (nécessairement « politisés », « syndiqués », membres d’un « cabinet noir ») et jamais de celui des politiques (nécessairement victimes d’une justice malveillante).

Alors que la Commission européenne publie désormais un rapport annuel sur l’État de droit au sein des États membres de l’Union européenne, la France n’a plus guère de leçons à donner à la Pologne ou à la Hongrie quand son ministre de la Justice, empli d’une animosité personnelle contre le corps des magistrats, s’acharne à déstabiliser la lutte contre la corruption en intimidant les procureurs et les juges qui s’y emploient.

Une seule conclusion s’impose. Dans son intérêt comme dans celui de lÉEtat de droit, Éric Dupond-Moretti doit démissionner.

 

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