Couvre-feu : la Liberté, cette coquetterie d’un ancien monde…

Emmanuel Macron apparaît de plus en plus comme un simple élément d’un projet de société qui joue le collectivisme imposé contre les libertés individuelles.

Par Nathalie MP Meyer.

Oui, je sais, les Français sont très majoritairement favorables aux couvre-feux et autres restrictions de la vie sociale annoncés par Emmanuel Macron dans son interview télévisée de mercredi 14 octobre dernier pour lutter contre la propagation du coronavirus : 73 % des personnes interrogées approuvent les mesures, 94 % sont prêtes à les respecter, 60 % ont trouvé le Président convaincant et 56 % le jugent courageux.

On dirait que la posture de l’homme fort et chef de guerre a fait encore une fois merveille ! Car rappelez-vous, dès son intervention du 16 mars, à la veille du début du confinement, le chef de l’État nous l’affirmait : « Nous sommes en guerre ! »

Or comme je l’écrivais l’an dernier à propos de « la guerre contre la fin du monde » dans laquelle l’écologie radicale nous entraîne à marche forcée, la guerre a ceci de bien pratique qu’elle autorise tous les états d’urgence, tous les couvre-feux, tous les rationnements et toutes les mesures d’exception.

C’est du reste l’une des raisons pour lesquelles l’action politique se décline de plus en plus souvent sous forme d’une guerre impitoyable contre toutes sortes de maux épouvantables contre lesquels le dirigeant promet de protéger son peuple en échange d’une obéissance absolue à tout moment et en tous lieux.

Emmanuel Macron n’allait certainement pas rater les possibilités offertes par la crise sanitaire pour étendre les filets du paternalisme et de l’État providence sur les Français. Il ne lui reste plus maintenant qu’à faire durer l’affaire jusqu’à la présidentielle de 2022 et le voilà réélu. Il a du reste vendu la mèche sans le vouloir en affirmant qu’on en avait encore jusqu’à l’été prochain avec la pandémie – et ensuite, c’est la campagne électorale qui commence, réunions, meetings, bains de foule, etc.

À ce stade, objections nombreuses, bruyantes, méprisantes : pures spéculations que tout cela, chère Madame, complotisme, même ! Vous semblez oublier qu’un virus mortel court nos rues et nos poumons, qu’il court même de plus en plus vite – voyez les contaminations chaque jour plus nombreuses – et qu’il faut y mettre un terme radical pour endiguer le flot des victimes sanitaires et économiques.

Ras-le-bol des délicatesses prétendument libertariennes d’individus tout bêtement égoïstes qui n’ont pas compris que le virus se transmettait. Et les autres ? Et la so-li-da-ri-té ?

Ah, certes, le virus se transmet, mais « l’infantilisation » – comme dénoncé dans le récent rapport sur la gestion du Covid-19 en France – la mise au piquet, l’interdiction unilatérale de sortie constituent-elles la meilleure méthode pour s’en sortir ?

Il y aurait beaucoup à dire sur les incohérences et les ratés qui jonchent le parcours anti-Covid du gouvernement, d’abord sur les masques dont le manque a entraîné chez nous un confinement extrêmement sévère et souvent ubuesque de deux mois, et maintenant sur la gestion brouillonne des tests et des cas contacts qui débouche sur un nouvel assaut prolongé d’autoritarisme et de mise en danger économique.

Que penser, par exemple, d’une mesure qui consiste à demander aux restaurants, théâtres, cinémas, etc. qui s’échinent depuis la sortie du confinement (avec succès d’ailleurs) à se mettre en conformité avec des règles sanitaires changeantes, de fermer purement et simplement leurs portes pour le service ou les séances du soir, compte tenu du couperet de la permission de 21 heures ? Quelle différence pour eux et pour leurs clients entre ce qui se passe la journée et ce qui se passe le soir ?

Mais plus fondamentalement – et c’est là que les délicatesses libertariennes sont furieusement alertées – la gestion de la pandémie de Covid-19 telle qu’elle est menée par Emmanuel Macron apparaît de plus en plus comme un simple élément d’un projet de société qui joue le collectivisme imposé contre les libertés individuelles.

Voyez la fin de l’interview. Alors que le journaliste Gilles Bouleau fait remarquer que les perspectives qui se profilent pour les Français sont « assez sombres » et demande en conséquence au Président s’il y a quand même une raison d’espérer, voici la réponse :

« La raison d’espérer, je vais vous dire : c’est que nous sommes en train de réapprendre à être pleinement une nation. C’est-à-dire qu’on s’était progressivement habitués à être une société d’individus libres. Nous sommes une nation de citoyens solidaires. » (minute 43′ de la vidéo)

Autrement dit, avant la pandémie, nous vivions dans la fausse idée que la liberté se déclinait au niveau des individus et signifiait que ceux-ci, dès lors qu’ils ne portaient atteinte ni aux biens ni aux personnes, étaient souverains dans leurs choix de vie. Une fausse idée propagée bien à tort par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 qui figure inexplicablement dans notre bloc de constitutionnalité !

Heureusement, depuis la pandémie et les courageuses décisions que le gouvernement a dû prendre pour enrayer sa progression, on sait qu’il existe quelque chose qui supplante largement les libertés individuelles et qui transforme une société informe en Nation et des individus en roue libre en Citoyens conscientisés et surtout dociles : la solidarité !

Mais attention, pas n’importe laquelle ; uniquement la solidarité organisée et imposée par l’État. Ce que vous pouvez faire de votre côté pour « vivre avec le virus », on s’en fiche, c’est couvre-feu de 21 heures à 6 heures pour tout le monde.

Quand Emmanuel Macron déclare ensuite :

« Nous ne pouvons pas nous en sortir si chacun ne joue pas son rôle, ne met pas sa part. Voilà la clef. […] J’ai besoin de chacun d’entre vous, nous avons besoin les uns des autres pour trouver des solutions, pour inventer »

il ne s’agit nullement de s’en remettre à l’esprit de responsabilité et d’inventivité des personnes ni à leur désir de venir en aide aux autres, mais de demander à chacun d’obtempérer à l’injonction supérieure imposée à tous, dans le plus pur esprit de la propagande de guerre, comme l’atteste l’utilisation de la formule éculée : « J’ai besoin de vous ». Non pas que j’aie besoin de vos idées – les idées, c’est moi et mon administration qui les apportons – mais j’ai besoin de votre obéissance pour qu’advienne le nouveau monde que j’ai dessiné pour vous.

Bref, c’est seulement à partir du moment où chacun se plie d’un seul mouvement aux obligations et interdictions émises par le pouvoir (ici le couvre-feu) que s’exprime la liberté façon Macron, tandis que les objections relatives à la réduction des libertés individuelles deviennent autant d’attaques contre la solidarité et contre le peuple. Difficile de faire mieux en fait de détournement du sens des mots.

Imposer la solidarité, c’est exactement comme dire à quelqu’un : « Je t’oblige à m’aimer ». Joli amour que celui qui viendrait d’un individu non libre de ses choix.

Mais ne nous étonnons pas de cette dérive rampante de notre vie en société. Cela fait longtemps que le mot solidarité qui nous est rabâché en toute occasion a perdu tout sens d’entraide directe et spontanée entre des personnes libres et responsables.

Il n’est plus qu’une façade démagogique, un maquillage flatteur utilisé par les collectivistes enragés (de quelque horizon politique qu’ils viennent) pour imposer de façon collective, à travers l’impôt par opposition aux dons notamment, leur propres fins sociales et il n’est jamais in fine qu’une expression très révélatrice de leur haine de la liberté des autres.

Alors oui, un virus mortel court nos rues et nos poumons et il faut s’en protéger. Mais faudra-t-il aussi qu’il tue jusqu’à l’idée de libertés individuelles, ces libertés qui font la beauté du mode de vie occidental ? Faudra-t-il qu’il aille jusqu’à nous transformer en créatures dociles et malléables aux mains de politiciens de plus en plus décidés à organiser la société selon leurs conceptions collectivisées de l’existence ?

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