L’imposante montée en puissance nucléaire de la Chine

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Pendant que l’Europe a choisi de se tirer une balle dans le pied en pariant sur les énergies renouvelables, et non sur le nucléaire, la Chine progresse.

Par Michel Gay.

Le futur Quatorzième Plan quinquennal chinois prévoit que l’imposant programme électronucléaire continuera de se développer en Chine.

Cent GW nucléaires en Chine pour 2025

La China Nuclear Energy Association (CNEA) a récemment publié un Livre bleu intitulé Le rapport sur le développement de l’énergie nucléaire en Chine pour l’année 2020.

Fin 2019, le parc nucléaire chinois était doté de 47 réacteurs en exploitation, représentant une puissance installée de 49 gigawatts (GW), en augmentation de près de 10 % par rapport à l’année précédente. Il faut y ajouter 13 réacteurs en construction pour une puissance de 14 GW, record mondial du nombre de réacteurs en construction.

La puissance totale des réacteurs en exploitation et en construction représente près de 63 GW.

La Chine se situe pour le moment à la troisième place mondiale pour la puissance nucléaire installée, derrière les États-Unis et la France.

La production d’électricité d’origine nucléaire frôle les 350 térawattheures (TWh) en 2019, soit une augmentation de 18 % par rapport à l’année précédente. Elle approche la production d’électricité nucléaire française (400 TWh) qui est pourtant la deuxième au monde après celle des États-Unis.

La production d’électricité nucléaire chinoise représente aujourd’hui presque, ou seulement 5 % de toute sa production d’électricité encore essentiellement issue du charbon soit environ 70 %.

Deux-cents GW en 2035

Le Livre bleu chinois souligne que le nucléaire jouera un rôle important dans le remplacement des énergies fossiles en Chine. Il prévoit six à huit nouveaux réacteurs chaque année pendant le Quatorzième Plan quinquennal et dans le programme de long terme.

Ainsi, fin 2020, le parc nucléaire chinois sera doté de 51 réacteurs en exploitation et de 17 en construction, représentant respectivement une puissance installée de 52 GW et de 19 GW.

En 2025 et au rythme actuel, le parc en service aura une puissance installée de 70 GW, dépassant celui de la France qui est de 61 GW aujourd’hui après la fermeture politique de Fessenheim. Et 30 GW seront en construction, soit au total 100 GW, ce qui représente une augmentation de près de 60 % par rapport à l’année 2019.

Enfin, en 2035, il est prévu une puissance nucléaire en service et en construction de 200 GW.

Une montée en puissance tous azimuts du nucléaire

La Chine va prendre une place croissante dans le paysage nucléaire international et faire émerger des technologies innovantes dont elle fera bénéficier son industrie grâce à la dynamique des écosystèmes scientifiques voisins comme le numérique.

Les réacteurs de troisième génération tels que le Hualong 1, dont la mise en service devrait débuter fin 2020, et le CAP1400 équiperont majoritairement les nouvelles centrales nucléaires chinoises.

La Chine a annoncé le 4 septembre le chargement du combustible dans le réacteur tête de série Hualong-1 de Fuqing-5, à peine 64 mois après avoir coulé le premier béton.

Ce pays ne se contente plus de construire et d’exploiter des réacteurs conçus à l’étranger : en s’inspirant des technologies françaises et américaines il a acquis une maturité technologique et industrielle qui lui permet dorénavant de concevoir et construire des réacteurs dans des délais qu’aucun pays ne réussit plus à atteindre.

Ainsi, sans attendre le retour d’expérience du démarrage du premier réacteur Hualong-1, la Chine a officiellement ouvert la voie à la construction de ces nouveaux réacteurs dont 12 sont en construction ou autorisés. La Chine veut s’appuyer dorénavant sur cette technologie domestique, appelée à devenir le nouveau standard pour le parc nucléaire chinois. Le coût de ces réacteurs est annoncé autour de 4,5 milliards d’euros pour un délai de construction de 60 mois, largement inférieur au coût annoncé des autres réacteurs de troisième génération dans le monde.

L’arrivée d’un quatrième opérateur nucléaire en Chine (Huaneng après CNNC, CGN et SPIC) confirme la forte volonté chinoise d’accélérer le développement de son parc nucléaire et de favoriser la construction nationale afin d’accroître son indépendance dans un contexte de montée continue des tensions avec les États-Unis. Le taux de localisation annoncé est supérieur à 95 % pour le dernier réacteur de Tianwan 5 mis en service ce mois-ci, en octobre 2020.

De plus, la Chine continue à promouvoir la diversification des usages du nucléaire par la production de chaleur industrielle et urbaine avec de petits réacteurs SMR (Small Modular Reactor), notamment à l’intérieur des terres. Plusieurs réacteurs de démonstration SMR sont prévus pour le chauffage urbain et comme centrales électriques flottantes.

Elle étudie aussi l’utilisation de la chaleur des grands réacteurs électrogènes (exemple du chauffage urbain opéré à partir des réacteurs AP1000 de Haiyang), y compris sur les projets de réacteurs chinois neufs comme le CAP1400.

En Europe et en France

Pendant que l’Europe a choisi de se tirer une balle dans le pied en pariant sur les énergies renouvelables, et non sur le nucléaire, la Chine progresse dans les domaines de l’enrichissement de l’uranium, des assemblages de combustible nucléaire, du retraitement, de l’entreposage, et du stockage géologique du combustible usé.

Dans ce contexte, il sera difficile pour la France et l’Europe de maintenir leur avance technologique. Développer des coopérations avec ses grands acteurs et une présence sur le marché chinois devraient faire partie des priorités des autorités pour profiter d’un effet d’entraînement et éviter le décrochage technologique.

La Chine sera le leader mondial dans tous les domaines nucléaires dans 15 ans, et peut-être même avant.

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