Champigny-sur-Marne : Darmanin veut interdire les mortiers d’artifice

Police by mirsasha (CC BY-NC-ND 2.0) — mirsasha , CC-BY

Les mesurettes ne suffiront pas, l’État doit être en mesure de décourager la prédation et l’atteinte aux droits des individus.

Par Frédéric Mas.

Gérald Darmanin a déclaré vouloir interdire la vente au public de mortiers d’artifice suite à l’attaque perpétrée contre le commissariat de Champigny-sur-Marne. Dans la nuit du samedi au dimanche, suite à l’interpellation d’un individu suspect, une quarantaine d’individus s’en est pris à un commissariat de quartier dans le but de « casser du flic ».

Le ministre de l’Intérieur s’est exprimé pour apporter son soutien aux forces de l’ordre et fustigé les « petits caïds » qui « n’impressionnent personne et ne découragent pas notre travail contre les stupéfiants ».

Pourtant, les policiers à cette occasion se sont sentis physiquement en danger, et la démonstration de force, qui n’est pas exceptionnelle dans la France de 2020, témoigne d’une grave crise du régalien que nos dirigeants successifs ont du mal à résoudre autrement qu’en empilant les campagnes de communication afin de détourner l’opinion publique du problème.

Darmanin singe Sarkozy

Depuis sa nomination au poste de ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin s’est mis dans la peau de Nicolas Sarkozy, en saturant l’espace médiatique de déclarations sécuritaires.

Surjouant l’autorité devant les micros et sur les plateaux, il a clairement désigné la lutte contre le trafic de drogue sa priorité, faisant discrètement passer au second plan la lutte contre une insécurité croissante partout sur le territoire.

Le ministre de l’Intérieur avait déclaré que les trafiquants allaient « s’arrêter de dormir » après avoir mis en place une amende forfaitaire de 200 euros pour les consommateurs de cannabis. La politique répressive en la matière a pourtant échoué depuis 1950, et comme le remarquait Martin Devaulx de Chambord :

« Des moyens considérables ont été alloués depuis cinquante ans à la guerre contre les drogues, pour un résultat inverse de celui escompté. Loin d’avoir été démantelés, les cartels de drogue s’en sont trouvés renforcés. Tous les rapports sur le sujet soulignent les effets pervers de l’approche répressive : explosion du revenu des cartels, hausse de l’attractivité du secteur, baisse de la qualité des produits et spécialisation vers la vente de produits plus concentrés comme la cocaïne ou la méthamphétamine. »

Dans le cas de Champigny-sur-Marne, la mesure phare de Gérald Darmanin consiste, non pas à chercher des solutions visant à désinciter les délinquants à attaquer les symboles de la République, mais seulement à interdire à la vente ce qu’ils utilisent comme arme par destination.

Mais une fois les mortiers interdits, les délinquants ne trouveront-ils pas autre chose contre la police ? Faut-il aussi interdire les boules de pétanque qu’ils jettent depuis les immeubles ? Ces mesures, comme les quelques paroles de réconfort du ministre, ne suffiront pas pour renverser la vapeur.

Le régalien négligé

Il existe une vraie tendance de fond, comme l’expliquait h16 il y a quelques années, révélatrice de la dégradation des services de l’État dans le domaine du régalien :

« L’intervention de plus en plus importante de prestataires privés pour couvrir des services qui sont normalement du ressort du régalien n’est-il pas l’aveu d’une faiblesse patente de l’État ? »

Le libéralisme n’est pas un laxisme judiciaire

Face à la multiplication des zones de non droit et l’affaissement de l’autorité de la loi dans les quartiers, ce sont les droits des citoyens qui sont bafoués. Comme l’écrivait Alain Laurent dans Contrepoints :

« Bien comprise, la sécurité est le moyen d’une fin plus haute et primordiale : garantir la liberté individuelle. Car à quoi bon une prospère économie de marché si l’on ne peut paisiblement aller et venir ni librement disposer de ses biens et sa propriété ? L’urgence est de rompre avec la carence irresponsable du pouvoir, donc d’une réforme radicale de la politique pénale à recentrer sur la sécurisation prioritaire de la liberté et le droit de vivre en sûreté. »

Les mesurettes ne suffiront pas, l’État doit être en mesure de décourager la prédation et l’atteinte aux droits des individus.

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