République Française : la braderie du régalien est ouverte

Discrètement, l'Etat externalise le régalien, la sécurité, dans des partenariats public/privé dont on se doute déjà qu'ils se passeront très bien...
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
By: felicito rustique, jr. - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

République Française : la braderie du régalien est ouverte

Publié le 4 décembre 2019
- A +

Par h16

Le Milipol, salon professionnel consacré à la sécurité intérieure des États, s’est récemment tenu à Paris. En ouverture, l’actuel prétexte au poste de ministre de l’Intérieur, un certain Christophe RantanplCastaner, était intervenu pour y expliquer notamment que pour faire face aux nombreuses menaces qui rôdent autour de la République, le « partenariat » entre les forces de sécurité publiques et privées semble indispensable.

Eh oui, la tendance est bien là : les entreprises privées de sécurité se développent de plus en plus en France, et ce d’autant plus qu’elles sont maintenant poussées par les autorités publiques qui semblent y trouver leur compte.

Entre l’autorisation récente – 1er janvier 2018 d’armer sous conditions les agents de sécurité privée, l’augmentation continue des effectifs de ces entreprises en France qui atteignaient déjà 168 000 salariés en 2016, l’accroissement de leurs prérogatives et des secteurs qu’elles couvrent, tout indique que l’État et les élus de la République n’hésitent plus à envisager un avenir au moins en partie privé de la sécurité en France…

Devant cette tendance, on est en droit de se demander si l’État et les politiciens n’avouent pas ici, à demi-mots, les difficultés de la République à faire régner l’ordre et la loi sur tout le territoire. Autrement dit, l’intervention de plus en plus importante de prestataires privés pour couvrir des services qui sont normalement du ressort du régalien n’est-il pas l’aveu d’une faiblesse patente de l’État ?

Plus pragmatiquement, on devra se demander ce qui, dans les 10 ou 20 dernières années, a ainsi justifié une telle montée en puissance de ces sociétés privées de sécurité. Ne paie-t-on pas toujours plus d’impôts, ceux-là même dont la destination est, initialement et principalement pour rappel, destinés précisément à assurer notre sécurité ? Historiquement, l’impôt n’est-il pas le paiement du peuple pour financer sa sécurité au travers d’une armée et d’une police conçues à cet effet ?

Cette fuite discrète du régalien vers le privé pose là plusieurs questions lancinantes.

Ainsi, où passent donc tous nos impôts ? Dans l’Éducation nationale, dont les opportunités de faire mieux n’ont cessé d’augmenter ? Dans les ponts ? Dans la sécurité sociale ? Dans les petites sauteries élyséennes ? Allez savoir.

Ainsi, qui va payer ces nouveaux services de sécurité ? Que ce soit le client ou le contribuable, gageons que la facture s’ajoutera de toute façon à ces impôts qui financent nos infrastructures rutilantes, notre éducation jalousée, le système social que le monde nous envie moyennement, ou l’excellente sécurité du pays qui n’autorise pas le développement du moindre sentiment d’insécurité.

Au-delà de ces deux questions et si l’on peut même considérer a priori avec bienveillance le développement de ces entreprises privées de sécurité (quand on est cohérent, on juge aux résultats et non aux intentions, ce que nous pourrons faire dans quelques années), on peut cependant s’interroger sur le bien-fondé de former des agents de sécurité à partir du même terreau volatile que celui qui produit les effervescents loustics qu’ils sont censés canaliser.

Dans la même veine, de nombreuses et récentes affaires de terrorisme ont amplement prouvé que la menace étant « intérieure« , l’heure n’était probablement pas à la multiplication des canaux pour accéder à la sécurité (des aéroports, des trains, des sites classés, des préfectures de police des édifices publics). C’est-à-dire à peu près le contraire de ce qu’on observe et que les autorités actuelles semblent accueillir et favoriser avec la gourmandise si particulière de ceux qui n’ont pas à payer pour le gâteau…

Parallèlement, on devrait rapprocher ces nouveaux « horizons de dépense » auprès des sociétés privées des économies de bout de chandelle opérées sur le compte des armées, ainsi que de la noyade appliquée à tout l’appareil policier dans les milliers de cerfas et autres procédures qu’on qualifiera pudiquement de sous-optimales, ainsi que de l’usage quasi-systématique de nos forces de sécurité publiques dans la traque du père de famille, fou du volant roulant en Doblo à 52 km/h sur une artère passante de Trifouilly.

Peut-être y a-t-il dans cet écart entre ces dépenses et ces mesures d’un côté, et ces actions concrètes et ces « économies » de l’autre, matière à une réflexion et – soyons fous – l’occasion d’un petit réajustement politique ? En fait de « partenariat » entre le public et le privé, le ministricule de l’Intérieur aurait normalement tout intérêt à recentrer les forces déjà existantes sur un régalien qu’il peine à assurer actuellement.

N’y comptez pas. Ce recentrage entraînerait tant d’effervescence partout où la loi et l’ordre sont depuis longtemps absents que les effets, médiatiques donc électoraux, ne tarderaient pas à se faire connaître. Par anticipation, il sera donc urgent de n’en rien faire.

Et puis surtout, on voit mal l’État et toute l’actuelle clique de clowns à roulettes à sa tête admettre ouvertement la faillite de cet aspect régalien sans se décrédibiliser immédiatement. Dans ce contexte, notre brochette de rigolos a donc tout intérêt à en passer auparavant par ces sociétés privées qui supporteront amplement l’intégralité des blâmes lorsque les problèmes surviendront inévitablement. Gageons que les prochains attentats terroristes couteaux déséquilibrés trouveront une part de responsabilité chez l’une ou l’autre société privée de sécurité qui n’aura pas suffisamment fait son travail.

Enfin, ne perdons pas de vue que ces différents partenariats seront noués entre le privé et le public dans ce qui a toujours été, dans ce domaine, couronné de succès et d’économies somptueuses. Il serait donc particulièrement hardi de ne pas parier, là encore, sur une flamboyante réussite de l’État à externaliser ainsi sa raison d’être, d’autant plus si Castaner lui-même pilote le projet.

Les prochaines années promettent d’intéressants développements.


—-
Sur le web

Voir les commentaires (20)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (20)
  • claude henry de chasne
    4 décembre 2019 at 10 h 09 min

    tant mieux tout ce qui réduit la charge des fonx est bon a prendre

  • Sigisbert de Motafiume
    4 décembre 2019 at 10 h 39 min

    On en revient clairement à la question X fois posée : quelle est la place de l’état ? Perso, je préfère que mes impôts financent des policiers qui me défendent, plutôt qu’une administration pléthorique qui pond du CERFA comme Macron des discours soporifiques !!!

  • En fait en France l’Etat s’occupe de tout sauf ce qui est régalien. Zéro budget pour la justice (nous avons, proportionnellement au nombre de fonctionnaires, sept fois moins de magistrats qu’en Allemagne, l’aide juridictionnelle est cinq fois moins importante qu’en Angleterre), une sécurité ultra défaillante (on peut rouler sans soucis sur des centaines de francais sur la Promenade des Anglais en plein 14 Juillet alors que la sécurité est censée etre renforcée) et rien pour l’armée ( les militaires payés avec 6 mois de retard et avec des pénuries de matos chroniques). Par contre les allocs familiales, la CAF, les fonctionnaires territoriaux sont tous payés avec la régularité d’un métronome.

    • Et encore, vous oubliez les sommes formidables allouées aux « sans papiers » et autres « migrants », tous clandestins – donc hors-la-loi – et pourtant bénéficiaires officiels de toutes sortes d’avantages payés par nos impôts : santé, logement, école pour les enfants, etc.

  • En même temps® utiliser les policiers et gendarmes pour des missions qui ne peuvent pas être déléguées au privé ne me semble pas idiot.

    Après il faut voir la gestion des possibles économies et de l’efficacité du privé.

    • Si vous parlez des contrôles de vitesse sur les routes ou des vérifications du bon paiement des tickets de stationnement, ça a déjà été délégué.

  • C’est absolument cela. L’état va se décharger sur le privé de la sécurité, ainsi en cas de bavure il pourra dire : je n’y suis pour rien! Ce n’est que la fuite habituelle devant ses responsabilités!

    • Et ça lui permet de faire des économies, pour ensuite se vanter que le déficit de l’État n’a pas trop dérapé – alors que comme rappelé par h16, les Français paieront quand même la facture de cette sécurité privée, ce qui au total nous conduira à des dépenses incompressibles (nourriture, santé, logement, et donc sécurité…) de niveau olympique, mais ça, qui s’en soucie ?

    • Mon commentaire a été avalé par la machine…
      Je disais que cela va aussi permettre au gouvernement de se vanter que les dépenses, donc le déficit de l’État, n’ont pas trop dérapé ; alors que comme rappelé par l’auteur, les Français paieront quand même la facture, ce qui fait que nos dépenses incompressibles (nourriture, logement, sécurité donc…) par tête de pipe battront quand même des records…

  • Tout va bien se passer : Rantanplan vient d’annoncer la création d’un machin supplémentaire (un office contre la haine, qui manquait évidemment à notre république joyeuse et festive, la haine ne passera donc plus).

  • je vois d’ici la racaille trembler sur ses jambes ….bien implantés en France via le laxisme des dirigeants , nombreux , voire de plus en plus nombreux , et armés qui plus est …..j’ose espérer qu’il n’est pas trop tard pour assainir ce pays mais j’ai un gros doute ;

  • @Jacques B.
    Bonjour,
    « comme s’il était facile de proportionner la riposte quand on risque sa vie ou que l’on agit pour protéger celle des victimes d’agression… »
    … alors que l’agression, au départ, est disproportionnée.
    Niveau de violence de la victime : 0
    Niveau de violence de l’agresseur : 1
    Quel est le rapport de proportionnalité pour passer de 0 à 1 ? En maths il n’y en a pas ; il semble que les juges soient des matheux supérieurs, infiniment supérieurs.

    1 L’autre article concernant ce Milipol, indique que l’Etat pourrait accrédité des entreprises privées. Article ici : https://www.contrepoints.org/2019/12/04/359346-salon-milipol-des-entreprises-privees-en-charge-de-securite-nationale
    « il a été évoqué la possibilité d’une certification qui serait accordée aux entreprises privées offrant des services répondant à des standards de qualité précis. Les entités détentrices de cette certification pourraient alors se voir confier des missions par l’État, et ainsi collaborer pour une sécurité générale plus efficace. »
    Notre président n’a-t-il pas des chiens de garde du privé en plus des policiers d’élites qui le protègent h24 ?

  • C’est vrai que les sharia controlled zones appliquent leur propres lois dans ces zones déja minées par la criminalité, desquelles l’Etat s’est retirée. Avec le consentement de la population. Pourquoi ? Simple, faisons une expérience de pensée :
    – 1 : un dealer de drogue est attrapé par la police, emmenée au tribunal et relaxé par le-la juge

    – 2 : un dealer de drogue se fait cerner par quatre membres de la milice islamique qui lui disent :  » Ecoute, tu peux tres bien vivre ici mais si on te choppe de nouveau en train de dealer ou de fumer on va faire appliquer la loi du prophete  »

    A votre avis qu’est-ce qui sera le plus dissuasif pour le dealer ?

    • @ScipionRex
      Bonsoir,
      Si le dealer dit qu’il paiera une taxe pour être protégé par la milice islamique ?
      Si ce dealer est musulman, se dit musulman ou s’identifie en tant que tel ?

    • @ ScipionRex : où voulez-vous en venir ?

      Mon but en faisant ma remarque 1- plus haut était bien la condamnation de cet abandon par les pouvoirs publics, à la fois des gens habitant ces quartiers, et à +/- long terme de la souveraineté nationale sur ces quartiers. J’imagine que je n’ai pas besoin de vous faire un dessin ? Car une fois la charia bien installée, la situation des non-musulmans et plus généralement des opposants/critiques de la charia sera peu ou prou la même qu’en Arabie saoudite ou en Iran.
      Qu’une partie de la population (pas toute, vous omettez de le préciser) soit d’accord n’y change rien : nous aurons des mini-républiques islamiques un peu partout sur l’ancien territoire de la France « une et indivisible », si ces choses se mettent en place.
      Ça ne vous dérangerait pas ?

  • je pense au contraire que si ceux qui nous gouvernent reconnaissaient leur incompétence et en tiraient les conclusions (démission), ils retrouveraient de la crédibilité.

    PS : pour H16, je lui offre quand il veut un tour en doblo (family 1.3 jtd) 🙂

  • Ca fait froid dans le dos ,surtout qu’on peut se demander où ils peuvent recruter autant de personnels integres et digne de confiance, la’police nationale est deja limite limite ..m’enfin, avec un bon conseiller comme l’ami B..a ,expert, et un ministre bien sous tout rapport… Les rois des ordures ménagères de nos cites vont etre jaloux…ca va finir en guerre des gangs en col blanc.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Jérémie Bongiovanni.

Le média Liber-thé invite cette année les étudiants de toute la Belgique à participer à son concours d’essai sur la thématique de la tension qui existe entre la liberté et la sécurité. Le concours est organisé en collaboration avec le Cercle des Étudiants Libéraux (CEL) de l’Université Libre de Bruxelles.

Thématique

Cette année, les participants devront traiter de la tension qui existe entre la liberté et la sécurité en se basant sur la citation de Benjamin Franklin :

« Ceux qui abandonnent une li... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Vilfredo Burgess.

"La sécurité est la première des libertés". On s’est formalisé de ce que Emmanuel Macron ait employé cette formule sous prétexte qu’elle s’est jadis trouvée dans la bouche de Jean-Marie Le Pen. Là n’est pas le problème. On peut passer un temps inutile à s’attacher à ne pas employer les mêmes « éléments de langage » de tel ou tel adversaire politique, mais ce ne sont que des mots.

Ce qu’il me paraît d’abord plus important de souligner est que la hiérarchie des libertés implicite dans l’expression est arbitr... Poursuivre la lecture

Par Julien Plouchart.

En France, l’idéologie sanitaire a pris le dessus sur la conception libérale et du régime politique et du corps social : le primat de la santé sur la liberté a été mis en œuvre par le pouvoir avec constance depuis mars 2020.

Le fait de sauver des vies a été jugé supérieur au respect des libertés, d’où la propension à user et abuser des innovations de gestion politique de l’épidémie telles que confinements, couvre-feux, pass sanitaire au point de vider en grande partie de leur sens les libertés de circulatio... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles