Covid en progression ? En régression ?

Doctors Stock Photo By: sergio santos - CC BY 2.0

Y a-t-il un indicateur mystère capable de nous dire si la Covid progresse, vite, lentement, ou régresse ?

Par Karl Echeynne.

Quel est donc l’indicateur mystère ? Celui seul capable de nous dire si la Covid progresse, vite, lentement, voire régresse. S’agit-il du nombre de cas positifs ? Du nombre de décès ? Du nombre de cas graves en réanimation ? À moins qu’aucun d’eux ne fasse l’affaire ? D’ordinaire, c’est la science qui décide, mais pas toujours.

Lorsque le docteur Purgon me dit que deux cachets par jour c’est le minimum car la grippe à venir va être terrible, je le crois et m’exécute. Mais lorsque le docteur Diafoirus me dit lui que deux cachets par jour c’est bien trop et que je ferais bien mieux d’acheter plutôt quelques mouchoirs, alors le doute m’habite. Suis-je malade ? Malade putatif ? Malade imaginaire ?

Qui croire ? Que croire ?

Deux attitudes semblent possibles : soit j’ère hagard, hébété par l’évènement tel l’âne de Buridan ne sachant pas quel docteur choisir ; soit le boudeur devient frondeur et se dit que le problème vient d’ailleurs, pas de lui mais des deux médecins.

Remarquons que le médecin a bon dos : l’exemple semble fonctionner aussi bien avec le pharmacien, l’infirmier, l’interne de la clinique du coin qui est passé hier à la télé, à deux pas de la boulangerie, vous ne pouvez pas la rater.

Bref, on aimerait bien les croire tous puisqu’ils ont tous une blouse blanche (argument d’autorité du soigneur sur le soigné). Mais il faut bien en choisir un, et de préférence celui qui dit vrai. Alors qui dit vrai ?

Hé bien, il semblerait que la vérité de plateau télé ne soit pas de même nature que celle du commun des mortels ou de la recherche académique. La vérité des plateaux télé se décide à l’issue de batailles opposant le plus souvent des chercheurs- chroniqueurs, d’ordinaire très occupés à soigner les malades mais qui exceptionnellement trouvent le temps de nous prévenir du danger ; ou de l’absence de danger.

Ainsi, passées quelques joutes verbales farcies de faconde, chacun brandit alors son coup fatal à l’autre b(l)ouse blanche : « tiens, voilà l’indicateur à suivre ».

Les indicateurs officiels

Commençons par la religion qui semble donner pas mal de résultats intéressants depuis quelques années, et dans bien des domaines : la science. Que dit la science ? Elle nous dit que fort des expériences épidémiques passées, les chercheurs du monde entier ont pu développer des modèles susceptibles de mesurer, d’anticiper la propagation d’un virus.

Pour vivre, ces modèles ont besoin d’hypothèses et de données. Et pour survivre, ces mêmes modèles ont besoin de débats contradictoires, d’expériences et contre-expériences, bref de science.

Bien sûr, on peut toujours faire comme si cette recherche n’existait pas, ou se dire qu’elle n’a jamais trouvé grand-chose, sinon cela se saurait.

Ou bien, on peut prendre le temps de cliquer un peu ici ou , ou plus profond pour les initiés ou courageux, et peut-être réaliser que quelques progrès ont été réalisés depuis l’Âge de pierre.

La source officielle : Santé publique France

Passé ce préambule volontiers soporifique, on attaque alors ce qui intéresse les gens, la chair fraîche des indicateurs à suivre. Mais là encore, on peut au moins essayer de commencer dignement en dressant la liste officielle proposée par la source officielle : santé publique. Quotidiennement, on y retrouve mis à jour :

  • nombre de cas confirmés
  • nombre de cas grave en réanimation
  • nombre de patients guéris sortis de l’hôpital
  • nombre de décès
  • et plus encore

« Ces chiffres sont calculés à l’aide d’indicateurs collectés principalement dans les bases de données alimentées par les hôpitaux. Si ces chiffres sont mis à jour quotidiennement, ils sous-estiment cependant l’évolution en temps réel de l’épidémie : le nombre de cas confirmés se limite aux tests effectués sur les cas les plus graves ; ces indicateurs ne prennent en compte que les décès survenus à l’hôpital ; le suivi des décès en établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) n’est pas assuré en temps réel, mais au terme de l’épidémie au sein de ces établissements ».

Enfin, Santé publique précise qu’elle fait régulièrement évoluer sa liste d’indicateurs, ses sources, ses méthodes de calcul, afin de tracer au mieux et au plus vite la propagation et la dangerosité du virus.

Mais justement, est-ce suffisant ? Pertinent ? Convaincant ? Tous ces indicateurs officiels sont-ils crédibles ? Alarmistes ? Imparfaits ? N’y en a-t-il pas de plus efficaces que nous n’aurions pas encore décelés ?

La vérité est ailleurs

Commençons par les critiques labélisées en quelque sorte, celles qui sont reconnues par la recherche académique : le cas des tests qui vous déclarent malades alors que nous n’êtes pas malades, vous êtes alors qualifié de faux positif, c’est le nom donné aux malades pas malades, ou aux alarmes qui se déclenchent alors que c’est le chat qui n’a fait que passer, ou encore l’antivirus qui bloque votre accès à votre poste de télétravail !

En gros, les faux positifs seront d’autant plus nombreux que vos tests seront sensibles. Mais on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, les faux positifs sont le prix à payer du principe de précaution. En pratique, tout est une histoire de curseur, et ce curseur peut évoluer avec le temps.

Par exemple, quelques mois de confinement masqué, d’usure, de fatigue, et de crédits à payer, peuvent militer pour un déplacement du curseur.

Puis il y a les critiques qui vous font frotter les yeux ou tomber la cire des oreilles. Par exemple, vous aurez pu entendre récemment une blouse blanche A certifier que « le nombre de cas graves en réanimation à Marseille est en baisse sur une semaine », alors que sur une autre chaîne, la blouse B assénait que ce même nombre de cas graves en réanimation dans la même ville de Marseille est en baisse sur la même semaine.

Et puisque les guerres de chapelles intellectuelles sont interdites en public, les blouses A et B nous expliqueront alors qu’il est tout à fait possible d’avoir l’un et l’autre, tout dépend du type de malades dont on parle exactement, leur âge, la comorbidité, ce qu’ils ont mangé la veille, le temps qu’il fera demain…

En fait, c’est assez curieux mais il semblerait que nos chroniqueurs-chercheurs regardent la même chose, mais ne voient pas la même chose. Pas si bizarre que cela nous disent les philosophes puisqu’on a jamais su prouver que le « rouge » de Pierre était bien le « rouge » de Paul ; il est tout à fait possible que lorsque Paul voit une pomme rouge et qu’il dise « elle est rouge », le rouge qu’il visualise dans sa tête est en fait le « bleu » de Paul, sauf que les deux l’appellent rouge… On appelle cela le spectre inversé.

Bon, terminons quand même sur des pistes peut-être plus prometteuses, celles qui feraient appel aux nouvelles technologies de l’information. L’idée est que les indicateurs traditionnels utilisés pour tracer le virus soient enrichis de données fournies par les plateformes : Twitter, Google…

En effet, ces derniers produisent des indicateurs (Google mobility, Apple activity…) , déjà bien connus des économistes et de la finance de marché, capables de révéler les sujets qui préoccupent les internautes, en fonction du lieu où ils se trouvent et du moment où ils cherchent.

Et cela fonctionne tellement bien que ces indicateurs sont utilisés pour anticiper les prochaines inflexions d’indicateurs de confiance bien connus des économistes (PMI).

Si l’on revient au cas qui nous concerne, la Covid, les résultats s’enchaînent avec des publications qui pullulent, dont celle-ci récente qui fait un travail assez large sur un ensemble de pays, démontrant l’intérêt d’utiliser ce type d’indicateurs en plus des indicateurs traditionnels afin d’améliorer la lecture de la Covid.

Certes, il y aura toujours matière à critiquer, et l’on pourra toujours avancer que l’on est plus très loin d’un Panoptique de santé publique, un genre de marquage à culotte qui permet de vous suivre en quasi direct.

Le principe de tolérance

Et comme si cela ne suffisait pas, il faut parler du cas des chercheurs-chroniqueurs qui changent d’avis avec force : convaincus que cette fois ils ont raison, et qu’avant ils avaient aussi raison d’avoir tort. On ne citera pas les noms, car comme dirait l’autre « la tolérance, c’est connaître les cons, mais ne pas dire les noms ».

Et puis quand même, puisqu’un certain type de scientifique ne semble plus faire son boulot, tentons de l’aider un peu et adoptons à sa place ce principe de tolérance imprescriptible du chercheur : le droit à l’erreur.

Après tout, nos chercheurs ont aussi le droit de se tromper, mais ce qui serait bien c’est qu’ils ne le fassent pas tous en même temps, et que lorsque l’un a raison, les autres finissent par se plier à son jugement.

On appelle cela la science je crois, mais il est possible que les choses aient évolué, tout va tellement vite.

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