Olivier Véran mis devant un casse-tête insoluble

Emmanuel Macron fait donc fausse route en blâmant son ministre. Ce n’est pas de lui comme de ses auxiliaires politiques et bureaucratiques qu’il devrait tout attendre, mais des citoyens ordinaires.

Par Frédéric Mas.

Olivier Véran devrait prendre la parole aujourd’hui à 17 heures pour exposer la stratégie du gouvernement face à la crise sanitaire, nous a annoncé Gabriel Attal ce mercredi.

« Devrait » est important dans la phrase, car cela devait aussi être le cas la semaine dernière. Seulement, après moult tergiversations, c’est Jean Castex qui avait pris la parole pour annoncer une modification mineure dans les règles de l’isolement, prenant le contrepied des déclarations anxiogènes du président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy. Le reste, tout le monde le savait déjà plus ou moins.

Il semblerait qu’Emmanuel Macron s’impatiente, et reproche à Olivier Véran son manque d’efficacité, ce qui pourrait expliquer sa mise à l’écart de la semaine dernière, rapporte Le Parisien.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

La communication gouvernementale n’est pas très claire, mais elle promet de s’éclaircir. Elle va rassurer les Français, et montrer qu’ils sont pilotés par une administration et un gouvernement compétents pour les protéger d’une éventuelle seconde vague de Covid qu’on attend toujours un peu comme l’attaque du royaume du nord dans le Désert des Tartares de Buzzati.

Pour l’instant, ce n’est pas vraiment ce qui transparaît. Les mesures strictes jusqu’à l’absurde concernant les masques, la prolongation en catimini des restrictions à la liberté de circuler et de se réunir de l’État d’urgence sanitaire, le flop de Stopcovid, la campagne politique anxiogène et liberticide du gouvernement qui jure avec son plan de relance témoignent plus d’une politique qui se fait au jour le jour, sans qu’une vision d’ensemble n’arrive à se dégager.

Dans un article publié hier, Le Canard Enchaîné enfonce le clou. Les 12 000 lits équipés de respirateurs seraient prêts, mais pas le personnel et la formation afférents : « Au CHU Henri-Mondor de Créteil, pour tenter de boucher les trous, des infirmiers des services généraux ont été mis en observation deux jours dans le service témoigne une soignante qui se demande ‘ce que l’ont peut attendre de personnes formées en quelques heures seulement’. »

Olivier Véran devant un casse-tête insoluble

C’est que le casse-tête d’Olivier Véran paraît insoluble : le président de la République lui demande d’être flexible, réactif et efficace en s’appuyant sur les outils de la bureaucratie, de l’économie administrée et de la planification. Faire face à l’inconnu avec des outils taillés sur mesure pour gérer le connu n’aide pas.

Nécessairement, ce sont les solutions les plus éculées de l’administration qui prévalent, avec leur lot de réglementations nouvelles, de répression et de restriction des libertés sous toutes les formes, d’arbitrages budgétaires, le tout pour un résultat incertain.

Emmanuel Macron cherche à mettre de la distance avec la communication anxiogène de son entourage, mais il fait fausse route en blâmant son ministre. Ce n’est pas de lui comme de ses auxiliaires politique et bureaucratique qu’il devrait tout attendre, mais des citoyens ordinaires.

Laisser l’initiative de la lutte contre la crise sanitaire aux individus s’était révélé plus efficace en mars-avril. Pourquoi ne pas retenter le coup aujourd’hui ? La balle est dans le camp du gouvernement, c’est le moment de miser sur l’autonomie individuelle pour vivre avec le virus.

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