Pas d’État de droit : zéro euro ! Macron vise la Pologne et la Hongrie

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Le souhait de conditionner des aides européennes à l’État de droit par la France pourrait nous aliéner l’Europe centrale.

Par Alexandre Massaux.

Le président Macron aurait déclaré lors des discussions sur le budget européen : « pas d’État de droit, zéro euro » en visant la Pologne et la Hongrie.

Ces propos visaient principalement à s’attirer les faveurs du Frugal Four qui sont critiques envers les aides européennes qui seraient distribuées sans contreparties : la Pologne et la Hongrie étaient en effet les deux principaux États bénéficiaires nets du budget européen en 2018. Néanmoins, une telle approche peut vite devenir néfaste diplomatiquement.

Un risque de laisser le groupe de Visegrad aux mains de l’Allemagne

La France part avec un grand désavantage par rapport à l’Allemagne dans cette région. Cette dernière est très fortement liée à l’économie allemande. Qu’il s’agisse de la Pologne, de la République tchèque, de la Hongrie ou de la Slovaquie ; leurs échanges avec l’Allemagne représentent environ 25 % des exportations et des importations de ces pays. À l’inverse la France ne représente que 5 % des exportations et importations de ceux-ci.

L’écart entre le poids des deux économies dans les pays du groupe de Visegrad apparaît clairement. De plus, les mêmes données montrent que le commerce interne entre les pays du groupe est plus important que celui avec la France qui ne pèse au final que peu comparé à Berlin.

De ce fait, les critiques venant de Paris à l’encontre de Varsovie et de Budapest ne sont pas une source d’inquiétude pour ces derniers. Mais elles bloquent la possibilité pour la France de développer une diplomatie avec ces pays qui ont une capacité d’intervention dans les affaires européennes.

Les critiques sur l’État de droit : un phénomène désormais utilisé par les gouvernements hongrois et polonais

Plus problématique est le fait que les critiques sur l’État de droit n’ont pas affaibli le PiS en Pologne et le Fidesz en Hongrie. La récente réélection d’Andrej Duda à la présidence polonaise le démontre. On peut même se demander si de telles actions n’ont pas eu un effet de ralliement au drapeau et n’ont pas renforcé les partis incriminés au détriment de l’opposition.

Pire, la presse officielle des pays du groupe de Visegrad (et plus précisément de Pologne et de Hongrie) s’amuse à relever toutes les atteintes à l’État de droit en Occident et plus particulièrement en France, avec un pic d’attention sous la crise des Gilets jaunes.

Si cette stratégie est pour l’instant à destination de l’opinion publique interne de ses pays, il existe un risque qu’elle soit utilisée lors des débats européens si la pression sur le groupe de Visegrad devient plus forte.

La France doit être un pont entre les États européens plutôt qu’une donneuse de leçons

La situation actuelle de la France au sein de l’UE est délicate : elle a besoin d’aide économique de la part de l’UE, comme le groupe de Visegrad, mais sa gestion budgétaire et le fait d’avoir été plus impactée par la Covid lui laisse moins de latitude. Dès lors, elle n’est pas en position de force.

Il est préférable que la France joue la carte de l’apaisement plutôt que du conflit. Si le pays veut retrouver une place importante dans l’Europe, elle doit faire preuve de finesse et inspirer la cohésion, chose dont elle n’arrivera pas en critiquant le Frugal four et le groupe de Visegrad.

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