Les réseaux sociaux, le 5eme pouvoir

Gérald Darmanin-2 By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

Les réseaux sociaux assument une sorte de cinquième pouvoir « brut », à côté de celui des médias et de la presse traditionnels.

Par Frédéric Mas.

Depuis hier tournent en boucle sur les réseaux sociaux les images d’archives des tout nouveaux membres du gouvernement de Jean Castex. Roselyne Bachelot, Gérard Darmanin ou Éric Dupond-Moretti sont ramenés à leurs déclarations antérieures, déclarations qui aujourd’hui les mettent dans des positions parfois difficiles à assumer.

Les réseaux sociaux retiennent tout. Ils assument une sorte de travail de mémoire collective sauvage qui rend les volte-face des politiciens professionnels, la paresse des journalistes ou la complaisance des éditorialistes beaucoup plus suspects aux yeux des citoyens.

Des réseaux sociaux qui obligent à la responsabilité politique

C’est une petite révolution silencieuse dans notre pays. Les élites politiques et médiatiques semblaient insubmersibles, capables d’enquiller des décennies de carrière faites de renoncement, de complaisance et de promesses non tenues sans que l’opinion publique n’en sanctionne les conséquences désastreuses pour le fonctionnement des institutions ou la liberté de la presse.

Aujourd’hui, la moindre parole en l’air peut revenir sur le tapis et relativiser les déclarations, la main sur le cœur, des éternels jeunes premiers de la politique qui grenouillent dans le milieu depuis 30 ans.

Les réseaux sociaux assument une sorte de cinquième pouvoir « brut », à côté de celui des médias et de la presse traditionnels. Sans filtrage éditorial, les faits et les opinions se bousculent dans les groupes Facebook, les threads de twitter, les subreddits ou les vidéos youtube ou Tiktok.

Des réseaux sociaux nouveaux contre-pouvoirs

Le gouvernement cherche à imposer sa communication et ses éléments de langage pour contenir la crise des Gilets jaunes ou répondre aux violences policières ? Des centaines de vidéos et de photos se mettent à circuler sur internet. Emmanuel Macron cherche à éteindre l’incendie créé par sa gestion de la crise sanitaire ? Une recherche dans Google suffit à retrouver les déclarations, un autre clic suffit pour repartager les informations.

Dans l’air du temps et comme pour personnifier l’époque, Didier Raoult répondait ironiquement à un journaliste qui le cuisinait : « Je ne veux pas vous faire peine mais je nai pas besoin de vous pour dire ce que j’ai à dire. » De fait, sa chaîne Youtube et son compte Twitter, comme celles de centaines de nouvelles figures médiatiques, fonctionnent très bien sans le relais de l’ancien monde de la presse.

Ce bouillonnement d’informations n’est pas sans risque de manipulations, de complotisme, de passions basses ou de caricatures. Les gens peuvent changer d’avis. Isoler une parole ou deux pour stigmatiser telle ou telle position est aussi facile. Quelles que soient les critiques qu’on peut lui adresser, Sibeth N’diaye en a fait les frais au premier chef.

Les mouvements de foule sont aussi irrationnels et potentiellement dangereux que dans la vraie vie. Dans une affaire de viol Darmanin est ainsi présumé innocent devant la justice, mais demeure coupable devant celle des nouveaux médias.

Tout cela est-il vraiment nouveau ? Aucune source d’informations ne peut faire l’économie de la réflexion critique de l’individu. Ce qui est valable pour les réseaux sociaux et internet l’est aussi pour la presse traditionnelle.

La nouvelle fabrique de l’opinion publique

Dans une démocratie en crise, en proie aux doutes et aux tentations illibérales, la liberté qui circule sur les réseaux sociaux et internet est à la fois un formidable contre-pouvoir populaire et une menace permanente contre les formes libérales de la démocratie représentative.

Parce qu’elle est la nouvelle forge de l’opinion publique, opinion qui est à l’origine de la fabrication de nos lois communes comme l’avait vu Montesquieu, la vie des réseaux sociaux suscite la convoitise des influenceurs politiques et des législateurs qui cherchent à les mettre au pas.

Le quadrillage de l’opinion publique, qu’il vienne des plateformes ou du législateur, serait cependant une catastrophe : c’est à l’individu seul que doit incomber le soin et la responsabilité de choisir ses informations pour juger au mieux de la compétence de ses édiles.

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